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CHAPITRE III

Participation du curé aux fonctions communales. — Tenue des registres des naissances, des mariages et des décès. — Son droit de recevoir les testaments. — Il assiste aux assemblées de la communauté. — Il est Tauxiliaire de l'intendant. —

• Non résidence de certains curés au xvi« siècle. — Discipline plus sévère. — Les gros décimateurs. — Situation des vicaires. — La portion congrue. — Subventions des conmiunautés. — La dîme. — Manque de curés. — Le casuel. — Presbytères à la charge des habitants. — Construction et réparation. — Zèle religieux dans certains villages. — Processions. — Discussions pour la préséance. — Sentiments hostiles à l'égard du clergé. — Divisions entre certains curés et les habitants. — Curés populaires. — Surveillance de l'autorité ecclésiastique. — Visites de l'évêque et des archidiacres. — Publicité et contrôle. — Situation du curé.

Le curé de village avait dans radministration de son église une autorité limitée par les prérogatives des marguilliers et les droits des habitants ; en revanche, il avait dans la communauté des moyens d'influence qu'il n'a plus de nos jours. Il tenait les registres des naissances et des décès ; il recevaitles testaments; il assistait aux assemblées des habitants; il était l'organe de la loi, en faisant con-

naître à ses concitoyens les actes de l'autorité supérieure.

La société chrétienne était si fortement organisée autrefois, qu'en dehors d'elle il n'y avait pas d'état civil. Le prêtre inscrivait la naissance, le mariage et le décès des membres de la communauté, en relatant sur des registres spéciaux les baptêmes, les bénédictions nuptiales et les. enterrements. Ce fut seulement à partir de François l" que ces registres commencèrent à être tenus régulièrement. Un notaire dut les signer avec le curé, et chaque année ils furent déposés au greffe le plus voisin * . Des ordonnances successives précisèrent le mode de leur rédaction, et multiplièrent les formalités destinées à en garantir l'authenticité. Prises d*abord dans l'intérêt de la justice, afin de s'assurer de l'identité des personnes, ces formalités furent utilisées également dans un but fiscal, pour faire connaître, aux agents des Fermes les mutations à opérer par suite de décès. Jusqu'à la Révolution, le soin de tenir ces registre fut conservé au curé ; mais les hommes auxquels la sépulture ecclésiastique était refusée n'y figuraient pas, et, bien que la loi y pourvût en décidant qu'ils seraient inhumés sur une ordonnance du juge conservée au greffe*, l'excommunication avait des effets civils qui supprimait même, dans le registre paroissial, la mort de celui qu'elle frappait.

* Ordonnance d'août 1539, art. 50, 51 et 52.

« Ord. de 1667, tit. XX, art. 8 et suiv.— Ord. du 9 avril 1736, qui complète le précédent sur ces articles. — Arrêt de 1746.

L'excommunication fut longtemps entre les mains du prêtre un puissant moyen d'influence. Il en frappait encore, au xvii® siècle, après plusieurs monitoires canoniques, ceux qui vivaient d'une manière notoire en concubinage; il désignait publiquement ceux de ses paroissiens qui ne communiaient pas à Pâques ; il pouvait même faire procéder contre eux * .

La vie privée lui était ouverte. Non-seulement, il pénétrait auprès des mourants pour leur administrer les sacrements, mais il avait le droit de recevoir leurs testaments. Cet usage, qui remontait au moyen-âge, était un de ceux qui avaient le plus contribué à enrichir les églises *. La présence de témoins était, il est vrai, nécessaire pour que le testament fût valide. Il était rédigé d'ordinaire en termes empreints de sentiments religieux, et contenait presque toujours des dispositions relatives à des messes ou des legs en faveur de la fabrique ^

Ni la loi, ni l'usage n'interdisaient aux curés d'assister aux assemblées de la communauté. Gomme ils étaient les plus instruits et les plus diserts, leur parole y était souvent la plus écoutée. En Bretagne, ils étaient les intermédiaires des commissions diocésainespour la répartition de la taille *. Il fut question, en 1716, de donner des attributions analogues

* Inv, des Arch. Seine-Inférieure, Visite d'un vicaire général en 1664. G. 725.

