‹ Le Vignole des architectes et des élèves en architectureChapitre 26 sur 37 · DU TRACÉ DES OMBRES · texte numérisé non relu

DU TRACÉ DES OMBRES

les premiers exemples dans leurs projets destinés aux concours. La netteté , la précision qu’ils y apportèrent ensuite la fit généralement adopter. Avant ce tems, le lavis pour les dessins des édifices , des bâlimens et de leurs détails était arbitraire ; il n’était , pour ainsi dire, assujettie aucune règle. Les dessins les mieux faits et les planches les mieux gravées , même sous le règne de Louis XIY, ne nous montrent aucunes ombres bien déterminées, mais seulement des teintes fondues sur les parties éclairées (i). De là cette monotonie et cette indécision que l’on voit sür les dessins et les gravures d’ Architecture de cette époque , et même sur ceux des tems antérieurs. L’ombre , portée sous l’angle de 45 degrés , a l’avantage de donner la vraie saillie des corps les uns au-devant des autres. Le lavis à l’encre de la Chine, à la cépia , ou de toute autre couleur, conduit et gradué avec intelligence, doit exprimer le contour de toutes les moulures, soit qu’elles reçoivent la lumière directe ou qu’elles soient dans l’ombre, soit qu’elles reçoivent une lumière vive ou qu’elles ne soient éclairées que par des reflets, ce que l’on peut désigner par le clair-obscur. Les moulures et d’autres détails étant, pour ainsi dire, à l’Architecture , ce que les muscles sont au corps humain, les ombres, les teintes et demi-teintes les font également valoir et ressortir les uns sur les autres.

Les reflets , que l’on peut aussi appeler des contre- ombres, sont produits par la lumière réfléchie ou renvoyée par les parties ou les corps qui reçoivent la lumière directe ; leur effet est donc en sens inverse, mais beaucoup plus doux que les premiers, et en harmonie avec la masse d’ombres portées , sans dureté ni mollesse. Ces ombres de reflets sont plus ou moins vives selon que les corps qui les reçoivent sont plus ou moins rapprochés de la lumière qui les produit. Par exemple , les ombres de reflets de la façade du Louvre sont peu apparentes , à cause de la grande lumière qui l’environne , tandis que celles des plafonds des galeries qui en font partie sont beaucoup plus prononcées , la lumière s’en rapprochant davantage , et étant renvoyée par le sol même de la galerie. Dans les intérieurs, surtout dans ceux où la lumière vive ne pénètre, pour ainsi dire, qu’accidentellement , l’harmonie est aussi plus difficile à saisir, à exprimer, les reflets étant toujours plus apparens par le renvoi du jour qui frappe sur le sol.

La masse d’ombres portée par un corps très -saillant doit être fondue vers le bas du sol, qui, étant éclairé, la réfléchit plus tôt, sans cependant la rendre indéterminée. Celle portée horizontalement par le même corps doit être plus ferme , et graduée de même à son arrivée vers le corps perpendiculaire qui la reçoit (2) , la teinte devant être toujours plus forte près des corps qui la donnent, par l’opposition même du clair-vif qui la produit. Dire qu’à mesure que les plans s’éloignent, l’ombre doit aussi se dégrader, c’est ce qui est trop sensible : l’art est dans la justesse des tons qui doivent indiquer la distance des parties, en les faisant se détacher les unes sur les autres, et en conservant toujours la même entente pour les reflets.

Nous pensons que ces explications générales suffisent, nous réservant de revenir sur chacune des figures dont le tracé ne suppléerait pas à la démonstration. Comme on peut n’avoir à consulter qu’une seule des figures, nous devons prévenir que nous n’avons pu

(1) Ils étaient éclairés par le simple jour et non par le soleil, ce qui produit des ombres vagues, molles et sans effet.

(2) Voyez planche 3,

LAVIS DES PLANS, etc. 5

éviter de nous répéter quelquefois pour leur disposition première, afin de nous rendre plus intelligibles pour chacune d’elles en particulier.

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