LIVRE IV
Et fasse en Enfer pénitence De sa mauvaise résistance. O podeur ! Je te garderai Autant de temps que je vivrai !
On ne verra jamais qu'Élise Tombe en faute, et qu'on en médise.
Le premia* qui reçut ma foi L'emporta » mourant » avec soi } Que le pauvre défunt la garde:
Et qu'en pitié Dieu me regarde ,
Car mon esprit en vérité
A quelque chose de gâté. »
Gela dit, une grosse pluie ,
Qu'en vain sa belle main essuie ,
Couvrit de pleurs tout son rabat. .
Grand vent petite- pluie ^bat^
Mais au proverbe n'en déplaise ,
Les soupira causés par sa braise ,
Par ses pleurs largement jetés ,
Furent de plus belle irrités;
Et ses soupirs à la pareille «
Comme le vent le feu réveille ,
Et que le feu fait en aller
Un pot à force de brûler,
Tant plus ses soupirs s'exhalèrent ,
D'autant plus ses larmes coulèrent;
Si que jamais tant ne pleura
La Didon, ni ne soupira.
Sa sœur l'ayant réconfortée ,
(Lui dit de sa bouche édentée:
*« 0 ch^ sœur, que j'aime mieux Ni que mon cœur ni que mes yeux.
Sachez de moi , ma sœur, ma mie .
«Que ce n'est point polygamie
254 L'ENÉIDE TBAVESTIE.
Que VOUS remarier demain 5 Vous vieillirez en nioîfi& de rfeii.^ • -.u Et quand vous vous verrêfl 'vSiillDiley < * Vous direz, peste de la sotte, . /.
D^avoSr passé vos jeunes ms^ / < < « > Pour la craitfte des lAëdisàotëv" * ::.* 'i Dans ce fsichetix état à& v«Mve^ ï * Faites une alliance neuve, . . .. .1 Choisissez un mari AOUTUau t»*
Pour vous aider dans vos ttarptos';; ! ; De bon cœur, je vous en caB}uffe^< Et si Vous voulez que j*«i J»»î| ' =; / Je m'en vais vous faire on scrgiébt > Plus gros que maudii scKt q«î meit* . . • Puissé-je devenir vestale, • i /i-, . Avoir sur mes vieux ans la gîte,*.. . ../ Être pauvre, mourir deiUsmo, . .•>.•.' Si pour femme , ii est plvftffpaiid kk Que rencontrer tin kotméte'iiikpi Qui soit loyal, tout ainsi odpflèei.' Ce bel iKnéas le Troyeti , . • . Que Ton tient tant homnle rie .tncni..
Gardez bien qu'il ne vous échappé; Que votre Majesté l'attrape y > ' -, Mariez- vous sans biaiser, ■ ; - 1 Faire autrement, c'est niaiflw^^ .
