‹ Le Virgile du Vatican et ses peinturesChapitre 2 sur 30 · M DCCC CXVII · texte numérisé non relu

M DCCC CXVII

11 est peu de maiiusci ils aussi célèbres cjue le « Virgile du \ alican » ; mais, si l'on a souvent parlé de ces fragments et des peintures ([ui les accompagnent, il n'en eviste nulle pai l une élude d'ensemljle ou une complète description. Nous réunissons dans ce Innail (pielques observations (jui pourront aider à des recherches définitives, surtout lors([ue le manuscrit entier aura été nus, pailes procédés de reproduction directe, sous les yeux des paléograplie.s et des archéologues. Iilles olïrironl peut-être , dès à présent, (piel((ue ulilil('' à l'histoire du texte de Virgile et à celle de la librairie dans raiiti(piité.

ETUDE PALEOGR\PniQUE.

Parmi le petit nombre de manuscrits en lettres capitales (pii nous ont été conservés, sept contiemienl les œuvres de \ irgde en totalité ou en fragments. Des fac-similés de l'écriture des principaux de ces maïuiscrits ont été plusieurs fois donnés, et on en prendra une idée d'ensemble dans les Excmjtla de Zangemelster et Wattenbach, dans les Prole(jomciia de Kibbeck, ou nueii\ encore dans la livraison consacrée à \ irgile de la Palcoijrapliic des classujucs latins de Châtelain. Si Ton veut essayer d'établir un classement chronologicpie rigoureux entre ces divers manuscrits, on se heurte à une des plus importantes et des plus obscures questions de la paléographie latine.

4 PIERRE DE NOLHAC. [68 ^i]

Sans entrer dans une classification complète au point de vue paléographique , on peut, il est vrai, par les particularités de l'alphabet, distinguer trois groupes dans la série : A. Palalinus, Roman us ; B. Dionysianus [Au(justeus, Schedae Puleanae) , Samjallensis ; C. Vaticanus , Mediceiis , Veronensis. Mais les caractères généraux sont les mêmes dans ces manuscrits, et les observations par lesquelles on tente de les différencier et de les dater ne tardent pas à paraître insudisantes. Quant à trouver dans les inscriptions des comparaisons propres à lixer avec précision l'âge des alphabets de manuscrits, on sait qu'il n'y faut guère songer. Les inscriptions ne seront jamais cjue d'un médiocre secours, les moyens matériels d'écrire sur la pierre et sur le parchemin étant trop absolument différents et chacim des deux alphabets s'étant, dans une certame mesure, développé isolément. En supposant même qu'd y ait eu dans les deux paléographies un développement à peu près parallèle , on pourra tirer quelque chose des sigles des inscriptions, presque rien de la forme des lettres. La même forme a persisté dans les inscriptions pendant des siècles. De même, les alphabets les plus divers s'y sont trouvés employés à la même époque. D'une province, d'une ville à l'autre, les usages des lapicides différaient. G.-B. de Rossi reconnaissait, à l'inspection des caractères, les inscriptions gravées à Ostie des inscriptions gravées à Piome ; il faisait même une différence entre celles de Porto et celles d'Ostie. Cet exemple montre à quel point les comparaisons épigraphiques, qui semblent au premier abord promettre au paléographe des renseignements précis, sont destinées à demeurer stériles.

On aimerait à croire, avec Zangemeister, que le groupe A des manuscrits virgiliens est le plus ancien, à cause de la conformité de ses caractères avec ceux des (jrajjiti de Pompéi et des papyrus d'Herculanum. Il paraît, en effet, que l'on doit trouver là des éléments de comparaison plus solides que dans les inscriptions gravées. Mais l'èxamen intrinsèque du Romanus, fait parRibbeck, montre que le texte a été écrit à une époque où le latin était extrêmement corrompu, et les peintures qui l'accompagnent sont trop barbares pour qu'on puisse le placer même aux derniers temps de l'Empire romain ('l Le groupe B

