LIVRE IV. M
Sur tout ce qa41 dit se récrie^ Sans pouvoir cacber sa furie.
Mais qnaud il" se faut séparer.
Qu'il esl temps de se retirer; Lorsque la reine des étoiles., La nuit avec ses sombres voiles, Â tout couvert notre horizob , Le diable est bien à la maison.
Quand elle se voit toute seule.
Elle soupire , elle s'égueulé , A force de pou^er des cris , ' Tant le trouble est dans ses esprits!
Elle entretient, la forcenée,' Â bsente , son absent Énée , Elle parieet répond pour lui , Afin de flatter son ennui.
Elle n'en est point entendue, Il dort , la carcasse étendue , Sans se soucier si Didon Passe une bonne nuit ou Hôn.
Quand le jeune Ascagne elle attrape, Comme ayant peur qu'il ne s'échappe, Et le retient dans son réduit, La bonne moitié de la nuit<, Essayant , par cette finesse , D'adoucir le mal qui la blesse.
Ah I vraiment , c'est un bon vieux tour. Contre un Dieu fin comme TAmour.
Cependant tout ouvrage cesse, On se débauche, et la jeunesse Ne songe plus à s'exercer, Et ne fait que son temps passer :
Tout mange, boit , rit , danse et raille } Au diable si pas un travaille;
2M L'ENÉIDE ÏRAVESTIE.
Tous les ouvr^g^ Gwnmenofe Par les ou vriera $oal \9iA^ ; Les loiirs demeiirenl topai:fi^<») Les murailles oui des luaette*, Tous les dessçiaa vo»t k y^^r^Ve^u , Ce qu'on ne ivonj» hw ni beai^ ; Tout le monde eu dit de» »Qrn«fcw> »
On en fait nUt6 diansonoeltei^i Autant en empoffie le vent * On ne fait pas Bdiettx que devanl.
Junon de colère e»A»mm^% De voir fMwdre sa rettOOMnée; Et mettre tout à ValaMdaa La Sidonienne VAion > Cette dame qui txN^^ars g^op^ , Alla trouver Vénttft la i)lo»d^,.
Et d'un visage refirogfté :
« Vous croycjs avoir um gagaé .
Lui dit-elle , dame CyAèjroy Par votre \r\Umfi miaislère^ Et de Cupide», ventre enfoui.
Qui tJranaN du Dieu triomphant, Et qui pourtant . pour tout potage , N'est que Die,u da l'âme vokige.
Vraiment vos deux, divinités Ont de grande honneurs méritas»
D'avoir ivwwphé par surpris^ .
De la M^ti^ df^ û^mQ $\ii9e.
Maître -^«jéa»,, va^P«t bâtai^^ , Gomme tout 9eMAi*il)i9 est v«mMfd , En fera des contes peur rii^e* Vous fai te», «iâit d'en médire } E(c l^^diQaea iitqnt eiip^iV Ah! vraiment aUiBCiâes«voud-]r!
LîVftE fV. 96t
Vous VOUS êtes mrs diins h* léte Que notre chîien n'est q«*iine bêle; Vous trouverez à qui parler...
Je saurar fort httn démêler, Malgré vos dents , cette fusée^ Fussîéz-voas cent fofs plus rusée.
Confessez-le-moî sans mentir^ Vous avez eu soupçon de Tyr, Et pour cela fait dans Carthage Tout ce plaisant reihu-ménage ; Tous vos desseins sont découverts, ' Et réussirotit à Tenvei'S.
Certes, vous et moi, ce me semble ^ En nous raccommodant ensemble.
Passerions bien mieux notre temps.
Vos désirs sont déjà contents ; Didon meurt d'amour pour Énée :
Assemblons-les par hyménée.
Je consens que le Phrygien Soit maître du Sidonîen 5 Et verrai le Prince de Troie Gouverner Carthage avec joie...
Eh bien ! est-Il bon le parti ?
Lui di.1 Junon. J*aurais menti Si je vous disais le ôontraire , Dit Vénus, et dans cette affirire Que voos venez de proposer, Je ne vois rien à refuser.
Elle voyait pourtant la Dame Junon jusqu'au fond de son âme , Et que la ppopos'riron N'était que paré invention, Afin que sa chère Libye Fut à couvert de ritalie :
Mft L'ÉiNÉIOfi TBAVE6T1E.