' Loysel, Insiitules eoutumières, édit. Laboulaye, n^ 30i.

3 Arch. de l'Aube, 40, 41, 42, G.

* Du Chatellier, Des adnhinislrations collectives.

à tous les curés de France * . Si certains intendants voulaient les empêcher de s'immiscer dans Tadministration communale, d'autres faisaient au contraire appel à leurs lumières. « Turgot, dit Dupont de Nemours, les regardait comme ses subdélégués ; il assurait qu'on était trop heureux' d'avoir dans chaque paroisse un homme qui eût reçu quelque éducation, et dont les fonctions dussent, par ellesmêmes, lui inspirer des idées de justice et de charité. M Aussi entretenait-il avec eux la correspondance la plus active ; il leur demandait des éclaircissements de toute espèce ; il les chargeait de l'informer des accidents et des maladies contagieuses, de lui transmettre les requêtes des habitants, les états de pertes des bestiaux ; il les priait de concourir à la vérification des rôles de la taille, à Taider à améliorer la levée des impôts; enfin, il les engageait à faire connaître aux habitants assemblés à l'issue de la messe les décisions et les intentions de l'administration*. Dans le Limousin, où l'instruction était peu répandue, l'intervention du curé dans les affaires communales apportait un utile concours aux progrès que voulait réaliser l'Etat. La Déclaration de 1787 lui donna un caractère légal dans tous les pays d'élection, en attribuant au prêtre la seconde place dans le conseil des notables.

Il y siégeait après le seigneur, à la juridiction

* Jean Buvat, Journal de la Régence, I, 9i.

' Lettres circulaires aux curés de la généralité de Limoges pour leur demander leur concours dans diverses opérations administratives. — Œuvres de Turgot, \, G33 et suiv.

duquel il était soustrait par le privilège qui le soumettait aux seuls tribunaux ecclésiastiques; mais il était . présenté à la nomination épiscopale par le seigneur, si celui-ci était patron ou fondateur de L'église *; et dai)s tous les cas, le seigneur était tenu de veiller sur sa conduite et à la discipline de l'église. Le curé était obligé de lui rendre des honneurs spéciaux, tels que l'encens et l'eau bénite *. Le pouvoir seigneurial et l'autorité religieuse se soutenaient mutuellement, quoiqu'il y eût parfois entre leurs représentants des désaccords et des luttes.

Le rôle du clergé s'était modifié depuis le moyenâge. Au xn® siècle, le prêtre n'était pas seulement le pasteur spirituel, il était le protecteur, l'avocat et même le chef de ses paroissiens ; nous l'avons vu se mettre à leur tête pour repousser l'oppression ou les conduire sous les bannières du roi. Au xvi* siècle, l'abus des bénéfices avait nui à la considération du clergé. On signalait à cette époque un grand nombre de prêtres dans les villages ; mais les titulaires des cures et des prieurés n'y résidaient pas, et les affermaient au plus offrant. « Aussi, le plus souvent, dit un curé de ce temps, le plus asne et mecanicque de la paroisse estoit mons. le vicaire, pour ce qu'il en bailloit le plus^. » Rien n'égalait le relâchement du clergé rural dans certaines contrées. La vie privée des curés était un sujet de scan-

* De Perrière, Des droits de patronage^ p. 365.

* Voir plus loin, liv. III, chapitres II et HI. 3 Claude Haton, Mémoires^ p. 90.

dale; dans la Beauce, on se plaignait de leurs violences*; en Champagne, on signalait leur conduite immorale; on les montrait, vêtus d'habits mondains, fréquentant les tavernes, se livrant publiquement aux jeux de hasard, négligeant leurs devoirs et s'appropriant les revenus des pauvres ; on blâmait leur cupidité, lorsqu'ils exigeaient de l'argent des communiants ou qu'ils refusaient d'inhumer les personnes qui n'avaient point fondé de messe par leur testament. La plupart des cahiers des châtellenies du baillage de Troyes, en 1576 et surtout en 1614, sont remplis de plaintes contre l'avidité, l'immoralité et l'incurie des prêtres de villages *.

