LE VIRGILK DU VATICAN
Mais, ne trouvant pas l'occasion de s'en défaire, Tonjualo les remporta et les garda dans son abbaye de Cognolo. Fulvio Orsini commençait alors à réunir à Rome cette magnifique bibliothèque qui devait le rendre aussi célèbre (jue ses travaux d'archéologue. Il a\ait entendu parler, fort vaguement du reste, des deux manuscrits et brûlait de les avoir, 11 confia ses désirs d'acquisition à son ami Giovanni-Vincenzo Pinelli , biijHophiie lui-même, qui habitait alors Padoue et mena avec im art consommé et un parfait désintéressement d'ami cette négociation délicate Après cinq ans et demi de démarches, Orsini reçut les précieux volumes, le iG mai lo'jij. Nous renvoyons pour les détails au livre cité plus haut, nous bornant à rajjpeler que le Virgile fut acquis dans un loi, avec le Térence et deux manuscrits grecs, et que l'heureux collectionneur paya le tout seulement cent cin([uante écus.
Ni Fulvio Orsini, ni Pinelli, ni leurs contemporains ne paraissent avoir apprécié l'intérêt exceptionnel des peintures du manuscrit, mieux appréciées d'artistes comme Raphaël. A leurs yeux, elles ne semblent rien ajouter à la valeur d'un monument paléographicjue aucpiel ils n'hésilcul pas à préférer le Térence, qui n'a point de peintures, mais (jtii forme un texte plus complet. Au reste, l'un et l'autre deximcnt rapidement l'orgueil de la bibliothèque d'Orsini, pourtant remplie de raretés de Ions genres -. Il les fil relier en bois de cèdre recouvert de cha^iin avec des fermoirs d'arirent et les plaça ensemble dans une cassette de cèdre; enfin, quand il rédigea finventaire descriptif de sa bibliothèque, il les mit en tète de ses manusc rits latins comme les plus précieux de tous Ils furent très admirés pendant les vingt et une années qu'ils restèrent entre les mains d'Orsini. L'auteur de la JJibholheca Vaticana, Roccha, passant en revue les richesses manuscrites accumiUées chez le savant archéologue, n'eut garde de les oublier * . Mais
Pinelli a fait , à cette occasion , pour ren- lairc , il osl vi ai , le Dioiiysiuiiu.<: ( 1 al. , que
seigner Orsini, une observation paléograpliique lui avait envoyé de France son ami Claude Du-
fort complète du manuscrit. Ce travail, qui in- puv [Lu liibliotli. de Fiilv. Orsini. p. 86 et 437). téresse riiistoire de notre volume, est à l Am- V. la description dans l'inventaire (Lu
brosienne parmi les papiers du savant {Am- IJihliutli. de Fulv. Orsini. p. .358). brcs.. I. nS Inf.). Bibl. aposl. Valic. . . afr. Augelo Roccha
Fulvio Orsini a j)Ossedé un autre précieux « Camerino. . . ilUislniUi , [\o\w , t\|). \atic. ,
manuscrit de Virgile en capitale , bien l'ragnien- i J9 1 . \>- ^o 1 .
Orsini mourut le mai 1600, et l'un des principaux articles de son testament légua à la Bibliothèque Vaticane l'ensemble de ses manuscrits et livres précieux.
Avec son entrée à la Vaticane, commence pour le Virgile de Bembo et d'Orsini une nouvelle période de son histoire. Il n'est plus exposé à changer de maître et de lieu; il ne voyagera plus de Naples à Padoue et de Padoue à Rome ; installé et honoré comme il le mérite dans la première bibliothèque du monde, il devient plus accessible qu'il ne pouvait l'être chez un particulier; on en découvre peu à peu l'importance véritable ; les philologues peuvent étudier son texte, les dessinateurs reproduire ses miniatures.
Nous avons indiqué, en traitant des peintures, toutes les pulîlications artistiques auxquelles le Virgile du Vatican a donné lieu depuis celle de 1677. Il ne saurait rentrer dans le plan de ce travail d'y joindre la collection de tous les témoignages qui , depuis le xvii'^ siècle , ont été portés sur le manuscrit. Bornons-nous à rappeler les plus significatifs.