Mais à fourbe , fourbe et demi,
« Vouloir être votre enuemi
Et prendre contre vous querelle ,
C'est se vouloir perdre , dit*elle;
On n'y peut gagner que des coups ;
Je sais fort bien qu'un diable et vous
Êtes quasi la même chose ;
Et que quand fâcher on vous ose ,
Il vaudrait mieux être pendu*
Or pour cet hymen prétendu
Je doute bien fort de l'aflaire.
Car le Destin nous est contraire ;
Jupiter est pour leDçstin »
Qui veut que Ton parle latin ^
Quelque jour par toute la terre ;
Il vous craint comme le tonnerre.
Faites le diable à la mai^n »
Vous le mettrez à la raison ;
Ou plutôt, faites lui caresse.
Vous connaissez bien sa faiblesse ^
Et lorsque vous l'aurez flatté ,
Si c'était votre volonté
Qu'il ferait la fausse monnoie,
Que sans se soucier si Troie
En Rome ressuscitera ,
Tout s'en ira comme il pourra ,
Bien ou mal, pourvu qu'il voqs plaise^
Que le sort en gronde ou se taise ,
Le Seigneur s'en soucira peu ,
Et tournera la chose en jeu*
Dressez donc votre batterie.
J'assure Votre Seigneurie ,
Que de mon côté je ferai
Merveilles , ou je ne pourrai. »
UVRfi IV, M5
Ainsi parla Vénus la belle.
JuDon y fort satisfaite d'elle , Lui fit quelques compliments courts »
Puis reprit ainsi le discours :
« Je me charge de cette af&ire.
Pourvu que nous puissions nous taire »
Que chacune de son côté^ Agisse avec fidélité.
Voici comme je val& m'y prendre } Et le piège que je veux tendre.
Demain ma Didon s'en ira, Sitôt que le soleil luira^ A la chasse avec voire Énée; Une bourrasque inopinée ^ Que je ferai tomber sur eux , Fera peur aux plus valeureux ^ Horrible sera la tempéie Dont je prétends troubler la fêle , Car le tonnerre grondera , Grosse grêle s'y mêlera , £t l'obscuriié sera telle , Qu'on aura besoin de chandelle.
Les Ty riens se cacheront , Et les Troyens comme ils pourront ; Pour éviter pareille pluie , n n*est personne qui ne fuie, Et qui n'aille pour se cacher Sous un arbre, ou sous un rocher.
Sans songer si durant Torage, La Reine marche à sec, ou nage.
Votre Énée avec ma Didon , S^enfuiront de grande randon Se nicher dans quelque caverne y Lors si le Destin ne me berne.
fSt VÉSÈIDI^ TRAVESTIE.
Je vous les rends ertcheVélrés, El bien et dûment reffés , Par les frens d'une hyraénée, Qui fera Roi rhessîre Énée.
De ce couple on verra sortrr Nobles et beaux iftHints de Tyr! »
Ainsi parla du ciel la Dame.
« Vous êtes une brave femme, »
Dit Vénus, rîaût en son cœur.
Après ce compliment moqueur.
Les deux damés se saluèrent , Et puis après se séparèrent.
Vénus alla voir sa Paphos, Junon se tira vers Samos^ Pour assistei' une accouchée , D'un embi^on bien empêchée.
Le lendemain au point du jour, Tout fut en rumeur a la cour.
La jeunesse Phénicienne, Chacun avec àon chien ou chientfe^ Tous braves , et tous à chevàf , Les uns bien , et les autres maf , Et tous équipés pour la chasse^ Parurent en la grande place.
Force piqueursMassiliens, Quantité de valets de ehiens, De leurs trompes faisaient fanfore y Comme qui dirait tanidrare.
Les uns étaient chargés de rets Pour emppîsontier les forêts , Les autres d'ailiers pleîns de raaîrfe^, Et de conrëcaiHcrs pour les cailles; Bottés à cru , fes gros niilourds , Armés d'épîcux , en habits courts;
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A la porte de dame Élise , Qui prenait enôor sa chemise , Jouaient les uns au trique-trac , Les autres prenaient du tabac , Discouraient d'une et d'autre chose , Et bien souvent riaient $ans cause.
Mais à la fin trop de rumegr Mit la Reine en mauvaise humeur, La Dame leur envoya dire , Qu'elle n'aimait pas ouïr rire.
Son traquenart rongeant son frein > D'or, d'argent, de fer ou d'ëtaîn, Je n'en sais pas bien la matière.
De son pied grattait la poussière.
C'était un fort beau traquenârt, Hormis qu'il avait un javart.
