DÉCORATION DES B AT IM EN S
est des bâtimens qui demandent un caractère particulier, tels que les prisons, les magasins, les arsenaux, etc. : que le caractère qui leur est propre se voie dans leur disposition même; pour les uns, des ouvertures rares, tirant plutôt leur jour nécessaire de l’intérieur; pour les autres, une disposition grande pour la libre circulation, etc.
Tel projet a séduit tracé sur le papier , qui , exécuté , ne répond pas toujours à ce qu’on
en attendait; il faut être praticien, avoir déjà fait exécuter, pour le faire avec plus de justesse. C’est ici surtout qu’il faut avoir observé ce qui a été fait et bien fait, le mettre en rapport avec ce qu’on doit faire, bien saisir la distance d’où votre bâtiment doit être le plus favorablement aperçu , pour vous conduire avec sûreté dans vos opérations. Vous avez pour moyen secondaire la perspective : l’espace nécessaire pour bien juger de l’aspect d’un bâtiment quelconque est d’une fois et demie à deux fois sa hauteur.
Ce qui fait aimer le style de l’architecture italienne , ce sont les grands portiques , les grandes ouvertures que l’on rencontre dans presque tous les bâtimens un peu importans, ce que le climat permet ; les enfoncemens, les enfilades, les aspects , y sont variés sans cesse , soit par la position du spectateur, soit par les différentes projections de lumière. Mais, à Paris, on ne peut user que modérément de ce genre de beauté : les seuls mouvemens qu’on puisse se permettre pour produire quelques saillies consistent dans les avant-corps ; peu de portiques, si ce n’est pour les édifices publics : le génie est trop restreint par les localités. C’est donc par l’ensemble, par les belles proportions de chaque partie qu’il faut chercher à obtenir l’assentiment général, ce qui n’est pas toujours facile.
On emploie rarement les Ordres d’architecture pour la décoration des maisons particulières; on en voit cependant à Paris, mais en petites dimensions. Les colonnes ne dépassent pas la hauteur du plancher du premier étage. Cependant un portique dont les colonnes auraient de 20 à 24 pieds de hauteur fournirait à l’architecte l’occasion de montrer son talent. Les Ordres, employés en grande proportion, sont réservés pour les palais, les temples (1) , ou pour tous autres monumens publics, comme on peut le voir au palais de la Bourse, à celui de la Chambre des députés, et pour quelques autres édifices où ils sont exécutés avec plus ou moins de succès. J’ai dit ailleurs que je n’étais pas partisan des colonnes engagées, et encore moins des colonnes en équilibre ou cumulées les unes sur les autres ; mais on peut enchevêtrer un Ordre dans un autre , pourvu qu’il y en ait un qui domine , comme on le voit à l’Ecole de médecine (2).
Quand vous disposerez des ouvertures , comme des portes , des croisées ou des arcades, qu’elles soient toujours en nombre impair, que les espaces en soient égaux, que votre distribution intérieure s’y raccorde par des écoinçons réguliers. Cette symétrie est de rigueur dans les bâtimens de quelque importance.
(1) La forme des temples anciens* existe encore pour nous, quoique les usages auxquels ils étaient consacrés ne soient plus les mêmes aujourd’hui. Ces monumens nous laissent de grands souvenirs, nobles interprètes de la savante antiquité : sachez en faire l’application à ceux que vous pourriez élever. Tout est grand et noble chez les anciens quand il s’agit des dieux, de la souveraineté et du peuple.
(2) Dans les remarques du cours de cet ouvrage , j’ai pris le plus qu’il m’a été possible les exemples dans Paris , afin d’offrir tout de suite , par des objets de comparaison, les modèles à suivre ou les défauts à éviter.
* En 1 68G , pendant le sie'ge d’Athènes par les Vénitiens, une bombe éclata dans le Parthe'non , qui servait alors de magasin à poudre aux Turcs, et le réduisit dans l’état où on le voit aujourd’hui.