MARIE, RAOUL
Marie essuie des assiettes empilées sur h table. Raoul impatient, évolue dans la pièce puis s approche de plus en plus de Marie qui lui tourne le dos.
RAOUL
Envoyé donc, Marie .... tu sais ben que j sus
pas un gars qui s’vantrait de ça après! .
MARIE, maussade
Lâche-moué, Raoul, pour la centième fois, la-
che-moué. J’te l’dis, j’sus pas une femme comme ça
moué. Ca t’i du bon sens qu’une honnête créature couperait la confiance à son mari dans le moignon, comme ça, pendant qu’il travaille comme un pauvre chien pour la faire vivre! . . .
Raoul, s’approche pour la baiser au cou.
— Envoyé donc, Marie . . .
MARIE, violente
Ecoute, toué! Tu connais Ernest, hein?. . . Il est vindicatif! j’ai que ça à t’dire! ....
Marie a terminé sa vaisselle. Elle pose son linge sur le dos d’une -eh aise, sort un tricot de ses jupes et va s’asseoir dans la berceuse, près de la fenêtre. Raoul est penaud sur une autre chaise, au milieu de la scène.
RAOUL, braillard
V'ià c’que c’est que les femmes! . . . Quand on leur demande ça, ben gentiment, ça leur donne de la force, pis, a’ vous envoyé chez l’diable comme un seul homme! . . . Ben Marie j’sus certain moué que ton Ernest a pas été monsieur comme j l’ai été . . . C’est peut-être pour ça aussi qu’i t’as eue aussi? . . . T’as pas besoin de te regimber! i’ s’en ai vanté. I’ a commencé par se servir des petits morceaux sans conséquences, pis toué, après, tu y a tout donné.
MARIE
— Tais-toué! C’est effronté, c’que tu dis-là! RAOUL
— C’est pas moué qui es effronté; parce que sans ça j’t’aurais, aujourd’hui. . Un effronté! un effronté! les femmes aiment ça, un effronté; puis j’vais l’être!
(il se lève vers elle ) MARIE, apeurée
— Raoul! . Tiens-toué tranquille, mon v’iimeux!
RAOUL
-Ouais!
( silence )
Pis moue qu’étais si heureux, dans l’ temps que
i'créais en toué . J’avais vendu la moitié de mes vaches . j’pouvais te mettre là, sur la table, cmqcents belles piastres, cash. J'buvais pas, ça tu 1 sais, pis ça prenait un damné coup de marteau sur les doigts pour me faire sacrer! ....
MARIE, conciliante
Pauvre Raoul. . . Tu vois, on y peut rien en
toute ... C’est la Providence qu’a pas voulu que j’sois la tienne. .
RAOUL
La Providence! la Providence! C’est toujours la
Providence, avec vous autres, les femmes!. . .
( silence )
MARIE
—Ecoute, mon bon Raoul. Ernest peut arriver d’une minute à l’autre, pis i’ aimera pas ça en toute de t’trouver en partner avec moue. Sois raisonnable, va-t-en, c’est mieux! ... Tu comprends que si c était
rien que de moué . . .
RAOUL, pensif.
( Marie regarde par la fenêtre et sursaute)
MARIE
J’te l’avais ben dit; i’ tourne le coin de la rue!
Sauve-toué, vite! . . . vite! ...
(Raoul, après sêtre précipité à la fenêtre, tourne dans la pièce, affole)
RAOUL
— J’peux pas en toute sortir d’icitte, i’ va m'voir, pis ça va être pareil !...
MARIE, étranglée.
■ — Cache-toué, i' rentre ....
(Elle indique la porte de la chambre )
MARIE
— Doux Jésus! me v’Ià dans de beaux draps, à c’t’heure! .