Ce manuscrit, qui est aussi à ta Bibliothèque Vaticane [Vat. 3867) et que nous croirions volontiers contemporain de la renaissance carolingienne, a été sans cesse confondu

avec le Vaticanus, objet de noire travail ( Vat. 3225). On retrouve la confusion dans les meilleurs ouvrages d'archéologie. 11 imjjorte de rectifier ici une fois de plus cette erreur, qui

a été mis à un très haut rang j)ar Pei tz, puisqu'il fait remonter les fragments du Dionysianus''^^ au siècle même d'Auguste. Le genre de fautes contenues dans le manuscrit est plutôt contraire à cette hypothèse; il laiil remanjuer aussi que les lettres initiales des pages sont très grandes et coloriées, ce (pu invite à placer le manuscrit dans les derniers rangs chronologi([ues de ceux dont il est ici ((ueslion. Reste le groupe C, au([uel ])araisseul se rattacher le plus grand nomhre de manuscrits en capitales, le Bcinhinm de Téreuce, les fragments du Juvénai du Vatican, le palimpseste ambrosien de Plante, etc. Il est encore impossible d'allirmer (jue ce soit le plus ancien, et il laut \()ir sans doute, dans les dillérences d'écriture ([ue présentent ces groupes de manuscrite, des variétés d'école ou de l'égion , plutôt ([ue (l('> distinctions d'épocpie. Dans tous les cas, il ne semble pas (pi'oM puisse placer avant le w'^ siècle l'un ou l'autre des manuscrits de \ irgile. Kibbeck lait i ('mar([uer les traces d'ignorance et de corruption de la langue (pi on retnjiive chez tous les copistes, et ce sont précisément les plus beaux (pi'il rapporte au dernier âge. Les hypothèses plus précises qu'on a émises sur la date des manuscrits en caijitales ii Oui du n-sic guère plus de xalciir les unes (jue les autres et ne reposent pas sur des observations certaines : De eurum cl characteribu.s cl actale vayis hue usquc jiolitis opinionibas quam ccrlis rationibus judicari solcre inlcr omnes constat'^^'. Lu traNail complet sur cette écriture maïujuera donc longtemps encore. Ku attendant.

mêle, sous le nom coiiiinuii de « \ ir<,'ile du Vatican», des niinialnres d'i'|)0([ue et de valeur fort dKTcrentes. Le porliait de Virj:,'ile , par exemple, la scène de la grolte ahritanl Kn»>e et Didoii, et d'autres morceaux connus appartiennent au Honianiis et non au Vatu aniis.

"' V<U. 'SfÂiG {Aiiffusiciu do l'erlz). Consull<'r la livraison cinrpiiéme de la Vuh'Oijruphie de M. Emile Châtelain (Paris, 1887), où des dates tout à fait approximatives sont indifpiées avec des |)uints il interrof^alion. De sul)slantiellcs notices l'ésumonl , siu- cliiKpic manuscrit , l'titat de la (piestion et la l)iblio>,'rapliic.

Il faut faire une exception pour le Prudence de Paris, dont M. Léopold Delisie a dé terminé la date approximative, mais surtout

par des raisons clr.iiij^ri es a l.i jimc p.ilint^i.i pliie [llihl. de l'École des chartes, t. WMII. iSCi-, p. agti-SoS). Le Mediceus de Virgile ne parait pas être postérieur à /j<)4, année du consulat de Turcius Uulius A|)roniamis Asierius (l\il)beck, Proleg. tid Venj., p. ua j : Cliatclain, Puléoijr. , p. 18).

ZangemeistiT et W attenlia( li , E.rcmf)hi cod. lut. iiitijusciilis litleris fcr. , lieidelberg, 1876; préface. Cf. parmi les pins récents Iravaux, outre celui de M. Max llolfmann cité |)lus l(>in,ccn\ de M. (i. .Sindcniiiiid . /'. t/«cc< Phuiti Jaliitiurtiiii n lufHKie linlirasiuiKie , lierlin, i<S8(), et de M. Kdmimd Manier, Pulûotfru pliisclics. . . zum Uembinus der Terenz, dans les [Vicner Sludicn , \\, i88(j, p. 368 387.

prenons garde d'encourir la condamnation portée par M. Mommsen contre quiconque se permettrait de dater les manuscrits en capitales

Doit-on cependant renoncer à travailler sur une question destinée peut-être à rester toujours obscure? Nous ne le croyons pas. Si, dans Tétat actuel des observations faites, les paléographes les plus expérimentés confessent leur inqîuissance, il n'est pas impossible que des études extrêmement minutieuses, par de petits faits scrupuleusement établis, ne puissent, un jour venu, amener (pielque résultat d'ensemble. C'est ce qui a déterminé à relever certaines particularités du Valicanus, bien qu'on n'y trouve rien, jusqu'à présent, dénature à fixer sur son origine. Nous avions espéré être plus heureux du côté des peinlures qui accompagnent le texte de Virgile; mais on verra, dans l'étude qui leur est consacrée, coml^ien sont fugitifs les indices de date qu'elles peuvent fournir.

