‹ Le vinChapitre 4 sur 26 · JE CROIS AU VIN · texte numérisé non relu

JE CROIS AU VIN

Le bonheur, mes amis, devient mûr au soleil;

Il pousse sur les ceps, il est d'un noir vermeil...

Le bonheur, c'est du vin, c'est du vin de Bourgogne!

Il vous met de la joie en rouge sur la trogne;

Il s'appelle Pomard ou Beaune. — Le bonheur,

On ne le rêve pas, — on le boit; c'est meilleur.

Dire que le bonheur peut tenir dans mon verre! Pas longtemps, il est vrai : tout passe sur la terre...

Le Beaune que j'ai bu me fait rire les yeux.

Je vois couleur de vin... mon chemin est joyeux...

On dirait, sur le ciel qu'enlumine l'automne,

Que le soleil couchant met en perce une tonne.

J'entends dans le lointain rire et jaser l'écho...

Le rire des moissons, c'est le coquelicot!

Les peupliers sont soûls: au bord de l'eau malsaine,

Ils peuvent dans le vent se soutenir a peine...

L'air a je ne sais quoi de vif, de guilleret...

On dirait que les chamjos sortent du cabaret.

La bonté du Pomard gagne le cœur : — on aime, On devient aussi bon que le Pomard lui-même; Et sur le vin l'amour revient, comme su,r Veau, Remonte la grenouille aussitôt qu'il fait beau.

Le vin, c'est le printemps, c'est le soleil! Il dore, Il sème dans le cœur des fleurs qu'on sent e'clore. Ainsi qio'un nid, d'oiseaux qui vient de s'éveiller, Tout le bonheur passé se met à gazouiller...

Comprend-on que le vin mette un homme en colère? A peine a-t-on le temps d'en boire sur la terre. Le vin n'est pas méchant quand il est naturel, Il est doux, au contraire, il est spirituel. Ce n'est p> a s mal placer son argent que de boire.

Je crois sincèrement au vin. Il faut y croire.

Ainsi qu'un bon pasteur, on l'aime, il vous convainc,

C'est ma religion, à moi, je crois au Vin!

Septembre 1854.

Page 1