Une discipline rigoureuse releva, au xvii** siècle, le niveau moral du clergé des campagnes, et l'on peuit dire qu'au siècle suivant, il inspirait le respect, et le méritait par ses vertus. Mais il resta toujours dans son organisation ecclésiastique un vice radical ; c'est que les dîmes recueillies dans les paroisses étaient perçues d'ordinaire par des gros-décimateurs qui ne résidaient pas et qui, la plupart du temps, laissaient seulement au prêtre qui desservait l'église une portion appelée portion congrue. On sait qu'elle était à peine suffisante, bien qu'à différentes reprises on en eût élevé le taux. Le clergé de Bassigny disait, en 1789, et d'autres clergés parlèrent dans le même sens : « Beaucoup

* Menault, Angerville-la-Gate, p. 393.

* Ai'ch. municipales de Troyes, B B. 15 et 16. — Voir surtout les cahiers de Treignel et de La Ferté-Loupière, en 1614.

de curés sont mal rétribués dans les campagnes; la plupart sont à portion congrue.»

Les portions congrues des curés, parfois payées en nature au moyen-âge, furent fixées à 120 liv. sous Charles IX, portées à 300 1. sous Louis XIII, élevées à 500 1. en 1 768 et à 700 en 1 786 . GeUes des vicaires étaient inférieures. Gomme on le voit, elles avaient suivi une progression égale à la diminution de la valeur de l'argent. En 1786, un prêtre écrivait en parlant d'un vicariat qui lui rapportait 550 liv. : « Ce qui suffisait il y a vingt ans et à plus forte raison il y a quarante ans, ne peut aujourd'hui suffire que le prix de toute espèce de marchandise a plus que doublé et notamment le bois à feu qui a plus que quadruplé * . » Souvent la communauté était obligée de leur donner une allocation annuelle, qui suppléait à l'insuffisance de leurs revenus*. En 1742, l'évêque de Langres ne consent à envoyer un vi- » caire dans un village que si les habitants votent un supplément de 80 livres à sa portion congrue; ils le font sans hésiter ^. L'archevêque de Rouen, en 1686, ordonnait aux manants de certaines localités de se cotiser pour assurer la subsistance du prêtre chargé de leur dire la messe le dimanche *. Par suite de conventions particulières, la communauté pouvait aussi s'engager à payer au prêtre la célébra-

* Arch. de l'Aube, C. 98.

* Inv, des Arch. de l'Aube, G. 2831 . — Les vicaires dans le bailliage de Metz, ne touchaient en 1789 que 350 1.

3 Arch. de l'Aube, C. 98.

* Inv. Arch, Seine-Inférieure, G. 168C.

tion (l'oflBces supplémentaires à des heures déterminées *.

Quoique Vauban ait dit que la dîme était le moins onéreux des impôts ^, il était dur pour le paysan de donner une partie de sa récolte, sans que souvent elle profitât au prêtre qui desservait son église, sans qu'elle le dispensât de lui payer une subvention supplémentaire et de s'imposer pour réparer la nef de l'église. La dîme, qui fut établie par Gharlemagne en faveur du clergé, était rarement la dixième partie de la récolte; elle en était, selon les pays, la treizième, la quinzième, la vingtième et même la quarantième. Dans certains cantons, la treizième gerbe s'appelait le trézeau, et se mettait en travers sur les autres afin que la personne chargée de recueillir la dîme put la lever plus facilement avec sa fourche ^. Vauban disait à tort que cet impôt ne suscitait ni plaintes, ni procès ; il serait facile d'en citer un grand nombre. La quotité de la dîme était souvent discutée. Au xvi® siècle, des habitants soutenaient qu'ils la devaient, non d'après une proportion déterminée, mais à leur volonté*. Elle se levait sur tous les produits de la

* Une communauté de Bourgogne demande à plaider contre son pasteur, parce qu'il a changé l'heure d'une messe qu'il était tenu de dire le dimanche, au soleil levant. — Inv, Areh. Saôneet'Loire, C. 158. — /rf. HérauU, C. 986. — Arch. Aube, C. 143.