La Reine habillée et coiflëe , Et soigneusement attiOëe , Sortit en pompeux appareil.
On ne peut rien voir de pareil j Sa seule robe en pierrerie Valait plus d'une métairie ) Elle était de ras de Châlons, Couverte de quatre galons , Et de gros boutons à freluches; Sur son chef deux plumes d'autruches , Avec quelques autres de paon , Faisaient sur un petit turban Une espèce de capeline'; Un carquois chargeait son échine , Garni de matras empennés , ^
Très-arlistement façonnés.
Ses cheveux qui sur son derrière Flottaient d'une belle manière,
Étaient ce matin-là gauflrés.
Et noués de cordons chiffrés.
De la main de la forcenée, D'un iE qui faisait Énée.
Item, son superbe manteau.
Fait à SidoQ du drap d'Usseau , Et qu'elle portait en écbarpe, Était d'une couleur de carpe.
Car d'écaillés d'or émaillé.
Et très-artistement taillé, L'étofife était toute couverte , Et sur récaille jaune et verte, Quand le soleil à plomb donnait, Peau de carpe elle devenait :
Il se retroussait d'une agraflè Qui répondait à la piafTe.
Cette agraffe représentait Une patte d*ours qui tâiaît.
Et que tâtait d'ours autre patte L*une l'autre de fine ugate.
Les Phrygiens vinrent aussi En grosses boites de roussi ; lulus était à leur tète Tout ébaudi de telle féte^ Après lui vint son cher papa Qui les yeux de tous occupa , Tant était beau le galant homme :
Peu s'en fallait qu'il ne fut comme Apollon , alors que quittant Xanthe, qu'on dit qu'il aime tant, Et la Lycie, où l'on frissonne, Ce beau fils de dame Laione, Poudré, frisé, rasé de frais, Ce grand équipage à grands frais ,
UVRB IV. im
Vient faire à Délos résidence.
Pour le recevoir chacun danse } Les Âgaibyrses peinturés , De leurs plus beaux habits parés.
Et les Dryopes , et les Crêtes , Dansent comme marionettes; Chacun le dos du pied s'y bat^ Jamais on ne vit tel sabbat.
Ce Dieu sur les coteaux de Cynlbci Se promène la tête ceinte De feuilles et de rubans d'or.
Tely et plus beau peut-être encor.
Parut en son habit de chasse Hessire ^néas dans la place.
Il fut de chacun admiré.
Des yeux de Didon dévoré :
Et lui pareillement sur elle Tourna bien souvent la prunelle. Alors que Ton fut dans les bois , Des rochers » chèvres et chamois Prirent la peine de descendre, Et Ton prit celle de les prendre^ Force daims traversant les champs , Maintes pétarades lâchants , Faussèrent bientôt compagnie Sans beaneoup de cérémonie; Et maint cerf y prit le devant , Vite autant et plus que le vent, Faisant naître dans son passage De poussière un épais nuage.
Ils se sauvaient en moins de rien , En quoi certes ils faisaient bien, lulus , autrement Ascagne , Monté sur un cheval d'Espagne »
jm L'ÉNÉIDB TRAVESTIE.
Âtr râpait les pti» aYancés ^ Puis, les î^ant oulrepattés, ^ Venait sur eux à toute brtde^ Poussait son clietal îfttrépîde.»
Lui faisait passer les fossés Qui font peur qtiaod ils sont passés.
Oh que le compagBon désire Ou*un sanglier <te bonne mire»
Vienne âé<Airer, furieux^ Les chiens au milieu des épieux! .
Ou que quelque lion descende.
Au milieu de toute la bande , Faire trembler les plus ardents , En leur montrant griffes et dents.
Quoique bête si ravissante Ne soit guère divertissaate !
Cependant qu'ainsi l'on chassait j.
Le Ciel serein s'obscurcissait , Et 9 par de grands coups de toimerre.
Déclarait la fuerre à la terte.
Le tonnerre ayant bien grondé , De la grêle fut secondé , La grêle le fut de la ptnie.
Il n'est personne qui ne fuie^ Tant cet orage véhément Pensa tout perdre en un mousevt^ Il tonne , il pleut , il grêle , il vente ^ L'horrible tempête épouvsmte Les esprits ks plus assurés ^ Et les éclairs réitérés, ^ Au lieu d'aider dans les ténèbre^.
Font naître des craintes funèbres.
Les Tyriens , comme des fous , Pour se cacher, cherchent des trous )