DANS LE MONOCORDE
L'emploi des sons harmoniques sur le violon est d'une utilité incontestable ; la facilité de leur émission , le timbre flùté et brillant qui les caractérise, la possibilité de trouver par eux dans le bas du manche les sons les plus aigus sans changer de position, le parti qu'on en peut tirer comme épreuve de justesse, toutes ces conditions réunies le prouvent surabondamment.
Parmi les violonistes de l'ancienne école italienne, Locatelli est un de ceux qui ont le plus fréquemment employé cette nature de sons. Dans l'école qui ,a suivi, leur usage est modéré; Viotti, Baillot, Rode, Kreutzer, Spohr s'en servent plutôt comme facilité de doigter que comme moyen d'effets; c'est donc dans leur application à la musique de ces maîtres qu'il faut tenir compte de la nature particulière des sons harmoniques, et éviter de les faire intervenir sans raison, comme on le fait trop souvent, dans une phrase de chant ou dans un trait chantant, au détriment de l'homogénéité du son et de la voix naturelle et expressive du violon. Plus près de nous, Paganini, en réunissant aux anciens procédés de Locatelli d'heureuses inventions de scordaturay a su donner aux harmoniques un intérêt nouveau mais tout personnel parla difficulté d'exécution.
Dans l'usage, hors les notes trop rapprochées du sillet, l'émis-
DE L'EMPLOI DES SOiNS HARMONIQUES.
sioa des harmoniques est facile ou du moins possible à qui Ta travaillée. On peut se rendre compte de leur ensemble en passant légèrement le doigt le long de la corde mise en vibration, et de laquelle les notes aliquotes s* échappent naturellement à chacun des endroits de la corde où elles existent.
Par exemple, prenant le 50/ à vide, on trouve, et chaque corde donne le même résultat, au milieu de la corde, l'octave supérieure de la note grave, au tiers la double quinte, au quart, la seconde octave^ et ainsi de suite toujours en montant et raccourcissant d'autant la corde jusqu'au dernier sol suraigu, comme l'indique le tableau suivant :
iz ê ;e
X3f à vido
ÇL tp. -^
Il va sans dire qu'au-dessus de la troisième octave les harmoniques sont d'une exécution difficile et de peu d'usage.
On obtient en sens inverse les mêmes sons harmoniques en descendant du milieu de la corde au sillet, au moyen des doigts posés légèrement sur les notes indiquées ici en blanches :
Dans ces deux exemples la septième fa sort aussi harmonique entre ré et sol comme le donne le monocorde; les notes plus aigués sortent mal, étant trop serrées contre le sillet.
Les ressources que l'on peut tirer des sons harmoniques ne se
bornent pas aux sons naturels; on peut en obtenir d'artificiels en se servant du premier doigt appuyé comme un sillet pour remplacer la corde à vide, le doigt supérieur effleurant la corde :
Sons naturels.
E/Tel
jM^^
doigt efTIeurant la
:ordc
EfTcl
Sons artiflciels.
doigt ^ ^ effleurant
fr doigt f f f
appujc)
la cordé
Même application sur les quatre cordes.
On peut, par le mélange des sons naturels et artificiels, obtenir facilement une mélodie comme le montre la gamme suivante :
EHct
3^ Position
Artificiel
A/Ariiiiciei
Artificiel
La même gamme , en descendant.
Voici donc le principe et Tusage des sons harmoniques naturels et artificiels expliqués; mais, si Ton fait un son harmonique on peut aussi en faire deux et en les réunissant obtenir des tierces, sixtes, quintes, octaves simultanées, ce qui rentre naturellement dans le programme de notre violon haimonique.