* Projet d'une dixme royale, p. il.

* Traditions particulières. — A Fontaine-Mâcon, le curé réclamait la quinzième hottée ; les habitants prétendaient ne devoir que la trentième. Arch. âe l'Aube, C. 2097.

* Inv, Arch. Aube, G. 2726.

terre, et même sur les poules, les moutons et les cochons. Dans ce cas, la perception n'en était pas toujours pratique. Quand on avait droit à un agneau sur treize et qu'il n'y en avait que neuf, le paysan ne pouvait fournir trois-quarts d'agneau ; si le décimateur refusait une somme d'argent en compensation, il fallait plaider. Dans les pays vignobles, c'était une source de contestation que de savoir si la dîme devait être perçue en nature au pied de la vigne ou en vin dans la cave * . La dîme de suite excitait aussi de vives plaintes; elle consistait à suivre le cultivateur hors du territoire de la paroisse pour lui faire payer moitié de la dîme au décimateur de son domicile *. Rien n'éLait plus variable du reste que la législation et les usages d'après lesquels elle était perçue ; rien de plus nombreux que les diflBcultés qu'elle suscitait entre les curés et leurs paroissiens.

Si du moins elle avait suflB à tous les besoins du culte, on l'aurait acceptée facilement, comme on l'accepte encore au Canada' ainsi qu'en Angleterre, où du reste elle a été convertie en une contribution pécuniaire. Mais, comme les gros-décimateurs ne venaient pas au secours de ceux qui n'avaient point le nécessaire, il se trouvait des paroisses si pauvres

* Michel, Recherches sur la perception de la dîme en Cham^ pagne, 1873.

* Cahier de La Rothière. Arch. de l'Aube, B. 18.

^ Au Canada, elle est la vingt-sixième partie de la récolte. On raconte même que le vingt-sixième enfant d'une famille, et il s'en trouve parfois, est donné au curé, qui l'élève à ses frais. De la Mothe, Excursion au Canada, Tour du monde, XXX, 126.

qu'elles ne pouvaient subvenir à l'entretien d'un curé, et qu'elles en restaient dépourvues * . Ailleurs le prêtre est si misérable qu'il va mourir à l'Hôtel- Dieu de la ville voisine*. « Il y a beaucoup de villages sans curé et même sans prêtre résidant, dit le clergé de Bassigny, à raison de la dureté de certains gros-décimateurs. » La plupart des diocèses, dit-on dans un diocèse voisin, manquent de ministres pour le service des paroisses de campagne, ce qui oblige bien des curés de biner les dimanches et fêtes ^. Quelques-uns des titulaires eux-mêmes ne résidaient pas, et ne se faisaient pas suppléer; de sorte que les paroissiens étaient obligés de faire baptiser leurs enfants dans les églises voisines *.

Le casuel ou les frais du culte étaient insuffisants dans les paroisses dont la population était minime. Il était interdit de rien percevoir pour les enterrements ^ ; mais cette interdiction était rarement observée. Les tarifs des messes de mariages et des services était fixé par l'évêque. On payait 5 s. pour un extrait de baptême et 10 s. pour les monitoires. Les procureurs-fiscaux devaient veiller à ce qu'il ne fût rien exigé en sus. On s'élevait avec raison, au dernier siècle, contre la cupidité de certains curés,

* Cahier du Tiers-Etat de Nemours. Arch, parlementaires, rV, 192. — Arch. de l'Aube, G. 669. — Inv. Arch. Seine-Inférieure, G. il78.

« Arch. de FAube, G. 766.

^ Cahiers des villages en 1789. — Arch. de TAube, B. 17.

^^Lépine, 1657. Arch. de l'Aube, 49 G.

