LIVRE DEUXIÈME
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Sitôt que Didon eut dit : chut!
Chacun fil silence, et se tut.
La pauvre Reine embéguinée Des rares qualités d Ëuée, Hongeaul les glands de son rabat , Sur lui de grabat à grabat , Décoche quantité d'œilludes, Propres à faire des malades.
Lui > qui n'est pas un innocent , Pour une en rend un demi-cent...
Le brave Seigneur pour se taire , Et pour n'avoir nul conte à faire, Eut donné ce qu'on eût voulu ; Mais Didon l'avait résolu.
Souvent de la bonne Princesse , La raison n'était pas maîtresse^ Puis, quoique animal plein d'appas On dit qu'une femme n'a pas Au pied ce qu'elle a dans là tête.
C'est un proverbe fort honnête,
86 L'ÉNÉlDE TRAVESTIE.
Qu'on peut citer innocemment ,
Va devant tous très-hardiment.
devenons à Messire Ënée ,
Voyant que la Reine obstinée
Prenait plaisir à se brûler,
Et ne pouvant plus reculer.
Il se relève la moustache.
S'ajuste en son lit, tousse et crache -,
Puis se voyant bien écoulé,
Il dit avecque gravité :
« 0 ipon Dieu ! la fâcheuse chose
Que votre Majesté m'impose,
C'est justement m'égraligner
Un endroit qu'on fera saigner j
Vous voulez donc que je vous die
La pitoyable tragédie
Dont les Grecs furent les auteurs.
Et les sanguinaires acteurs.
Est-ii possible que Ton croie
Les étranges malheurs de Troie «
Dans lesquels j'ai si bonne part ?
Est-il Dolope assez pendart,
Myrmidon, d'Ulysse gendarme,
Qui soit assez chiche de larme,
Pour n'en user pas un petit
A ce pitoyable récit?
Mais la nuit est bien avancée,
Elles*en va bientôt passée;
Vos lampes tirent à la Un ,
Et pour moi, sans faire le fin.
Je dormirais de bon couraga.
Sans le sot conte où je m'engage.
Vous-même vous dormiriez bienj
Outre que tous ces gens de bien
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Ont peine à souteoir leur tête»
F^t, sous quelque prétexte honnête»
Voudraient bien qu'il leur fût permis D'être dans leurs lits endormis.
Didon dit : «Vous ayez beau dire,«« « Haranguez vitement, beau sire»
« Sans tant, tourner autour du pot« »
.l^.néas dit : Je suis un sôt..^ El vous allez éire servie.
« Quoique Hector eût perdu la vie» .
Les assiégés faisaient si bien Que les Grégeois ne faisaient rien Que se lasser et se morfondre.
Tout semblait les vouloir confondre j|.
Cesl-à-dîre, rendre confus j Les Troyens leur faisaient refus De leur rendre madame Hélène.
De s'en retourner à Mycène.
Tous délabrés, et tous pieds nus, Plus vite qu'ils n'étaient venus.
Ils ne s'y pouvaient bien résoudre. , Comme aussi d'^n vouloir découdre ^ Quoiqu'ils fussent très- belliqueux i Avec gens qui Tétaient plus qu'eux , .
lôiant lassés de tant d'années.»
Va maltraités des destinées.
Ils y trouvaienjt quelque danger.
Gens qui savent leur pain manger, Savent bien aussi se défendre.
Tellement que bien loin de prendre Vengeance du rapt de Paris, Ils couraient risque d'être pris. }
Leurs soldais, dans leurs palissades , Avaient visages de malades 3
9d L'ÉNÉIDB TfUVËSTIE.
Et les nôtres, dans leurs msisottSi Étaient gras tomme des oisons.
Tout leur camp était en désordre ^ On n'y faisait que s'entremordre ) Leurs capitaines et soldats S'accordaient comme cbiens et cbits* Qui n'eût doue parié leur perte , Nous attaquant de force ouverte 7 Mais ils s'avisèrent enfin De vouloir jouer au plus fin.
Ils y trouvèrent mieux leur compté ) Et par là nous eûmes la honte De nous voir réduits aux abois Par un simple cheval de bois.
Il plut donc à la destinée Qu*ils fissent une haqùenée, Si vous voulez cheval de pas.
Lequel des deux n*importe pas.
Par ce prodigieux ouvrage Ida perdit tout son ombrage , Tous ses sapins firent lé saut , Ou pour le moins bien peu s'en fiiut.
Pallas même y prit la cognée, Pour fiiire de l'embesogtiée; Aussi fut-ce un maître Dada. Aussi grand que le mont Ida.
Je ne sais comment diable ils Brefit; Dans ce grand cheval ils bâtirent Tontes sortes de logements , Sans oublier des aisements.
Puis de munitions et d'armes, El de leurs plus hardis gendarmes.
Tous altérés de notre sang, Ils emplirent le vaste flanc
LtruB n. p
i j(te béte à large écM&è.
maudite soit la machine i i vilain qui Tioveota « a fenme qui l'ali^rita ; e mari de cette femme , .ouïe sa famille inttoie ; pour n'en faire à tant de Ibis, i Grégeoises ei les Grégeois. •• Ayant donc Mi ce grand eolosse, •tte prodigieuse rosse , Li'ils disaient , pour couvrir leur |cii , re une oA*ande , ou bien un vqm ^ )ur leur prompt retour dans la €rèce ^ ui diable eût deviné la piéaet i que ses larges intestins »
«ussent des soldats clandestins f -
À tant de belle infanterie,
)u bien plutôt cavalerie ,
Puisqu'ils étaient tous à cheval !
4ous crûmes donc ce bruit filtal ,
£t que Tennerol fiiisait gille,
Sans plus songer à noire tille.
Et de fait, une belle nuit.
Us gagnèrent sans (bire bruit
Une petite lie, célèbre
Par notre aventure funèbre,
De qui Ténédos est le nom ,
Autrefois riche et de renom»««
Mais depuis celte longue guerre
Une très-malheureuse terre ,
Où le moindi-e petit vaisseau
A peine se fournirait d'eau.
Là, leur flotte s'étant cachée,
Chacun voulut voir la tranchée,
gr L'ÉWÉlOe TRAVESTIE.
Et ce fameux camp d'où sortaient Ceux qui si Souveot nous battaient.
Peiiis et grands, remplis de joie , Portèrent leur nez hors de Troie , Et visitèrent les quartiers Dont ils se pensaient héritiers- On s*entr*apprend , on s'entremontre ; Ici, se fit telle rencontre.
Et là y sa fit un tel combat.
Chacun bien du pays y bai ; Cha«M y Uit sa râtelée; Là y campait le fils de Pelée ; Là, le Dok){>e et Myrroidon.
Mais tous admirèrent le doft Par eux fait à Pallas la sage, - Comme entreprise de courage.
La peste ! comme on le brûlait Si l'on eût su qu'il recelait Pressés comme harengs en caque , Par la ruse du roi d'Ithaque , Des Grecs les plus hardis soudards t Armés de piques et de dards,.* Timélès, pour faire Ihabile, Dit : « il faut le mener §n viUe »
Kl que ce colosse si beau > v
Serve d'ornement au château.
Voilà ce qu'avança le traître ^ Soit qu'il fqt;, comme tout peut-être»
Par nos ennemis suborné , Ou que le sort Vei^i ordonné.
CapySy et les.téies plus saines, Lui dirent : Vos fièvres quartaines !
Il faut bien plutôt le brûler Au lieu de l'y faire rouler !