LIVRE m
Nous nous couchâmes sur le ventre, Lui y disant : maudit soit si j'entre; Moi y disant :^maudit soit aussi!
Mais nos gens nous voyant ainsi, Nous prirent et nous emportèrent ^ Les uns et les autres entrèrent.
Et lors cria, Maître Hélénus :
Vous, soyez les très -bien venus!
Mes Troyens eurent grande joie .
De voir cette petite Troie, El d'y remar<juer le Xantus , Près duquel , battants ou battus Ils avaient joué de l'épée.
J'y reconnus la porte Scée , De laquelle, la krme à l'œil, Je baisai les gonds et le seuil.
Je fus reçu dans cette ville, D'une façon toute civile. Les moindres gens de nos vaisseaux Quittèrent le séjour des eaux.
One ne fut telle mangerie; Jusqu'à la moindre hôtellerie.
Que mon monde tout regorgea; Chacun son soûl but et mangea.
Dans le palais les plus notables Furent sur magnifiques tables Servis de mets très-délicats.
Us pouvaient en prendre les plats , Comme aussi les tasses dorées , Nappes et serviettes ouvrées.
Nous passâmes là quelques jours, Jours que nous trouvâmes bien courts, La tristesse de nous bannie.
Il n'est si bonne compagnie
ïïl'i L'ENÉIDE TRAVKSÏIE.
Qui ne se sépare à la fin.
Je dis donc au sacré Devin, Que le vent paraissait bien sage »
Et nous promettait bon voyage > Mais devant que de le quitter^ Que j'avais à le consulter - Pour m'éclaircir de quelque doute.
Il me di( : commencez, j'écoute!
Je lui dis ces mots à peu près :
Par un commandement exprès Des Dieux et de la destinée.
Ma troupe^doit être menée Dans le pays Ausonîen.
Là , le pauvre peuple Troyen , Doit avoir, après sa misère , Une fortune bien prospère.
Et, comme on dit, vivre à gogo.
Mais une laide Gélseno , Une malencontreuse harpie , Comme si c'était être impie Que de manger quand on a faim , M'a prédit , que faute de pain , J'aurais à manger mon assiette ; Et la donzelle putréfaîte Mè menaça de mille maux , Pour quelques chétifs animaux^ Par nous conquis de bonne guerre.
Quand nous primes port en leur terre; J'en suis tout je ne sais comment , Vous qui savez parfaitement Xe sens caché des prophétie , Qui connaissez bien les hosties/ Comme aussi des oiseaux le vol , Qui pouvez découvrir un vol ,
UVRK III. . 213
Fùt'ii le plus caché du monde ^
Vous en qui la sagesse abonde ; , ^
Vous enfin , savant jusqu'aux dcuis , , ^
Et qui voyezi clair au dedans ,
De la chose la plus obscure, . ».
Dites- moi ma bonne aventure.
Out^ de bon cOur je la dirai ^ . ,
Me dit- il, ou je ne pourrai. ; , ,
11 demanda sob écritoire.
Fit tuer une vache nqire; *
Pour mieux tirer les vers du nez ,
Des esprits ainsi guêrdonnés. ....
Puis ùprès, faisant cent mystères» , . t , Qui sentaient fort les caractères . . , .
Dont on conjure les esprits, Voici ce que de lui j'appris : • . « • i
Fils de Vénus qui vous regarde, . ,. .
Le grand Dieu Jupiler vous garda . , ; De tout encombre*, de tout mal, -, /
Et de morsure de cheval. . ,
Dire que vous ne valez guère , , . . ,/
Quoiqu'enfant de bons père et mère, , . Gela ne vous appartient pas, . j
Car vous valez mille dueais. ;
Vous posséderez Tltalie j Le nier, c'est une folie; ^ -:
Puisque les Dieux vous l'ont prédii, ... ,i En douter, c'est être maudit. < x.
Je vous vais dire quelque chose; Car vous dire tout, ie ne l'ose..
Si je pensais faire uiitremeAt, . ./ ^
Juaon indubitablement , , / .
Que je crains comme la tempétf^» • • . Me viendrait bien laver la téie y
Puis les Parqcies Tont défendu »
Desquelles je serais tondu.
Or, vous savez que parquerie
Entend fort mal la raillerie.
Je vous dis donc en premier lieu ,
Je^arle de la part du Dieu ,
Que cette retraite promise
Est plus loin que votre chemise ,
Et n'est pas un morceau bien prêt ;
Vous en ferez pourtant l'acquêt.
Mais, pour voir réussir Tafl^ire,
Vous aurez bien des tours à fbire
ïjB long du bord Sicilien
Et du pays Ausonien.
Et puis vous irez en personne ,
Et que ceci ne vous étonne,
Dans un pays obscur et bas,
D'où, quand on veut, on ne sort pas :
C'est Tenfer, qu'il ne vous déplaise.
Mais vous en sortirez à l'aise ,
Par le moyen d'un certain sort.
Vous irez aussi prendre port
Dans l'île dangereuse d'iEe ,
Où demeure Circé la Fée ;
Mais n'en ayez pas grand souci ,
Et surtout, écoutez ceci :
Quand vous aurez bien la migraine
De voir votre course si vaine,
Que vous serez tout confondu,
Et croirez que tout est perdu ;
N'allez pas vous rompre la tête,
Ni vous tuer comme une bête ,
Ou vous pendre par désespoir j
Car vraiment il ferait beau voir