» Ord. d'Orléans, art. XV.

qui aux fêtes de Pâques exigeaient un sol de chaque communiant, riche ou pauvre, domestique ou mendiant, et refusaient, en cas de non-paiement, de les admettre à la Sainte-Table * .

Les habitants, qui payaient les dîmes, le casuel, les services supplémentaires, les réparations de la nef et du clocher , avaient encore à leur charge le presbytère, qui jusqu'au xv® siècle avait été à la charge du clergé *. L'ordonnance de 1695 les avait astreints « à fournir au curé un logement convenable ^ » D'après un arrêt du conseil, ce logement devait consister en deux chambres à cheminée. Tune pour servir de salle à manger, l'autre pour coucher, un cabinet et une cuisine, en y ajoutant un grenier sur la totalité du bâtiment, un puits, si le local le rendait indispensable, une fosse d'aisances, une très-petite cave et un bas cellier. Dans aucun cas, il n'était du des granges ou des étables, mais seulement une écurie pour un ou deux chevaux, s'il y avait des écarts dans la paroisse *. Extérieurement le presbytère ressemblait à une maison de paysan, et souvent il était couvert en chaume *.

* Freminville, p. 474.

* Guyot, Répertoire, au mot Réparations, Le synode de Langres, en 1453, met l'entretien du presbytère à la charge des habitants. Les conciles de Rouen et de Bourges, en 1581 et 1584, prouvent que cet usage était déjà établi.

* Ane. lois françaises, XX, 249.

* Lettre de l'intendant de Champagne, en 1788. Arch. Aube, C. 1185.

^ Projet de presbytère h la Chapelle-St-Luc. La cuisine et la

LE CUBÉ. 137

Les curés pouvaient sommer les habitants de leur louer un logement *, même de leur construire un presbytère, s'il n'y en avait pas ; ils étaient cependant chargés de le réparer *. En entrant en possession, ils exigeaient souvent qu'il fût mis en état. « C'est une manœuvre assez fréquente, disait un subdélégué, pour ne pas être tenu des réparations pendant la durée de leur séjour. ^. » Un ingénieur se plaignait aussi de ce qu'on faisait reconstruire des 'presbytères qui étaient aisément réparables. Dans tous les cas, les communautés payaient, et comme leurs revenus étaient d'ordinaire insufiBsants, il fallait recourir à des suppléments d'imposition pour acquitter ces dépenses.

La foi qui régnait alors et les services rendus par les prêtres faisaient paraître moins lourdes aux habitants ces charges multipliées. Ceux-ci avaient parfois plus de zèle que leur curé. On pourrait en citer qui chargeaient leur syndic de lui faire des remontrances, parce qu'il négligeait d'instruire leurs enfants et de les disposer à recevoir les sacrements de pénitence et d'eucharistie *. En 1768, les habitants de Charment veulent le forcer à dire une messe du Saint-Esprit pour implorer le secours de

chambre ont 4 mètres 25 de large chaque. Chacune a une porte et une fenêtre. Arch. de TAube, C. 1296.

* La valeur de ce logement était évaluée à 40 liv. en i78o. — Guyot, Répertoire.

* Arrêt de règlement du Parlement, 1745. Freminville, II,

» Arch. de l'Aube, C. 1468.

* Mémoire pour les officiers de la prévôté d'Eclarony p. 3.

138 LIVRE n. CHAPITRE HI.

Dieu dans un procès qu'ils intentent contre leur seigneur. Le curé ne veut pas se faire d'ennemis; il s'abstient. On en réfère au subdélégué, qui se déclare incompétent * . Vers la même époque l'évêque de Langres supprime un certain nombre de fêtes chômées, parmi lesquelles se trouvait celle du lundi de la Pentecôte. Les habitants de Braux voulurent forcer le curé à la célébrer; ils montèrent au clocher sans qu'on pût les empêcher, s'attroupèrent autour du presbytère, et y firent un « baccanal affreux, » selon Texpression de la dame du château, qui, témoin oculaire de ce désordre, en rendit compte au secrétaire de l'intendant. Le syndic était à la tête des mutins, et se rendit avec eux, en costume de fête, à la messe basse du lundi *.