Leone Allacci cherche dans le Virgile du Vatican, et surtout dans le Bembinus deTérence, cpi'il croit plus ancien, des exemples d'une écriture arrondie, plus rapide que l'écriture carrée; notre manuscrit est déjà coté Vat. 32 2 5^^^. Nicolas Heinsius, qui le voit avec le Romanus et le Palalinas, attache beaucoup moins d'intérêt à tous ces manuscrits du Vatican qu'au seul Me dice us A la date de juillet 1 685, Mabillon, voyageant en Italie et visitant la Vaticane, accorde avi Virgile, dans ses brèves mentions de manuscrits, une place plus importante : Ex lalinis VinjUim quantivis prelii, cum fujuris antiqua sacrificia et alia id genus recondilae (jentilium emditionis iam perite et eleganter exprimentibus , ut Constantini M. teinpus superare videanlur. Has figuras cardinalis de Maximis in aes incidi curaverat, iotum Virgiliam itidem genuine expressums , iiisi mors ipsius
L. Alladi in antiqait. elrusc.fiac/m. ahlnyhiranuo édita animadvei siones , Rome , 16/12, p. 7 1 •
Il s'en explique dans une lettre écrite de Stockholm, en 1G66, sur les manuscrits de Virgile : Omniivn quotcjuot videre mihi coiitigit Maroniaiiorum codicum temiissiina exaratus in niemhrana veterrimus praestantissimiisque est habendiis siio Jure, qui Florenliae ad Divi Laurentii adservatar in Medicca hihliolheca. Nam quant-
qaam in Vaticano armario hisce usurpavi jam olim oculis tria nostri poetae exemplaria perquani vetnsta et litteris aeque ac Mediceus ille formae quadratae majoribiis sive, ut vulgo nuncupantur, capitalihus Romanis exarata, quorum unum e Palatinatu. . . hue translatum fertur, ad senium tamen laudatissimi codicis , quo suni asus , haudquaquam accedehant. » (Burmann, Syllogcs epistolarnm , t. V, p. igS).
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consUia praeverlissel. Lillera U quadrafa passim illo in codice occurril. Tercnliu.s paullo minus anliquus est^^\ L'administration de la Bibliothèque profita du passage à Kome du savant bénédictin pour faire subir au manuscrit un examen auquel prirent part, avec Mabillon, Emmanuel de Schelstrate, custode de la Vaticane, et Bellori, jjibliothécaire de la reine de Suède. Schelstrate a rédigé le procès-verbal de cet examen, qui concluait à croire le manuscrit plus ancien que Constantin et contemporain peut-être de Septime-Sévère. Bottari ne tarda pas à s'emparer de ce témoignage en quelque sorte officiel de la science et le reproduisit en tète de l'édition du texte et des peintures donnée par lui en i 7 A i
Après les savants viennent les voyageurs et les touristes, (jiii se borneiil à regarder le manuscrit. Tous ceux qui parlent de la Bibliothècjue Vaticane parlent en même temps du Virgile. Les « assez grossières images « (jui ont peu frappé le président d(! Brosses'^' continuent à intéresser les archéologues; on reproduit et on discute les planches de P.-S. Bartoli, et la double publication de D'Agincourt et de Mai, en 1 H:î'A et en 1 8.'i5, a<hè\e de rendre célèbre le manuscrit.
U restait à reconnaître sa liaule \aletir philologique et à en tuer j)arti pour l'établissement du texte. Le premier lioniieur en revient à Bilsi hl. Dans sa lettre à Gotlfried Hermann sur le Piaule de TAmbrosienne, parue eu 1837'**, Bitschl, qui avait eu le Vaticanus entre les mains à Kome, (piehpies années après Niebuhr le considérait, au contraire de ropiiiiou (pii semblait prévaloir, comme d'une époque un peu antérieure au Mcdiccus; il ajoutait (pi oii ne pouvait regarder le texte de Virgile comme assez corrigé, sans une jjarlaite collation d'un tel manuscrit. Philippe Wagner, (|ui publiail alors la /r édition
Iter Ilttlicum litt., Paris, 1724, |». 61. Cf. De rc diploniulica , suppi. , 170/1, CIII, p. 8, où le Vir^'ilc est rapproclic par Mahilloii du Prudence de Paris. Montfaucoii a admiré le Beiiihinns do Tércnce et a étudié avec beaucoup d intorél le lioinaiius de Virgile (qu'il cote par erreur Val. 38Gg pour 38G7. liibl. mss., p. /j); mais il ne paraîtrait uiéiuc j)as avoir vu le Vaticanus Saaf), s'il u'ii)di(|uait sous le numéro erroné 325?. un \irgiie, vctuslissinitis
iiiiiioiiim mille codex (p. 118). Blunie a été induit en erreur par MoutTauron au sujet du \ irgile de Beniho {Ilci Itul., III, p. /|0, notes).
