LA SCIENCE DU VIN
Ces ivrognes du Nord ont le vin détestable
Et ne savent pas être soûls, Qui, lorsqu'ils ont bien bu, bien épongé la table,
Vont bête nient ronfler dessous.
Bons vieux vins, croirait-on que vos chaudes haleines Aient soufflé sur ces cœurs d'airain ?
Se peut-il que le sang qui coule dans leurs veines Soit du vin de Beaune ou du Rhin?
Holà, s'écriaient-ils, debout les verres vides!
Ouvrons les portes de nos corps A Monseigneur Pomard! — Puis les voilà, livides,
Qui jettent Monseigneur dehors!
L'accueil de ces manants manque de courtoisie
Même envers ce noble étranger, Le plus pur sang sorti des flancs de Malvoisie ^
Ils le forcent à déloger!
Certes, s'ils ont une âme, elle est bien étouffée;
Ce sont des brutes que je plains.
Ils ne sentent donc pas qu'elle peut tout, la fc'e
Qui logeait dans leurs verres pleins:'
Vive Dieu! quand le vin, comme dans son domaine, Entre dans mon corps, il faut voir!
Il me fait dégorger toute la joie humaine Et ne sort plus de son manoir!
Le rire et les chansons, toutes les fleurs vermeilles
De la verve et de la gaîté, Poussent sous le soleil qui jaillit des bouteilles,
Comme la, moisson en été!