‹ Le violon harmonique: étude complétée par un cours d'harmonie à l'usage des violonistesChapitre 9 sur 51 · LES DEUX VIOLONISTES · texte numérisé non relu

LES DEUX VIOLONISTES

note violente, bonne à prouver qu'il est fort et qu'il ne craint rien ; pour lequel tout ce qui est rythme , dessin mélodique est sacrifié à l'envie d'aller saisir au vol, tout en haut du manche , une harmonique qui n'a aucun rapport de son avec le reste, acrobatie musicale composée de sauts périlleux et de tours d'adresse; qui, dans un allegro, fait du moindre chant un adagio disperato, sans oublier le fatal tempo rubatOy et repart à fond de train, dès que le trait recommence ; qui, enfin, transforme son noble instrument en guitare ou en flûte, selon le type des morceaux qu'il exécute, le désaccordant même, s'il le faut, au profit de l'excentrique et du baroque?

Non , ce violon-là n'est pas le nôtre ; car celui que nous aimons procède autrement, et se recommande par tous les contraires ; ainsi notre violon sincère , vrai , chantant dès que le trait le permet, reste à la position pour ne rien perdre de la justesse et du naturel; l'ondulation souple et sensible de la main gauche ne s'applique, dans son jeu , qu'aux chants , à la phrase d'expression , laissant les doigts fixés dans les traits aigus et de rapidité; chaque fin de phrase, dans la mélodie, est amenée, respirée savamment par la diminution du son, et indiquée naturellement sans ralentissement exagéré, comme le fait un bon chanteur.

Au lieu de parcourir le manche au hasard, pour faire parade d'agilité, il cherche, au contraire, l'homogénéité du son dans le choix de la corde qui correspond le mieux à la phrase, donnant ainsi à la mélodie chantante l'ampleur et la grâce , au trait la force et le brillant.

C'est ainsi, dans les seules ressources du violon, c'est-à-dire, dans le beau doigter, dans l'archet expressif et nuancé , qu'il trouve ce qu'il faut pour exprimer dignement l'œuvre qu'il interprète et la faire comprendre à l'auditeur.

Certes, nous ne nions pas le violon brillant, et son irrésistible attrait; toute la question est desavoir distinguer le brillant na-

turely si précieux à garder et à diriger, au faux brillant ^ mauvais poncif d'école, qui n'en est que la grimace.

Si nous osons parler si franchement, c'est que nous ne faisons que répéter ce que nous entendons dire , chaque fois qu'un exécutant fantaisiste s'est imposé, lui et son œuvre, à un public éclairé; et que l'on comprenne bien que ce que nous en disons est moins pour blâmer et critiquer que pour regretter que des qualités souvent précieuses, chez des virtuoses naturellement bien doués, mais mal employées, ne tournent qu'à l'abaissement de l'art et à la déconsidération de l'artiste.

C'est là que notre violon harmonique vient naturellement prendre sa place, en ajoutant sa force et son intérêt au violon chantant et mélodique, à notre violon sincère qui va trouver son entier développement dans le cours d'harmonie qui suit; c'est là qu'il trouvera, en plus de la virtuosité, le véritable élément conservateur qui devrait être le but de chaque conservatoire, l'art que n'atteignent ni la mode ni ses changements.

Terminons cette première partie et les sujets qu'elle traite par le plus important de tous en musique, celui sans lequel elle n'existe pas , apprendre à écouter.

UART D'ECOUTER

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