Lorsque^ maîtress^ de I^Hie; , Vous aurez eu gatçon et Me^' > A l'un vous direz : mon fdnfo», L'auire vous dira : ma momant^ ':
Et s'ils se mettent trop h hrsAftt-^ Tout ce qne vous aurez k fartré, Mettez-les moi «m* vos genotix^ Et me les assotwacz de coups ,
LÏVftE IV. î 255<
C'est le plus grand praîsir du niduâe.' i M Vous craignez qu'un dëriint entfrMdt^I Laissez-le gronder/ é^il Un {iMt^ i i ii En l'Enfer, où je croîs qait^st/ j- iî'l> Il est bien oiseux, le beau âffre^'*' '* ^ De trouver sur tout à redfm, ? ï . I iJ Quant à moi, je me trompe 'ferty ><»»' » i Si quand un homme est raîde rttorl,^ . it . / Il prend garde à son épouséet* ' '«^^ î 'i Ce n*est qu'une billevesée, ' - < »î n -^ Un vrai conte à dormir deboiit ; -'' » '^. » Ou de nourrice, et puis c'est lotit* r- ' Je veux bien que le prince Inrrîfe,***^ - » Par son épaisse et sale bai»be,'."> ^=î ^ rU Vous ait quelque dégoût âmné'; ; :î i;A Et que maint autre forcefté*^ ^ • ' ^ <»*i De ces roitelets de Libye, • - ; - >/. Vous ait donné fort peu d'enVie.. •■ 'î "i:'\ Je trouve en voire averslott-' i »" .' »•/ Votre justification. - = î j;. '^
Mais pour celui-ci, qui vou^' t^jfuotwy: ; I Qui fait venir l'èau à la boUchPe,. :: îio ' Que vous ne faites que guîgrte>j' ' . |i ! îM Prenez-le moi, sans barguigner. '*i.f • ■< Encore un coup, il le faut pnendi^ej -f ?! Et garder sans pouvoir le rendre',* ' • '' * Si ce qui reluit n'est pas of. ' '' » >
De plus, considérez encor, ' • f
Parmi quels barbares vous Ôlès', * : ^< . / Et la demeure que vous faîtes , • " • 1 Parmi ces peuples Libyens , • '* •^'> ^n > La plupart visages de chiens. - 'r ^^^ ^ Certes, Tentreprise est bien grSHide^^'^"'" •^ Si vous n'avez qui vous défende; *' ' '^'^ ''^^
D'un oftlé le Gétulien^ liftrroo comme un Bohémien.
De l'autre eôté le Numide , Qui chevauche sans mors ni bride.
Les Syrtes inhospitaliers , Et les Barcéens bandouliers.
La fille de Tyr offensée , Votre Migesté menacée Par notre frère, un vrai pendard, Qui nous gâtera tôt ou tard.
Ces ennemis-là , mis ensemble , Vous avertissent , ce me semble • Que vous devez songer à vous.
On vous viendra rouer de coups .
Au lieu qu'étant femme d'Énée , Dont la flotte ainsi malmenée»
Ne se trouve en ce port , sinon Par Tentremise de Junon , Avec ce personnage , dis-je, Si quelque voisin vous afflige, Et pense vous inquiéter, Vous aurez de quoi le frotter.
Oh ! que votre ville naissante S'en va devenir florissante !
Et que cet hymen bienheureux , Par ces Phrygiens valeureux , Va rendre noire état Punique , Victorieux et magnifique !
Vous n'avez qu'à remercier Les Dieux du ciel , et les prier Que ce grand hymen s'accomplisse* Faites qu'Énée on diyertisse Si bien , que sans courir ailleurs.
Ni chercher des gîtes meilleurs,
UYRE IV. S»
Auprès de vous il s'accagnarde.
0 ma soeur» prenez-y bien garde,
Inventez bien adroitement
Des sujets de retardement.
Que de jour en jour on l'amuse ,
Faites excuse sur excuse ,
Dites que ses meilleurs vaisseaux
Sont prêts de tomber en morceaux;
Qu'il n'est matelot qui ne fuie
Orion l'astre porte-pluie ,
£t qu'on né peut Tbiver flotter
Sans grandement péricliter ! »
Par cette harangue efficace,
Didoo jadis toute de glace ,
Devint bientôt toute de feu ,
£t la pudeur , qu'encore uH peu ,
Dans son âme elle avait gardée »
S'enfuit de la dévergondée.
Ensuite de ces beaux discours^ La reine prit ses habits courts; Car avec une longue cotle , On tàii trop grand amas de crotte, Et se coiffa d'un capuchon ^ Sans oublier masque et manchon, Pour aller en secret au Temple.
Elle était de fort bon exemple ^ Et qui Jamais en bonne foi , Ne fit du temple lin caquetoi.
Étant là y sa sœur avec elle, Chacune oflKt une chandelle y La bouche se gargarisa.
Et d'encens s'aromatisa ; Et puis on fit un sacrifice A Cérès des lois inventrice.
