IT NOTICE
ron? Dans les derniers temps de sa vie, recueillant rhéritage des désordres de sa jeonesse, il ne pouvait tenir la tête droite, elle était toujours inclinée sur sa poitrine, et ses jambes courbées sous lui, parce qu'il ne pouvait dresser les genoux à cause d'une tension de nerfs, donnaient à son corps la forme d'un Z. Il dit de lui-même qu't7 était un raccourci des misères humaines. C'est dans ce triste état qu'il publia la plupart de ses joyeux ouvrages, et notamment son Virgile travesti* Il se faisait placer devant sa table sur un siège d'une forme particulière, et il se livrait en dépit de ses souffrances, aux accès de sa verve burlesque.
Heureux ceux en qui l'inspiration peut ainsi se faire jour à travers la douleur physique et la maîtriser. On se rappelle qu'un de nos poètes, dont la France vient de pleurer la fin prématurée, le chantre des Messéniennes l'auteur des enfants d'Edouard, composa, dans les intervalles d'une maladie cruelle , la plus spirituelle , la plus gaie de ses gracieuses productions.
Pour Scarron , tout devenait un sujet de plaisanterie , même ses souffrances ; il s'était fait déclarer maiade en titre de la reine. Dans une circonstance où il s'agissait de toute sa fortune , il ne put prendre sur lui de commander à sa gaieté ; et le placet qu'il adressa au Parlement pour obtenir son héritage, que lui disputait sa belle-mère, mérite, par la verve bouffonne dont il étincelle, de tenir sa place parmi les chefs-d'œuvre du genre burlesque.
Serait-il possible- qu'un homme qui a exercé une si grande influence sur la littérature de son temps, dont le nom , malgré le discrédit momentané de ses ouvrages , est encore aujourd'hui le symbole de la franche plaisanterie et de la naïve gaieté , serait-il possible qu'un tel homme tombât pour jamais, dans l'oubli ? N'est-il pas temps de le remettre en lumière , et de faire connaître à notre jeu-
SUR 6CARR0N. v
nesse des ouvrages longteàips estimés, «t qu^elie a peutêtre un peu trop négligés ? (Test dans cette pensée que nous avons entrepris une réimpression du Virgile travesti. Nous avons choisi cette œuvre parce qu'elle nous a semblé résumer mieux que toute autre le génie de Scarroh, mieux que toute autre établir son originalité et sa puissance.
Sans douté , pour parler ici le langage d'un auteur de goût, VÈnéide travestie n'est autre cho;se qu'une mascarade , comme Scarron l'avoue ; mais cette mascarade n'est pas aussi grotesque qu'on le pense communém^t Ce sont des Dieux et des héros déguisés en bourgeois de Paris , mais tous avec leur propre caractère , dont Scarron a saisi le côté ridicule avec beaucoup de justesse et d'esprit.. Quant au personnage qu'il â pris lui-même, c'est celui d'un conteur naïf et ignorant qui confond les temps et les mœurs , et qui fait parler tout son monde comme on parle dans son quartier. Que nos lecteurs nous permettent de citer quelques passages pris au hasard. Virgile avait dit :
Limen erat ; caecœque fores , et pervius usus Tectorum inter se Priami , postesque relîctl A tergo, infelix quà se, dum régna manebant , Saepius Andromache ferre incomitata solebat Ad soceros, et avo puerum Astyanacta trahebat.
(Liv. II.)
Voici la traduction de Scarron :
Je savais un certain endroit ^
Où , par une porte secrète.
On pouvait entrer en cachette ,
Et sortir sans être aperçu ;
Ce lieu de tous n'était pas su.
C'est par là que dame Andromaque ,
Avant cette funeste attaque.
Le vieux beau-père visitait ,
Son Astyanax lui portait ,