UVRE I. M
Mais elle n'en prit pas deux pipes
Qu'elle ne vidât jusqu'aux tripes.
Et ne s*en oflusqu&t Tesprit.
Mais un peu de vin qu'elle prit
Ayant dissipé la fumée ,
Elle dit , la face enflammée :
« Qu'on me donne mon gobelet. «
Aussitôt dit y un beau valet
Mit ce gobelet vénérable,
Avec grand respect sur la table.
Bélus et les rois de Sidon ,
Grands pères de dame Didon ,
Usaient de ce vase h deux anses »
Quand ils faisaient des alliances;
Il tenait deux demi-setiers
Bien mesurés et bien entiers.
Elle remplit , la bonne Dame»
Et puis dit du fond de son âme :
« Jupiter, auteur'de tous biens,
« Fais qu'aux Tyriens et Troyens
« Ce jour soit heureux et propice^
< Et reçois comme en sacri6ce
« Ce gobelet rempli de vin ;
« Assiste-nous, Bacchus divin :
'< Et toi, Junon, notre patronne,
« Qui m'as toujours été si bonne,
« Kendez-nous tous gais et contenue
« Comme de vrais Roger-Bonleia]^. *»
Elle but par forme une goutte ,
Comme on fait alors qu'on en gofitè. ]
Ce qui restait en quantité ,
A Bitias est présenté.
11 le reçut à grande gloire ;
Se mît avidement à boîre,^
tfi L'É^ÉlDE THAVKSTIK.
Et vit bientôt la tasse au fond.
Didon cria : « c'est bien , c'est bon !
<' Ça, du vin pour toute la troupe. »
Lors chacun de remplir sa coupe,
<]hacun de la vider tout net,
Kt de s*échauffer le bonnet.
Dieu sait combien Ton vit 4'ivrognes,
Et tous en difTérenies trognes!
Dieu sait quel désordre et quel brait!
Los chandelles font que la nuit
Nest point au jour inférieure^
Chacun y rit, pas un n'y pleure.
Les cris des maîtres et valets
Retentissent par le palais. >
Tout le monde a du vin en téte^
Tout le monde a la tête en fête.
A ce bruit le plaisant goulu
Maître Jopas le chevelu,
^fettait celui de sa vielle ,
Sur le chant de Jean de Nivelle }
Il sonnait aussi doux que miel,
Ci', que d*Ailâs le porte-ciel,
Il avait appris en jeunesse^
D'^s cieux Tadmirable vitesse,
Kn combien de temps Apollon ,
Dii^ne inventeur du violon ,
En son char fait le tour du mondes
Pur quel moyen la lune blonde ,
Cache quelquefois son museau;
Quels astres nous donnent de Teau •
El quels nous donnent la gelée;
Comment de terre sigillée,
Prométhée, homme for ^igu.
Fit l'homme en lui soufflant au q ;
U\ïiE i. 33
Ce fut jin très-gentil ouvrage, Et c'est de lui fort grand dommage, Car Jupiter «*eu sert, dit-on »
A paître son aigle glouton.
Comment furent faites les bétés; Pourquoi Ton voit tant de tempêtes, Principalement en hiver ^ Au printemps pourquoi tant de vert ; Fa cent autres choses fort belles , Qui ne sont pas des plus nouvelles.
Après avoir longtemps chanté , Se voyajQt fort mal écouté , Il cessa sa belle musique.
Cependant la Didon se pique De son hôte de plus en plus/ Par de longs discours superflus Elle le retient auprès d'elle ; Elle se brûle à la chandelle.
Ji'autre avec toute sa raison Sent aussi quelque échauffaison ; Et monsieur, ainsi que madame , A bien du désordre dans Fâme.
Elle lui fait cent questions Sur Prîam , sur les actions D'Hector, tant que dura le siège -, Si dame Hélène avait du llége; De quel fard elle se servait; Combien de,deQ{s Hécube avait j .
Si Paris était un bel homme ; Si cette malheureuse pomme , Qui ce pauvre prince.a perdu, Était reinette ou earpendu ; Si Memnon, le flis de l'Aurore t* Était de la couleur d'ut^ Maure; • *
Qui fut son cruel assassin } S'ils moururent tous du farcin »
Les bons chevaux de Diomëde; QuVIie y savait un bon remède; Si voyant son Patroclus mort, Achille s'alBIgea bien fort } S'il fut mis à mort par Cautelle 7 Mais plutôt, cher monsieur, dlt-ellé^ « Raconlez-nous de bout en bout, « Gomme quoi se passa le tout ; « Comment la ville fut brûlée; « Si les Grecs la prirent d*emblée ; « Et par quel moyen s'échuppa, « Portant sur son dos son papa, « Votre excellente Seigneurie.
« Racontez-le-moi, je tous prie, « Et les travaux par vous soufferts; « Et les ports par vous découverts.
« Vos fortunes sont assez grandes, « Pour faire deux ou trois légendes; « Je les apprendrais volontiers; « Gar on compte sept ans entiers, « Depuis celte pénible guerre, « Que vous errez de terre en terre. ^
rut DU PBEMISB UTBI.