COMMENT SE FABRIQUE UN VIOLONCELLE
Malgré le titre de ce paragraphe, nous ne nous étendrons pas longuement sur les travaux de la lutherie : des ouvrages spéciaux, mentionnés a la fin de ce volume, en parlent longuement, pour ne citer que ceux de Vidal, d’Hart, de Gallay et de Tolbecque, qui l’ont déjà fait avec compétence. Les amateurs pourront les consulter, nous ne consentirons pas à les déflorer en les résumant.
Cependant, quelques détails sur la composition des bois et la fabrique des violoncelles pourront, si brefs soient-ils, intéresser les amateurs.
Les tables sont en bois de sapin de Suisse ; le dos du violoncelle et les éclisses en bois d’érable.
Le manche est en bois de sycomore ou d’érable. La touche est en ébène et doit s’arrêter au mi harmonique r e corde.
Le chevalet est en bois d’érable, en fibre douce ou en fibre dure. En fibre douce, si l’instrument manque de moelleux, et en fibre dure s il manque de mordant ; on fit autrefois des chevalets aux modèles les plus variés. C’est Stradivarius qui a fixé définitivement la forme actuelle du chevalet.
Les cordes sont fabriquées, non comme on le croit communément, avec des boyaux de chats, mais avec les intestins du mouton et de la chèvre ; les
l.A VIOLONCELLE
meilleures viennent des intestins de l’agneau. On fabrique des cordes dans tous les pays, mais les cordes italiennes jouissent d’une meilleure réputation.
La troisième et la quatrième corde sont filées soit avec du fil d’argent et alors elles ont un son moelleux qui convient aux vieux instruments, soit en fil de laiton et elles produisent des sons plus puissants.
Au xvn' siècle, le gambistc français Sainte- Colombe (et non Marais, comme le dit Félis) eut l’idée de faire filer en fil de laiton les cordes plus basses de la viole de gambe pour leur donner plus de tension et de sonorité sans augmenter leur grosseur. C’était une bonne trouvaille puisqu’on l’utilisa depuis pour les cordes du violoncelle.
L'archet est en bois de Fernambouc (Brésil), les crins sont des crins blancs de cheval uniquement, ceux de la jument manquent de solidité.
Voici quelques détails sur la fabrication du violoncelle ; nous les tenons de la maison llel, de Lille :
On commence par monter le moule, c’est-à-dire ajuster les éclisses que l’on plie au fer chaud sur un gabarit. Les coins, les tasseaux, les contreéclisses collées, on s’occupe de la table et du fond qui sont presque toujours faits de deux morceaux joints par le milieu. On trace le modèle d'après le contour de l’éclisse, on sculpte dans l’épaisseur des voûtes de l’instrument. On incruste les filets
SON HISTOIRE
qui se composent de trois minces feuilles de bois (noir, blanc, noir), on creuse et on règle les épaisseurs de la table et du fond, on découpe les ouïes, on ajuste la barre d’harmonie et on réunit aux éclisses. La tète faite et ajustée à l'instrument, on colle la touche.
Pour la fabrication en blanc, il faut environ un mois ; le vernissage demande un soin minutieux, et, suivant la température, peut durer plusieurs mois. Le vernis a, de l’avis de tous, une influence très grande sur la qualité du son.
Le vernissage terminé, on monte l’instrument c’est-à-dire qu’on met l’âme, le chevalet, lecordier, les chevilles et les cordes.
On ne peut vérifier la sonorité d’un instrument que lorsqu’il est tout à fait verni et terminé.
Quel est le prix d’un violoncelle }
On peut avoir un violoncelle d’études pour la somme de 80 à 100 francs ; mais les bons violoncelles coûtent plus cher, puisque les deux planches du dos, qui sont en bois d’érable de Hongrie, coûtent en première qualité, avant même le travail, de i^o à 200 francs.
Un violoncelle fait à la main atteint donc facilement la somme de 1.000 francs.
Les anciens violoncelles italiens de Stradivarius ou autres authentiques sont disputés par les amateurs ou par les collectionneurs à coups de billets de banque et certains se sont vendus jusqu’à ioo.ooo francs.
Ces instruments ont la valeur extrinsèque que leur donne le désir du collectionneur; mais ils ont aussi une valeur intrinsèque qui vient de leur fabrication soignée, du bois bien choisi, du \ernis ancien et surtout de l’épreuve du temps. Cela nous rappelle l’histoire de ce jeune violoncelliste qui entendait dire à son maître : « Mon instrument a la patine du temps. »
Ce naïf élève porta donc chez un luthier son instrument presque neuf pour le modifier.
— Que désire monsieur } dit le luthier.
— Je voudrais que vous mettiez à ce violoncelle la patine du temps.
C’est entendu, monsieur, répondit 1 autre ;
repassez dans 300 ans, ce sera lait.
Voici une liste de quelques heureux propriétaires d’instruments anciens: il nous a été difficile de la mettre à jour comme nous l'aurions voulu :