‹ Le Vignole des architectes et des élèves en architectureChapitre 4 sur 37 · PRÉFACE DE VIGNOLE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE VIGNOLE

l’on croit que rien n’y a été exécuté sur ses dessins. Son goût pour les Ordres d’architecture antique qu'il avait étudiés à Rome, a été la base sur laquelle il a rédigé son Traité. D’autres architectes ont fait, comme lui , divers Traités sur les Ordres d’architecture ; mais , soit qu’ils se livrassent trop à leur propre génie , sans s’assujettir, comme Vignole, aux ouvrages des anciens qu’ils prenaient pour modèles, soit que leur mérite ne pût balancer celui de notre auteur qui s’en était le plus rapproché , son ouvrage a dû prévaloir sur les leurs.

Jacques Barozzio de Vignole était né Tan 1507 , le i,r octobxe , à Vignole, petite ville du marquisat de ce nom , qu’il prit lui-même par la suite, et sous lequel il est le plus connu. Il mourut en 1 57 3.

Le Vignole original porte la date de 1617. La traduction en quatre langues, de même format, est datée de 1 63 1 .

ET

SUR LES ORDRES D’ARCHITECTURE. (l)

La nécessité, mère de l’industrie, donna naissance à l’Architecture. Il fallut des abris aux hommes, nés trop faibles pour résister à l’intempérie des saisons. D’abord les cavernes, monumens des convulsions de la nature, leur servirent d’asile; mais, par suite, elles ne suffirent plus pour les contenir tous. Ces mêmes hommes se dispersèrent, se formèrent en tribus , se nommèrent des chefs. Las d’habiter de chétives huttes sous lesquelles ils étaient à peine en sûreté , et que les vents en furie emportaient souvent au loin , ils pensèrent à en construire de plus solides. Les forêts furent mises à contribution ; les corps des arbres devinrent des piliers ou des colonnes, les pièces de bois qui les liaient ensemble des architraves, celles qui les recouvraient des frises, et la toiture enfin servit d’entablement, dont l’extrémité des chevrons forma des modillons. L’œil observateur du génie découvrit dans ces masses informes, et tout-a-fàit dans 1 enfance de 1 art , le

(i) Ordre, ici, signifie caractère. Les cinq Ordres en présentent cinq différens, qu'on peut appliquer suivant l'usage auquel on destine sofi bâtiment.

Le Toscan , pour les édifices qui tiennent à la marine , aux arsenaux , aux casernes , aux prisons , aux grottes et fontaines, aux bains et aux halles.

Le Dorique , pour les temples , les palais de justice , les maisons de commerce , de banque , les bains publics , et tout ce qui demande un caractère de stabilité et de confiance , dont les signes peuvent être exprimés dans la frise de

l'entablement , entre les triglyphes.

Ulonique, pour les maisons de plaisance , les hôtels ou petits palais , et les intérims.

Le Corinthien , pour les grands palais , soit royaux ou publics , ou tout ce qui porte ce non. , et qu. demande de la grandeur , de l’élégance , un certain luxe et de la magnificence.

° Le Composite , pour les intérieurs , comme les cours , les vestibules , les galeries , etc. , des memes palars , ma.s non en premier ordre , le corinthien lui devant être préféré.

i4 SUR LES ORDRES D’ARCHITECTURE.

principe de choses qui, mieux combinées, plus régulières dans leur ensemble, produiraient aussi un plus grand effet. Dès lors on distingua l'habitation du chef d’avec celle des sujets; et, par succession de tems , ces simples demeures devinrent des palais. La pierre, le marbre, prirent la place du bois, qui ne devint lui-même que secondaire, mais toujours utile. Il fallut orner ces nouvelles colonnes, faites de pierre ou de marbre, qui venaient de remplacer le corps des arbres : la coiffure d’une jeune fille donna l’idée du chapiteau ionique ; Callimaque vit naître le chapiteau corinthien (i). C’est d’après les modèles que nous ont laissés les architectes de l’antiquité , que les modernes ont essayé d’établir, pour ces ordres de colonnes, des règles, sinon invariables, au moins assez bien entendues, par leurs rapports dar/s les mesures, pour en faire un corps d’ouvrage classique. Celui de J. -B. de Yignole, pour l’usage habituel, a paru le mieux raisonné et le plus en harmonie avec ses modèles; c’est pourquoi il a été adopté de préférence, et, depuis ce tems, ceux qui se destinaient et se destinent encore à l’Architecture ont toujours commencé par le dessin des cinq Ordres, quoique beaucoup de ces personnes n’aient jamais eu l’occasion de faire exécuter une colonne. De là vient, sans doute, qu’on a avancé que l’étude de cet art ne devait pas être basée sur les parties qui ne lui étaient pas essentielles; que les cinq Ordres étaient sans doute un des principaux ornemens des édifices anciens et modernes, mais qu’ils n’étaient pas adoptés par tous les peuples; que partout on bâtissait, et que, sans leur secours, beaucoup de palais et de maisons obtenaient les suffrages des connaisseurs ; qu’il était même absurde de croire qu’on dût tout leur rapporter, et qu’ils dussent faire une partie fondamentale de l’art. Ce raisonnement, sans doute, pouvait être bon; mais, depuis , on n’en commença pas moins, comme on l’avait fait jusqu’alors, par le dessin des cinq Ordres d’architecture pour les premières notions dans cet art, non parce qu’on espérait un jour les exécuter , non parce que même c’était l’habitude , mais parce que les Ordres présentent quelque chose à votre vue de tout créé, et, pour le justifier, vous n’avez qu’à les tracer sur le papier pour y voir des formes, du mouvement, le rond opposé au carré, se faisant valoir l’un par l’autre , des profils agréables, bien combinés , qu’un jour vous pourrez placer à propos; puis, pour essayer, vous assemblez quatre ou six colonnes dans leur distance reçue, que vous couronnez de leur entablement, voilà tout de suite un édifice qui vous plaît, qui aiguillonne votre désir d’apprendre. Vous placez ensuite en arrièrecorps une muraille percée de simples croisées , cela ajoute un nouveau degré de plaisir pour votre imagination naissante ; et c’est ainsi que le goût chemine, arrive, se nourrit, et qu’à des choses simples succèdent sans efforts des choses plus compliquées. Des principes faciles d’abord, et qui vous plaisent, les combinaisons suivront de source. Les Ordres ont cela de bon qu’ils vous auront mis des rapports de proportion dans la tête : le piédestal deviendra un soubassement, la hauteur de la colonne une face de mur que vous décorerez de croisées ou d’arcades, et que vous surmonterez d’un entablement complet ou d’une simple corniche ; peut-être même que, suivant la richesse des moulures et celle de l’ensemble en général , votre bâtiment, par le caractère que vous aurez voulu

(i) Quoique je traduise ici ce qui a été dit souvent, j^ai cru cependant pouvoir le répéter comme à propos relativement aux Ordres de colonnes.

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