On aurait mieux compris ces vivacités à l'époque de la Ligue, où la rehgion, mal entendue, suscitait des excès. En 1579, un curé, ayant voulu rebrousser chemin dans une procession, malgré le vœu de ses paroissiens, fut jeté par eux dans l'Yonne. Le vicaire poursuivit paisiblement l'itinéraire désiré par la communauté, tandis qu'on retirait le curé de l'eau. Celui-ci s'en plaignit à l'ofiBcial; une instruction fut conunencée, mais personne ne voulut déposer de ce qui était arrivé^.

Les processions étaient nombreuses; quelquefois elles se rendaient à de longues distances; on en faisait la nuit contre la gelée; les évêques limi-

* Arch. de l'Aube, C. 1308.

« Arch. de l'Aube, C. 424.

3 Mémoires de Claude Hatouy 977.

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taient > leur parcours et les circonstances dans lesquelles elles pouvaient se faire *. Elles étaient parfois des occasions de contestations entre les membres des confréries qui se disputaient le pas. Les filles et les garçons le réclamaient, et leur rivalité troublait la communauté. A Buxeuil, en 1 766, l'usage s'était introduit, contre la décence, dit un fonctionnaire timoré, de faire porter la bannière par une fiUé qui marchait devant les garçons. Un d'entre eux s'en empare et la porte au devant de la procession. Le curé se plaint à la justice, et fait arrêter le garçon, qui est conduit dans la prison de la ville voisine. Les habitants s'irritent d'une peine aussi sévère et demandent à l'intendant de les autoriser à plaider contre le curé. L^intendant blâme énergiquement ce dernier : « Je ne comprends rien à sa conduite, écrit-il,... mais j'aurai toujours de la peine à accorder une permission de plaider de laquelle il ne peut résulter aucun bien pour la communauté. » Le subdélégué fait une enquête; il trouve des partisans du curé qui déclarent que le jeune homme incarcéré est « un brouillon. » L'intendant s'impatiente; il veut « qu'on finisse une affaire aussi ridicule. C'est au curé à faire sortir ce garçon, dit-il. Je lui saurai mauvais gré de ne pas se prêter à un accommodement. » Mais l'évêque de Langues est dans le voisinage ; il vient à Buxeuil,. il n'apaise pas les esprits et se déclare contre les adversaires du curé. « Ce sont de vrais mutins, écrit-il à l'in-

* Ord, synodales du diocèse de Dijon, 1744., ch. XXX.

tendant, qui auraient besoin d'être réprimés par l'autorité. Je réglerai par mon ordonnance de visite ce qui regarde l'ordre et la décence dans les processions; mais il est très-nécessaire que vous veuiUiez bien vous joindre à moi pour empêcher ces brouillons de les troubler. Il y a dans ce canton de mon diocèse cinq ou six paroisses où se glisse un espcit d'indépendance qui suscite chaque jour de nouvelles difficultés aux curés et aux vicaires. Je suis bien résolu d'y donner une attention particulière, mais je vous prie de vouloir bien me seconder dans les efforts que je fais pour cela *. »

Le langage de Tintendant et de l'évêque indiquent les tendances de l'administration, animée de l'esprit séculier et peut-être philQSophique , la défiance manifestée par le clergé contre son intervention, et l'esprit d'indépendance qui se glisse dans certaines paroisses, à la veille de la révolution.

L'administration était souvent appelée à intervenir entre les curés et les habitants. Ceux-ci les dénonçaient parfois, incriminaient leurs mœurs*,

1 leur suscitaient des difficultés qui n'étaient pas toujours fondées. En 1774, un syndic demandait que son curé fût exclu des assemblées , parce qu'il avait

' empêché les habitants de délibérer sur une affaire qui touchait à ses propres intérêts. Le subdélégué fit faire une enquête, et blâma le curé, mais tout en étant d'avis de lui faire grâce pour cette fois. « La

* Arch. de FAube, C. 91 .