Du poupelia et du pâté ,
Qu'on cix>it aussi l'avoir été
Du savoureux paia de Gooesse,
On offrît à cette Déesse,
Deux brebis jeunes et de choix*
Le blondPhœbusporte-carquojSy
Inventeur de la sarabande.
Eut part en cette digne offrande ^
CoRune aussi Lyœus le bon ,
Grand dissipateur de jambon ;
Dieu sait si Ton ntit en arrière ,
Junon, la déesse nocière,
Car c'est d'elle, en semblable cas.
De qui Ton fait le plus grand cas.
Là , Dldon de fori bonne grâce ,
Répandit le vin d*une tasse
Sur le front de la sœur d'un bœuf ^p
Blanche comme une coque d'œuf ;
Et puis fit quelques caracoUes
Tout à l'eptoiur de ses idoles»
Leur fit a tous de beaux présents :
Des animaux agonisants
Elle consulta les eolraiUes^
Qui sentaient bien fort les tripailles ,
Don t. le nez elle se boucha,
Et très-sottement se fâcha.
0 vanité des aruspice&l
De quoi servent les sacrifices
A femme qui se meurt d'amour?
C'est chercl\er la lune en pleja jour.
Que de chercher quelque remède t
Lorsque ce grand mal la possède ; j
Elle a beau faire, il faut brûler t
Mourir de faim sans se soaler^
UVRE IV. m
Ou bien pouc oontmiter sa rage.
Paire parler le voitinagç.
Son pauvre esprit devenu fou »
La fait courir $aoB savoir où ,
Ce feu grégeois toujours s'augmente ,
Et dévore la pauvre amante ;
Versât-elle de pleurs un seau»
Ce feu grégeois bràle dans l'eau »
Et la brùlçKaii de plus belle.
Par Mahom., c'çst graad'pilié d'elle!
Tout ain^ , par comparaison »
Quand friand de la venaison^ Un pasteur, dans les bois de Crète ^ A transpercé d'i^ne sagète , On bien, si vous voulez, d*un dard^ Une biche dç part en part > Après ravoir longtemps chassée, Sans bien savoir s'iU'a blessée^ 11 s'en ya eopaame il est venu.
Et le pauvre animal cornu , Je me trompe, car la femelle ^ Autre n'en sait la raison qu'elle , N'a ni corne ^ ni cornichon , Non plus que son petit bichon , Avant qu'il ait armé sa tête.
Retournons à la pauvre bêle ; Elle fuit au travers des bois.
Qui sont drtfs au pays Cretois , Comme une biche frénétique.
Portant la flèch^ qui la pique Toujours attachée à son flanc» ' Duquel sort un ruisseau de sang.
L'application est aisée , Sur Didon d'amour embrasée.
260 L»ÉNÉ©1 TRAYBSTIE,
Elle prend messîre ^néas.
Et le tiraillant par le bras, Le promène parmi la ville.
Comme Énée a l'âme civile , El la Didon beaucoup d'amour, A chaque passage, et détour.
On se faisait cent déférences , Et deux cent trente révérences , Ce sont, si bien vous supputez»
Trois cent trente civilités.
Elle lui montrait ses richesses > Le dessin de ses forteresses.
Marchant , un mot balbutiait , Balbutiant, s'adoucissait :
Puis rougissait de sa sottise La pauvre malheureuse Élise ; Puis pâlissait d'avoir rougi , Ayant peur d'avoir mal agi > Pour le dessein qu'elle à de plaire, Ce qui n'est pas petite affaire.
Souvent elle se méprenait, Alors qu'elle Tentretenalt , Et prenait Gautier pour Gargiullc; Elle babille et rebabille , Ne sait quasi ce qu'elle dit, El tout le monde en étourdit ; Elle veut dire quelque chose , La commence , achever ne l'ose , Ouvre la bouche, et ne dit mot.
Tout de même que fait un sot :
Et puis elle le mène boire, Lui fait redire son histoire; S'enchevêtre de plus en plus, Le muDg^c avec ses yeux goulus