SCENE II ERNEST MARIE
Ernest, un charpentier, ses outils roulés dans une toile de baptiste en font foi, entre en scène par la porte du fond, de reculons, balançant, à bout de bras son chapeau de paille pour l’égoutter.
MARIE, assise très calme.
— Quiens! c'est toué?. . . déjà?.
ERNEST
— C’t’affaire! Mais tu vois donc pas qu’i mouille? MARIE
— Ben, c’est pourtant vrai . . .
ERNEST, après avoir embrassé Marie.
— Le Charpentier, sa mère, c’est comme ça. Quand i’ mouille i’ travaille pas.
(Il pose ses outils et continue à secouer son chapeau .)
MARIE
— C’est à croire que t’as pris c’te métier-là rien que pour ça?
ERNEST
—Sa mère, ris pas avec ça. C’est plutôt triste, parce qu on est paye pareil pis, pendant ce temps-là, le travail, lui 1 avance pas.
(// met le pied, sur une chaise pour se déchausser.)
—Quand on a vu venir la pluie de l’est, le foreman nous a dit qu on pouvait tout lâcher, rapport qu’avec 1 est, on n peut jamais dire combien de temps ça va urer ... C est ben sacrant pareil, le père Lauzon qu’a pas encore rentré son foin! ...
MARIE, l’interrompant.
Ben, si i mouille tant que ça, tu devrais ben, mon vieux, aller quérir du bois dans la shed; celui qui est dehors s’allumera pas pour ton souper, à soir.
ERNEoT, continuant à se déchausser.
T es ben pressée, sa mère, i’est pas quatre heures. . . J irai, j’irai, aie pas peur!
(En chaussette, il se dirige vers la chambre à coucher. Marie porte la main à sa bouche pour étouffer un cri. Puis, avec assurance.)
MARIE
— Où ce que tu vas, donc?
ERNEST
J vas m 'changer. T’as pas envie que j’attrape du mal! J’sus pas venu en carosse, moué, de la grange au père Ménard ! . . . .
MARIE
Va donc quérir du bois avant, son père. Tu vas tout te remouiller encore, tout à l’heure .
ERNEST
— J’peux toujours ben changer de coat!
MARIE avec un cri.
— Ernest, mon Dieu! viens donc voir ça icitte!
ERNEST, courant à elle.
— Quoi? ....
MARIE
(■ Souriante , elle lui montre son tricot ) — Tu sais pas c’que c’est que ça, hein, son tit’père? ERNEST
— Eh ben quoi!
MARIE
— Tu vois pas, grande bête?
ERNEST
— Sacrée Marie, va!. . . C’est-i’ ben vrai, c’te fois icitte? En as-tu des preuves? au moins? des vrais preuves ....
MARIE
V limeux ! C est toué, tu sais ben, qui les as les preuves ....
ERNEST — Sacrée Marie! . . .
( Cette fois, il se dirige vers la chambre à coucher et y pénètre sans que Marie se lève donc, prête à tout. On entend, venant de la chambre à coucher, une bousculade puis un cri de stupeur.)