Le Virgile du Vatican ( Vat. lal. 32 2 5) est exposé dans la grande salle de la Bil^liothèque Vaticane , dans la même vitrine que le Codex Romanus de Virgile et les grands feuillets du Codex Dionjsianiis. Il a été relié en maroquin rouge sous Pie IX, de qui il porte les armes avec celles du cardinal Pitra. Il se compose de 75 feuillets en parchemin (larg. 296 milL, haut. 3i8 à 32omill.). A ces feuillets en est venu s'adjoindre un 76*^, de format plus petit, qui provient du Codex Medicens et dont il n'y a pas ici à tenir compte Le texte est interrompu par cinquante miniatures de diverses dimensions et un certain nombre de blancs. Le manuscrit ne comprend qu'une partie de l'œuvre de Virgile. Les fragments s'étendent, avec de nombreuses lacunes, de Georçj.Wl, 1, à Aen. XI, 895, et comptent en tout 2,147 vers. La mutilation est très ancienne, car le fol. i et le fol. l\xv portent des traces particulières d'usure et

La question n'a donc pas beaucoup avancé depuis Niebulir, cjui s'écriait en 1820 : « . . . Quippe qui probe sciam quam lubrica sit fallaxquehacctota de antiquitate antiquissiniorum codicuin ratio» [M. T. Ciceronis oralioiuun. . . frnçinicnta , T. Livii lib. XCI fra(jmeiilum . . . ex nicinbmnis bibl. Vatic. édita, Rome, 1820, p. 20).

Le Medicens, avant de passer dans la bibliothèque des grands-ducs, avait appartenu au cardinal Rodolfo de Carpi, mort à Rome en

t564- Bandini en fait l'histoire [Catal. cod. Jat. Bibl. Med. Laurent., t. Il, col. 288 et suiv.); elle a été rectifiée dans la Bibliothèque de Fulvio Orsini, Paris, 1887, p. 272-273. Le feuillet adjoint au manuscrit de Rome aura été probablement soustrait au Medicens au moment où le grand-duc de Toscane l'a acquis pour la Laurentienne. Cf. Max. Hoffmann , Der Codex Medicens (pl. XXXIX, n" i)des Virgiliiis. Berlin, 1889, p. VII.

de froUemenI; on ne peut douter qu'ils n'aient été, pendant des siècles, la véritable couverture du manuscrit. En beaucoup d'endroits le parcbeniin a été fortifié et remplacé par du parchemin moderne. Presque tous les feuillets ont été montés sur onglets^'). Au moment où cette réparation a été faite, le manuscrit devait être en si mauvais état que presque tous les feuillets devaient être séparés les uns des autres. Cependant (piel(|ues-nns sont encore unis et ont servi pour guider et contrôler la restitution tentée plus loin de l'état primitif du maïuiscrit. Nous avons un caliier de feuillets adhérents composé ainsi : xxxix-XLii, xL-XLi, et im autre : lx-l\iii, i.xi-lxii.

Le manuscrit a été rogné dans la marge supérieure et peut-être aussi dans les autres, à une époque qu'on ne peut préciser 11 portait des titres courants sur les rectos. Ces titres étaient de première main, comme ceux du licmhinus de Térence et d'une partie du Prudence de Paris. Nous en avons trouvé la trace en trois endroits : au fol. xxxv, où le bas des lettres et des cbillres penncl de restituer LIB IIII, et aux fol. Lxxi et lxxii, où l'on ne voit (pic le bas des lettres LIB. Il n'y a plus, en revancbe, aucune indication (h; (inatcriiions. Au bas (lu recto du fol. on recueille seulement la précieuse indication « I oo fol. », en minuscule du xni' siècle, contemporaine d'une épocpic où le manuscrit n'avait |)as encore subi toutes ses mtitilations.