* Inv, des Arch, des Basses- Pyrénées, C. 255.

prudence exige, écrivit-il à Tintendant, qu'il ne soit pas avili aux yeux de sa communauté, ce qui arriverait si votre Grandeur lui faisait défense de paraître à l'avenir à aucune assemblée de communauté. » L'intendant y consentit, mais lui fit payer les frais de l'enquête. Le même subdélégué n'était pas toujours aussi prudent. Sur les plaintes d'un autre curé, il se rend dans son village, convoque les habitants, écoute leurs griefs et ceux du curé, étonné « d'avoir été cité comme un accusé devant cette assemblée. » Quelquefois l'intendant se montrait sévère et n'hésitait pas à donner tort à un « méchant curé » qui avait été interdit pendant quatorze ans et qui faisait opposition à une vente de bois communaux, parce qu'il en voulait une plus forte part *. Ailleurs, en parlant d'un prêtre qui avait fait un procès aux habitants de sa communauté pour les forcer à se faire administrer les sacrements par lui, l'intendant de Lyon disait en 1699 : « Au fonds, rien n'est plus odieux qu'un curé qui fait condamner à 800 Uv. de dépens quelques habitants d'un hameau *. » t

Si l'administration prenait en mains les intérêts des habitants contre des vexations, qui heureusement étaient exceptionnelles, elle n'était pas hostile au clergé. Gomme nous l'avons vu, elle lui demandait parfois son concours. En 1728, les curés furent obligés d'envoyer aux intendants une liste

* Arch. de l'Aube, C. 401, 696, 160.

* A. de Boislisle, Correspondance du contrôle général, I, n« 1862.

142 LIVRE II. GHAPITRB lll.

des vagabonds, des fainéants et des libertins qui se trouvaient dans leurs paroisses * . Ils pouvaient se croire investis de certaines fonctions de police. « Je ne vous dis rien des libertins, coureinrs de nuit, piliers de cabaret, écrit à l'intendant le curé d'un village de Champagne, parce qu'il faudrait que je vous donne le nom d'une partie de ma paroisse. » Après avoir signalé les plus dangereux, comme braconniers et mutins, il ajoutait : « Si vous avez la bonté de nous en débarrasser, j'offrirai les saints mystères pour votre conservation... » L'intendant fit arrêter le plus coupable, qui était frère du procureur fiscal ^. Un vicaire se plaint en termes amers des « coqs de village qui dominent et oppriment la communauté ^ D'autres, au contraire, n'hésitaient pas à flatter les passions de leurs fidèles plutôt que de les combattre. A l'époque des Grands-Jours d'Auvergne, un prêtre encore inspiré de l'esprit do la Fronde, faisait en chaire l'éloge de la république romaine, attaquait la taille, et plaignait le peuple trop tourmenté *. Sous Louis XV, des curés des environs de Saint-Germain ' encourageaient leurs paroissiens à détruire le gibier et leur disaient dans l'église : « Mes enfants, un tel jour, à telle heure, je ferai une battue; je vous exhorte à vous y trouver ^. » Aussi certains prêtres étaient-ils très-po-

* Jean Buvàt, Journal de la RégencSy II, 9â.

« Arch. de TAube. Voir aussi C. 207i.

3 Arch. de TAube, C. 98.

* Mémoires de Fléchier, 194.

B Mémoires du duc de LuyneSy XIII, 190.

pulaires et trouvaient-ils des partisans chaleureux, s'ils étaient frappés par la discipline ecclésiastique. Un curé normand avait été exilé par ordre de l'évéque; ses paroissiens prirent une délibération dans laquelle ils protestaient de son innocence et témoignaient leurs regrets de son départ. L'évéque n'en maintint pas moins sa décision *.

