DÉCORATION DES B ATI MENS
La symétrie étant la base de l’Architecture, tout ce qui s’y rapporte ou tend à l’orner doit être symétriquement ajusté , et d’une manière appropriée aux endroits que vous voulez décorer, soit par compartimens, soit isolément. Les statues mêmes , par leur attitude, doivent tenir de l’Architecture par leurs lignes principales et par leur aplomb. Une figure placée dans une niche , ou sur un piédestal , ne doit pas déborder la première ni excéder le second. C’est ainsi que tout ce qui doit contribuer à orner un édifice, doit etre senti et exécute , soit a 1 extérieur , soit a l’intérieur. C’est un manque d’ordre et de goût que de faire déborder les figures et les ornemens du cadre ou de la place qui leur est destinée, que de jeter, par exemple , sur un mur telles figures ou ornemens que ce soit, comme on pourrait le faire d’une draperie dans un appartement.
La plupart des bâtimens que l’on construit aujourd’hui , presque tous élevés par spéculation , ne présentent que peu de solidité ; la pierre y est rare ; le moellon, le bois et le plâtre en font toute la consistance , et , pour peu que ce dernier soit d’une mauvaise qualité, comme les moulures se font par son secours, quand on les traite avec trop de délicatesse, elles durent très-peu de tems. Il faut donc les employer modérément, et présenter des masses de profils sans lourdeur, faire preuve de goût dans leur ajustement pour former un ensemble raisonné, durable, et qui puisse être approuvé.
On a bien essayé quelques innovations, comme l’emploi du Dorique grec à la hauteur de tous les étages ; ce genre de décoration a été de mode ; quelques maisons, même assez importantes, nous en montrent l’abus. Mais cet Ordre, si grand, si beau, tronqué, réduit en petites proportions, n’a produit que de petits ajustemens, en prenant quelquefois la place des chambranles des portes et des croisées. On commence à abandonner ce genre de décoration tout idéal , sans proportions précises, souvent mesquin et toujours plat, pour revenir aux choses de goût , de principe et de raison; car il est impossible, de quelque façon que l’on s’y prenne, qu’une maison ne ressemble pas à une autre maison, un temple à un temple, de même qu’un porche, un entre-colonne, à un autre entrecolonne du même Ordre. Mais le bien consiste dans le bon goût des ajustemens, dans leurs belles proportions respectives. A cela seul , on reconnaît la main habile , l’œil exercé , l’architecte enfin. La mode n’a aucun empire sur ce qui est bien conçu et bien ordonné : 011 peut copier, mais non déguiser, et l’on reste médiocre à force d’imiter (1); l’empreinte du génie demeure toujours. Les monumens grecs et romains ont traversé les siècles ; ils seraient encore dans leur entier, sans la main de l’homme envieux ou ignorant. Ce qui nous en reste est toujours admirable, parce que le beau, le bien est là, et l’était en principe.
Voilà à peu près ce que l’on peut dire sur la décoration extérieure des bâtimens , cette seule partie étant susceptible d’observations et de remarques. Celle des cours y étant presque subordonnée , mais simplifiée, le style adopté pour la première conduit à celui convenable pour la seconde.
(1) Les différentes écoles d’ Architecture ont cet inconvénient, que, outre le goût de leurs maîtres , que les élèves cherchent à saisir , jaloux de se surpasser, ils imitent encore, sans s’en apercevoir, les élèves de l’école rivale qui leur paraissent obtenir le plus de succès , sans penser que cela nuit à leur avancement. De là , cette foule de coloristes ou d’enlumineurs qui sacrifient pour un vain effet l’étude des formes et la pureté du trait , qui sont une des conditions du dessin de l’Architecture.