La page normale, sans niiniaturé et sans blanc, contient 21 vers. Le manuscrit a été partout l'églé à la j)ointe sècbe, à raison de 9. 1 lignes à la page, séparées par un intervalle de 7 millimètres. Sur quel((ues feuillets, ICspacement des lignes a été marqué par des points per(^ants. Les 2 1 lignes horizontales dépassent les lignes verticales, (jui ont été faites en second lieu j)Our limiter la marge droite et la marge gauclie. Elles servent toutes égalenu'iit à circonscrire le cadre de la peinture, (piand il y en a sur la page. Les traits à la ])ointe sont evircmement légers et sont à peine sensibles de l'autre côiO de la page, said'dans le très petit nombre de cas où le parchemin est un peu plus

Dans son élal actuel, !c Virgile comprend : pas d iilililé pour retrouver !<• groupenienl pi i

1 cahier de 2 feuillets (iii), i \ cahiers de niilii.

4 feuillets (ni-i.viii), i caiiier de G feuillets l'' I.a dernière rognure n'est penl-èire pas

(i.iv-i.xiv) , ■>. cahiers de /( feuillets { i.w-i.wii ) , hien ancienne, puisqu'on a nnililé t;à et là un<'

1 feuillet isolé (i.win) rattaché au feuillet du pagination en cliiiVres romains, conservée en

Mediceiis, i cahier de .'. feuillets (i.xxiv-i.wv). certains endroits et (pii est assurément du

Ce groupement est absolument arbitraire et n'a xvT siècle.

mince. Il est à remarquer que le peintre ne se servait pas de ces lignes, pour se guider, quand il avait à tracer des lignes horizontales au milieu d'une peinture ; le fond une fois posé les faisait disparaître entièrement. Le parchemin était préparé d'avance et n'était pas réglé à mesure du travail. En effet, le fol. XXIII ne contient de texte d'aucun côté et porte seulement une grande peinture au recto ; il est cependant réglé comme les autres.

L'encre n'a pas partout la même teinte ; certains rectos sont d'une encre assez brune et parfaitement nette, tandis que le verso a beaucoup pâli(^). En plusieurs endroits, l'encre a rongé le parchemin et les lettres semblent découpées à jour. Du fol. I au fol. v, tous les mots voisins de la marge extérieure, et formant le tiers environ de chaque vers, ont été à peu près effacés. C'est une main très moderne qui a placé quelques traits d'encre noire dans ce qu'elle a cru reconnaître pour l'ancien tracé Le vermillon apparaît trois fois au début des livres. Nous n'avons qu'un seul début de livre des Géorgiqiies (HI) ; le premier vers est écrit au vermillon. Dans les livres de l'Enéide (III, IV), les trois premiers vers offrent cette distinction , la seule du reste qui se trouve au début des livres.

Le manuscrit est d'une seule main. Les doutes qui peuvent s'élever à l'occasion de l'étude des peintures ne résistent pas à une confrontation complète, page par page , des principales lettres. Quoiqu'il y ait quelques pages écrites avec plus ou moins de soin ou avec une plume un peu différente, les parti, rularités propres à retenir l'attention sont identiques dans tout le manuscrit; et, si nous établissons plus loin qu'il est composé de trois parties, cette division repose uniquement sur les peintures ; l'écriture permet d'affirmer qu'il n'y a eu qu'un seul copiste. On s'en convaincra par les exemples qui vont suivre et que nous avons pris soin de choisir dans les diverses parties.

Des encres un peu diverses ont été employées dans la même page : folio xxxvii , vers la fin du vers A en. 111, /i58, on constate au premier coup d'œil un de ces changements.

Les pages qui ont le plus souffert et qui

ont été retouchées comme je l'indique sont les suivantes : fol. i v°, ii v°, m v°, iv v°, v r°, vi r°, IX r°, xxn r°, xxvni v°, xxix r°, xxx r°, xmi r°, Lxxiv v°, Lxxv v". La plus maltraitée est le recto du fol. xi , où beaucoup de lectures sont douteuses.

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