PRÉFACE
caqueter; mais, aussi bien dans son aspect que dans ses mœurs, le village a conservé je ne sais quoi de patriarcal, à la fois austère et plaisant, qu'on ne retrouve dans la petite ville qu'atténué. La petite ville? Mais on y voit des couturières et des jeunes filles mises à l'avant-dernière mode de Paris : vais-je dire, vraiment, qu'elles sont bien de leur village? Vais-je les appeler < villageoises »? Non. On y voit aussi des cafés ornés de glaces et munis de banquettes où messieurs les fonctionnaires, aux environs de cinq heures, viennent faire la partie avec le maire, ie pharmacien et quelques bourgeois: est-ce qu'ils sont, eux aussi, de leur village?
Le village n'a point de rues. Des chemins aboutissent à la route qui le traverse, quand il n'est pas situé au beau milieu des champs ou sur la lisière d'un bois. On y use plus de sabots que de bottines. On y mange plus de légumes que de viande. On y boit plus-,d'eau que de vin. Oui. je sais. Il y a les gars qui reviennent du régiment avec des habitudes d'élégance et des besoins de confort, mais cela leur passe vite. Il y a les filles qui, pour huit jours, rapportent de Paris, où elles sont femmes de chambre, du linge, des provisions et des nouvelles. Mais, dès quelles sont pa/ties, on range le linge dans l'armoire, trop beau pour qu'on l'use, on vit sur les provisions, cl l'on ne pense plus aux nouvelles. La vie du village reste