A L’USAGE DES ÉLÈVES DANS CET ART
Dans ces jours sombres où une lumière uniforme, répandue sur toute la nature, la rend triste et nous attriste nous-mêmes, une teinte grisâtre affecte tous les objets; la verdure , les fleurs mêmes ont perdu leur éclat : tout semble être dans une sorte de stupeur. Mais si l’astre du jour parvient à dissiper cette enveloppe répandue sur l’atmosphère , tout change alors : la nature, morne un instant auparavant, semble renaître, s’animer, et donner une nouvelle vie à tout ce qui respire ; sa robe, nuancée de mille couleurs diverses, réjouit la vue, change tout notre être; l’habitant des airs fait entendre son chant harmonieux : tout est embelli ; le malheureux même se trouve moins à plaindre. Ce charme, dont on ne se rend pas toujours compte, n’est cependant produit que par l’opposition des ombres à la lumière, qui, se variant suivant les objets sur lesquels elle frappe, se nuance aussi de mille tons variés, produit le sombre, le clair-obscur, les demi-teintes, et jusqu’à la vapeur, et tout est en harmonie. Le peintre alors saisit sa palette ; tout ce qui l’entoure l’inspire ; il reproduit sur la toile ce secret de la nature qui nous charme et embellit notre existence. Les ombres que le peintre oppose à ses clairs , pour les faire valoir, ne sont assujetties à aucune règle; son goût seul les dirige : il peut ajouter ou retrancher , suivant qu’il le juge convenable pour produire l’effet qu’il se propose. Mais l’architecte, dont l’art est tout mathématique, n’ayant pas cet avantage, imagina que les ombres produites par des corps saillans sur des arrière- corps devaient être soumis à la même règle mathématique. Il lui a donc fallu partir d’un point fixe pour ne rien faire au hasard, et l’ombre portée sous l’angle de 45 degrés lui a paru la plus convenable, en ce qu’elle exprime la saillie même qui la motive, et en donne la juste valeur. C’est pourquoi aujourd’hui la méthode la plus exacte et la seule reçue est d’ombrer sous l’angle de 45 degrés les dessins géométraux d’Architecture , c’est-à-dire que le rayon de lumière éclaire également les objets sur le plan horizontal et sur le plan
vertical.
Ce fut dans le siècle dernier que les élèves de l’Académie d’architecture en offrirent