'* L'original du document est conserve à la \alicanc, Otlohon. 3o5<), fol. tdt.
Lettres Jiimilières ccritcs d'Italie m IT.'i'J et IHO , éd. n. Colonil), Paris, i8G(), I II. p. •,!37.
Opine, philoi. t. Il, 1808.
Les observations de Niebulir sont de 1 820.
du Virgile de Heyne, interrogea Ritschl sur les motifs qui l'avaient déterminé à ce jugement; celui-ci répondit n'avoir pu étudier à fond le manuscrit, et s'être borné à une comparaison de l'écriture du Mediceus avec celle du Vaticanus, comparaison demeurée à l'avantage de ce dernier ('l Wagner, à son tour, rapprocha le spécimen du Vaticanus donné par Bottari, ainsi que le Mediceus reproduit par Foggini, du fragment d'Hercidanum , sans en tirer de lumière décisive. Il fit du moins collationner par Fr.-G. Schulz , avec le texte si fautivement donné par Bottari, le manuscrit dont l'importance avait été signalée par Ritschl, et put joindre cette collation à son édition (^l
A la suite du voyage fait en Italie pour la préparation de sa grande édition critique de Virgile, M. Otto Ribbeck adressa à l'Académie de Berlin un rapport inséré dans le compte rendu de i85A; il y résumait à grands traits ses observations sur la valeur respective des manuscrits virgiliens en capitale et annonçait qu'il avait fait du Vaticanus une collation complète. Il est revenu sur ce manuscrit, qu'il appelle Fragmenta Vaticana et désigne par F dans les divers chapitres de ses Prolegomena critica parus en 1866. L'importance exceptionnelle du manuscrit , les caractères de sa transcription et de ses fautes, les affinités plus ou moins grandes de son texte avec les autres textes et surtout avec celui du Palatinus y sont mis en lumière par une statistique ingénieuse Quant à la collation même, elle a été faite avec un grand soin et, dans l'état actuel de la science, la critique verbale n'a plus guère à attendre du Vaticanus.
Il restait une page à ajouter à l'histoire du manuscrit. Plus que bien d'autres qui les ont déjà reçus, le Virgile du Vatican méritait les honneurs de la reproduction directe et intégrale. L'état des peintures et les plis marqués sur toutes
(') Virgile de Heyne , /i° éd. , vol. V, Leipzig, i8ài, p. XI.
Vol. V, p. xx-xxxvii. La collation , poussée par Schulz jusqu'à Aen. IV, Sog, a été terminée par Schweerz.
P. 218-219, 277 et suiv. Rappelons les conclusions de M. Ribbeck. Le témoignage du Pulatimis est le plus sûr; le Vaticanus et le Veronensis, quand ils existent, ont la même autorité que lui. Un peu au-dessous vient le Mediceus
et il faut tenir peu de compte du Romanus. Les fragments du Dionysianus (M. Ribbeck dit Augusteus) et les Schedae Sangallenses sont incomplets et trop fautifs pour rendre grand service. Ajoutons que les philologues tendent aujourd'hui à donner le premier rang au Mediceus. Un supplément de collation du Vaticanus a été fourni par M. Max. Hoffmann à la nouvelle édition du texte de M. Ribbeck (Leipzig, iSgS , p. 838-839). -'^ -
les pages rendaient cette reproduction difficile; mais la destruction continue et inévitable des couleurs exigeait (ju'elle ne tardât pas davantage. L'administration de la Bibliothèque Vaticane a eu l'idée de l'entreprendre, et le monde savant possédera bientôt l'image fidèle d'un document paléograpliicjue de premier ordre, qui est en même temps un monument d'art précieux et l'une des plus vénérables reliques manuscrites de fantiquité classique.
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