Les habitants pouvaient aussi présenter leurs réclamations, lors des visites que les évêques et les archidiacres faisaient périodiquement dans chaque paroisse. Ces visites, prescrites par le concile de Trente et par diverses ordonnances *, avaient surtout pour but de faire observer la discipline ecclésiastique^; elles ne reculaient pas parfois devant les enquêtes publiques. Dans le diocèse d'Auxerre, l'évéque, à une certaine époque, demandait â haute voix, dans l'église du village qu'il visitait, si les paroissiens étaient satisfaits du curé et si le curé était content de ses paroissiens.' Les réponses qui lui étaient faites suscitaient parfois des protestations et du tumulte *. Il examinait ensuite les comptes de la fabrique, et avant de quitter le village, se faisait présenter le maître d'école et la sage-femme. En Normandie, l'évéque provoquait l'éiablissement d'écoles dans les. communautés qui en étaient dépourvues, et engageait les parents à envoyer leurs

* Inv. des Arch, du Calvados, G. 369.

« Ord. de 1560 (art. 6), 1579 (art. 32), 1700 (art. 14).

* Inv, Arch. Seine-Inférieure, G. 723 et suiv.

* Annuaire de VYonne, 1849, p. 18.

enfants dans celles qui existaient * . Les visites des archidiacres étaient plus fréquentes. Ils parcouraient tout le diocèse, comme de véritables missi dominici. Chaque visite avait' lieu publiquement avec le concours des habitants, et après un débat contradictoire où chacun était appelé à faire valoir ses plaintes et ses réclamations, un procès-verbal était rédigé à l'instant et revêtu de la signature de tous les membres présents ^.

Ainsi, même en matière d'administration ecclésiastique, la pubUcité est admise et la liberté des remontrances existe. On pouvait toujours appeler des abus de l'autorité subalterne à Tauforité supérieure, et quelles que fussent la partialité et la contrainte, les appels étaient souvent entendus. Quant aux curés, si l'on compare leur situation matérielle à celle qui leur est faite aujourd'hui, on n'hésitera pas à* trouver cette dernière supérieure. Il est préférable pour leur dignité et leur repos de toucher de TEtat leurs revenus que de faire prélever directement sur les récoltes de paroissiens, souvent pauvres, une part parfois contestée et cédée à regret. Leurs actes ne sont plus discutés en assemblée générale, et ils ont la faculté de faire dans l'intérieur de l'église à peu près ce qu'ils veulent, sans entendre des réclamations dont ils sont obligés de tenir compte. Sous l'ancien régime, il est vrai, les prêtres étaient aussi respectés, sinon davantage, qu'au-

« Inv. Arch. Seine-Inférieure, 1682-85. — G. 1355, 1356. ^ A. de la Charmasse, Eiai de Vinstruciion primaire dans l'ancien diocèse d*Autun. Mém, de la Société Eduenne, 1872.

jourd'hui. Quelques-uns des cahiers de 1789 parlent en termes touchants de leur zèle et de leur dévouement. Ce n'est pas seulement en Bretagne qu'on apprécie les « bons et utiles pasteurs qui s'occupent de près et journellement de l'indigence et de l'assistance du peuple * » ; des villages de Champagne demandent aussi l'amélioration du sort de leurs curés, « qui portent le poids du jour, de la chaleur, et sont sans cesse occupés des besoins spirituels de leurs paroissiens.» Si quelques-uns de ces derniers désirent la suppression des chapitres et de certains couvents qui nourrissent, suivant eux « de pieux fainéants,» c'est surtout pour en attribuer les revenus à leurs pasteurs vigilants et infatigables *. Il y avait souvent entre eux communauté d'origine et de pensées. Alors, comme aujourd'hui, les prêtres de campagne n'appartenaient pas aux classes supérieures de la société. Les cadets de famille se réservaient les canonicats et les bénéfices qui n'obligeaient pas à la résidence ; le clergé rural se recrutait dans la petite bourgeoisie et parmi les laboureurs. Il partageait leur pauvreté et compatissait à leurs maux ; et quand Je mouvement de 1789 éclata, on vit un grand nombre de ses membres revendiquer hautement, non-seulement l'amélioration du sort du clergé rural, mais la réforme des lois et de la société.

* Arch. parlementaires, V, 517.

* Cahiers de St-Phal, Chamoy, Crésantignes, Jeugny, etc. — Arch. de l'Aube, B. 17, 18, 19.

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