VI NOTICE
Dont dame Uécube était ravie.
Elle Taimait plus que sa vie :
Quand petit encore il était.
En ses bras souvent le portait.
Et souvent de ses mains royales , Lui remuait ses langes sales ; Et cette bonne mère-grand , Quand 11 devint un peu plus grand , Faisait avec lui la badine , L^entretenait de Mélusine, De Peau-d*ftne et de Fier-à-bras , Et de cent autres vieux fatras.
Cet enfant était son iàxÀe , Et la vieille en était si folle , Qu'avec lui troussant hoqueton , Entre les jambes un bâton , Elle courait la prétentaine Jusqu'à perdre souvent l'haleine.
Androniaque s'en tourmentait , Connaissant bien qu'on le gâtait.
Priam le voyant à toute heure, S'empifiï*ant de pain et de beurre , Disait avec sévérité :
Ce sera quelque enfant gâté.
Hécube n'en faisait que rire , Et sa mère n'osait rien dire.
( 2* liv. )
Dans le premier livre , Vénus se cache aux yeux d'Énée sous les traits d'une Spartaine , et lui demande s'il n'a pas vu quelqu'une de ses compagnes poursuivant un sanglier? Énée répond :
' Je n'en ai vu tête ni queue, O belle à la prunelle bleue.
Belle que je ne puis nommer. Belle qui m'avez su charmer
SDR SCARRON. ^ii
Par je ne sais quelle lumière ,
Que vous avez dans la vîsièreb
Ah I par ma foi , j-en suis ravi ;
Maudit soit si jamais je vis
Face qui m'ait plu davantage :
La mal-peste 1 quel visage 1...
Vous sentes; la Dame divine ,
J'en jurerais sur votre mine ;
Mon nez ne se trompe jamais
En ce qui sent bon ou mauvais;
Votre gousset et votre haleine
Ne furent jamais d'Africaine ;
Ils ont je ne sais quoi du ciel ;
Votre bouche exhale le miel.
Ou vous êtes une Déesse,
Ou du moins Nymphe, ou je confesse
Que je puis aussi n'être pas
Le pieux Messire iBnéas.
Les vents m*ont en cette contrée
Donné, malgré mes dents, entrée :
Daignez-moi dire , au nom de Dieu ,
S'il fait sûr pour nous en ce lieu ,
Et me faites Thônneur de croire ,
Que vous aurez bien de quoi boire.
Je nç suis pas, en vérité ,
D'une si haute qualité ,
Dit Vénus , mais votre servante.
Ah ! vous êtes trop obligeante.
Ce dit-il, et j'en suis confus.
Et moi , si jamais je la fus ,
Ce dit-elle. Et lui de sourire,
Disant: Cela vous plaît à dire.
Puis sa tête il désaffubla ;
Ses deux jarrets elle doubla
A lui faire la révérence ;
il fit une circonférence
>iji NOTICE SUil SCARRON.
Du pied gauche à Tentour du droU , Et cela d'uH air taat adroit» .
Le pauvre fugitif de Troie , Que sa mère en pleura de joie.
(Uv. 1".)
II nous serait facile de multiplier ces citatiçns; mais nous préférons laisser au lecteur le plaisir de les rencontrer fréquemment dans .le Virgile travesti,
Scarron passera toujours pour le prince des poètes burlesques ; il est vrai que c'est une pauvre principauté ; mais cependant il avait du génie. On lui . trouve un sel , une finesse dont sont privés ceux qui Pont imité. Sa Gigantomachie, sa Baronéide, mais surtout son Virgile travesti lui ont fait une grande réputation dans ce genre.
En réimprimant à nos risques et périls, cet ouvrage qui n'est plus dans la librairie , et qui n'existe que dans quelques rares bibliothèques, nous avons eru faire acte de dévouement pour les gldres nationales. Nous restituons à notre pays une œuvre qui est son bien propre , et qui est une nouvelle preuve que le génie français tient le premier rang dans tous les genres de littérature.
En terminant cette notice , nous devons au lecteur un aveu franc et sans détours. Boileau Ta dit :
Le latin dans les mots brave Thonnêteté , Mais le lecteur français veut être raspecté.
Gomme tous les auteurs de son temps, Scarron perd B^rfois ce respect qu'exige le célèbre critique. Aussi , en conservant à Tautei^r son originalité, nous avons cru devoir modifier certains passages, et adoucir quelques expressions que réprouverait le bon goût.
AAAAAA^^^ Ai^Ai^^Ài^^M A A A A^ A JKt ^
L'ÉHÉIDE TRAVESTIE
UVBE PBElUilR.
Je, qui cbantai jadis Typhon D'un siyle qu'on trouva bouflbn, Aujourd'hui de ce style môine« Ëncor qu'à mon visage blême Chacun ait raison de douter Si je pourrai m'en acquiuer.
Devant que la niort qui tout mine Me donne en proie ù la vermine^
Je chanté cet homme preux.
Qui vint chargé de tous ses Dieux , Vx de monsieur son père Anchise , Beau vieillard à la barbe grise.
Depuis la ville où les Grégeois , Occirent tant de bons bourgeois, Jusqu'à celle où le pauvre Réme Fut tué par son frère même ,
î. UÉNÉroE TRAVESTIE.^
Pour avoir en sauianl passé De l'autre côté d'un fossé.
Junon, déesse acariâtre, r Anfâçrw phJsqii'pnQinwpèiite^ ' * j
Et lui fit force \ilains tours ,
Dont bien souvent , quoique très-sage,
Il se souffleiajeji^e :
Hais enfin conduit du Destin
Il eut dans le pays latin ,
Quinze mille livres de rente,
Tant plte, que rôoins, 4pç iâ ne mente j
Et sans regretter Ilium »
Fut Seigneur de Lavinium ,
Dont depuis sa race par guerre
A fait une assez bonne terre :
C'est de là que nous sont venus
Les pères Albains si connus;
De là , Rome la belle ville, , .
Trois fois plus grande que Sévillc ^
Petite muse au nez camard.
Qui m'as fait auteur goguenard, Et qui , quoique mon mal empire, ,. . Me fais pourtant quelquefois rire • Dis-moi bien comment, et pourquoi j. , Junon sans honneur et sans foi, . ^,^ PerséC^uta ce galant homme, Sans lequel nous n'aurions pas Rônie , Ni tous ces illustres Romains .
A qui nous baisons tous les mains. .. ^ Elle fit bien la furieuse Contre personne si pieuse. . . . .. , . .
Ils se fâchent donc conime nous?
Je ne les croyais pus si, fçus, ,. "J^ .. ,