ÉPILOGUE
brants, en un délire furieux, en des phrases débordantes de passion.
A l’orchestre, la voix du violon domine toujours ; c'est elle qui tient la mélodie, et si elle cède le discours musical à quelque autre instrument, ce n’est jamais que pour quelques instants, alîn de reparaître dans toute sa splendeur.
De même que l'homme est plus modéré et moins bavard que la femme, ainsi le .violoncelle diffère du violon.
Le violoncelle, dit Baillot, ne perd rien de son caractère grave, sensible, religieux. S’il joue en solo, c’est une voix touchante et majestueuse, non de celles qui dépeignent les passions et les excitent, mais de celles qui les modèrent, en élevant l’amc à une région supérieure. A l’orchestre, il a tout autre importance que le violon ; il sert de régulateur dans l’accompagnement, on sent que son influence scande, précise la mesure, remet tout dans l’ordre en faisant l’union et l’entente : c’est le chef de famille qui ne permet pas un mot déplacé.
Sans doute, le violoncelle peut quelquefois s’égayer et broder des phrases pimpantes et gracieuses, comme un- bon grand-père qui sait trouver des contes joyeux pour ses enfants, mais il faut
reconnaître que le violoncelle se plaît davantage dans le genre sérieux et pathétique.
La simple vue des deux instruments, disent certains musiciens, n’indique-t-elle pas un peu leur genre ? Le violoncelle est lourd et encombrant : il a l’air gauche d'un monsieur en habit neuf et en chapeau haut de forme.
Le violon est léger, délicat, élégant comme une femme. Le célèbre I lart, dans son amour excessif de la lutherie, écrivait : « L’aspect du violon nous remplit d'admiration par la grâce et la parfaite disposition de toutes ses parties, grâce qui est bien plutôt celle de la nature que le produit de l'art. L’heureux concours des lignes courbes que l’œil se plaît h suivre sur toute sa surface et qui, se jouant pour ainsi dire entre elles, suivent amoureusement tous les contours de l’instrument, rappelle, à la pensée, les délicieux méandres d’un ruisseau ou les tendres enlacements d’une vigne vierge. »
Beaucoup trouveront, comme nous, que ces réflexions ne sont pas exemptes d’exagération et de parti pris.
11 y a des gens qui se fatiguent d’entendre le violon, même le violon bien joué ; il y en a peu. pour ne pas dire point, qui se fatiguent du violoncelle. Les uns disent que cette préférence vient de ce que le violon est plus difficile et par conséquent