ET DES ÉDIFICES
L’Architecture est, par excellence, l’art des belles proportions; cependant ces proportions doivent varier selon l’usage ou la position des bâtimens , de même que selon leur forme , leur richesse ou leur simplicité. Le mérite de l’architecte est donc d’arrêter si bien ces proportions , qu’en examinant un bâtiment quelconque , on ne le désire ni plus grand ni plus petit, et que l’œil le plus exercé, comme le moins habile , en soit satisfait.
Les ouvrages auxquels les connaisseurs et le public , qui souvent est bon juge, donnent le suffrage le plus constant, sont ceux où l’unité, la simplicité et le cadre bien rempli
(1) Par M. Letarouilly , MM. IlittorfF et Zante, MM. Lesueur et Calais. Choix d'édifices construits en France, publié par MM. Gourlier , Biet, Guillot et Tardieu , architectes. Pour les statues et les bas-reliefs, le Musée de sculpture antique et moderne , par M. le comte de Clarac.
(2) Il y a quarante ans, il n’existait aucun recueil qui pût être comparé à ceux d’aujourd’hui, et l’on n’avait pour tous modèles , quand on voulait orner ses projets de quelques figures, que les Antiques de Perrier , de Pietre-Sancte , et , pour quelques idées d’ornemens , que Pyranese , ou d’autres ouvrages plus modernes et rarement applicables à ce qu’on se proposait. On a tout exploité , tout créé depuis : Voyez les auteurs que je cite.
(3) On peut voir une nomenclature plus détaillée des auteurs anciens et modernes, dans l’ouvrage de M. Coussin, ayant pour titre : Du Génie de l’Architecture .
(4) J’entends ici par le mot modérément et ce qui suit , que , chaque pays ayant ses usages pour la distribution de ses localités en rapport avec le climat, on pourrait errer en adoptant un plan qui, pour être bien entendu, ne conviendrait nullement dans une autre application.
(5j Quelques-uns de ces préceptes sont extraits d’un ancien ouvrage ; j’y ai rattaché quelques idées que je vais essayer de développer ici.
DÉCORATION DES B ATIMENS. 43
se font surtout remarquer. Ce sont donc là les règles qu’il faut observer dans les compositions d’ensemble pour l’Architecture.
Un bâtiment a de l’unité lorsque toutes ses parties se correspondent, et qu’elles forment un tel ensemble que rien ne paraisse y avoir été ajouté ou rapporté. Le Louvre , par exemple , n’a point cette unité désirable pour son ensemble : les quatre faces sont différentes ; l’intérieur de la cour est aussi sans unité. Le seul côté primitif est préférable aux trois autres, qui ôtent à la cour la grandeur que le premier promettait.
Les bâtimens d’une grande étendue sont les plus difficiles à bien ordonner , si la hauteur en est bornée au point qu’on ne puisse balancer l’une par l’autre , pour mettre le tout en harmonie. Quand l’œil ne peut saisir tout l’ensemble , c’est alors qu’il faut une grande précision dans la disposition des avant-corps, auxquels on doit avoir recours pour éviter la confusion et l’indécision. C’est ici que les Ordres d’architecture doivent imprimer le caractère convenable, suivant la destination de l’édifice que vous élevez, qu’il soit simple ou richement décoré.
La simplicité consiste dans une distribution raisonnée , où tous les ornemens sont placés à propos , sans confusion ni complication. Il ne faut jamais craindre d’être trop simple; la simplicité même porte avec elle une sorte de richesse, quand elle n’est pas restreinte par l’épargne , et qu’on ne peut pas dire : Cela n’est pas seulement simple , mais cela est nu.
L’aspect léger, sans maigreur , convient aux maisons de plaisance ; dans les villes, les hôtels demandent un caractère plus mâle, plus grave. Bannissez surtout de vos compositions ce mélange de divers caractères; que le grec, le romain, le toscan, etc., ne se trouvent point mêlés ensemble : rien ne décèle davantage un goût déréglé, l’absence des principes et du vrai talent , ou le désir de briller par des nouveautés souvent déplacées. Souvenez-vous que l’unité est une des bases obligées pour la décoration en Architecture.
Evitez, dans la décoration , ces bossages outrés, architecture ébauchée : ce qui existe dans ce genre est fait pour en démontrer l’absurdité , et non pas pour être imité. Mais employez des refends simples ou arrondis sur leurs bords , ou bien coupés sur les angles à 45 degrés , ce qui produit une ombre douce et une lumière vive en opposition sur les bords qui les séparent ; qu’ils soient placés à propos et comme ornemens; que votre bâtiment n’en soit ni composé ni chargé. Ils sont inadmissibles pour un bâtiment décoré d’un Ordre d’architecture , si le style ne peut en être suivi, comme on le voit au palais du Luxembourg à Paris. Les bossages prononcés ou saillans conviennent pour les grottes ou quelques soubassemens analogues.
Que les ornemens dont vous voulez décorer votre bâtiment l’accompagnent , mais ne l’en chargez point : ne vous élevez pas à une trop grande richesse , et gardez-vous de tomber dans le défaut opposé. Quoique la simplicité, comme nous l’aArons déjà dit, soit plus dans l’esprit de l’Architecture, cependant elle est triste et froide si l’ornement ne vient à son secours; il faut avoir l’attention de le placer entre des parties lisses, pour le faire briller davantage, ou, pour mieux dire, que toujours le repos succède à la richesse.
Avec l’intention de vouloir caractériser votre bâtiment, évitez les détails qui pourraient paraître lourds , les entrées surbaissées , et les ouvertures sans proportions entre elles. Il