UVRE IV
« D'uoe chatte de Barbarie^
« Reconnaissez sa piperie y
« Et croyez ce que je vous di. »
Après ce langage hardi Il reprit sa forme première , Et ce grand éclat de lumière , Dont les Dieux sont accompagnés.
Maître iEnéas, les yeux clignés^ Le poil hérissé dans la tête , Et stupéfoit comme une bête , Ou comme un homme condamné , Demeura si fort étonné, Qu'il ne vit point partir Mercure.
Le temps déjà beaucoup lui dure.
Qu'il n'ait regagné ses vaisseaux , Et n'aille jouer des couteaux , Oii son noble destin fe mène.
Il n'est pas en petite peine De savoir où , quand , et comment H pourra faire un compliment Dont la dame Didon se paye.
De l'apaiser de quelque baye , Son cœur n'y saurait consentir.
Et cependant il faut partir.
11 gratte , et regratte sa tête Pour trouver un prétexte honnête De quitter ces aimables lieux.
Il pourrait alléguer les Dieux ; Mais une amoureuse en colère , Aux divinités peu défère :
Le pauvret que fera-t-il donc?
Étant confus s'il te fut onc; Je conseillerais le beau sire, De s'en aller sans en rien dire,
386 L'ÉNÉlDE TRAVESTIE.
Quitte pour crier au larron.
En cet endroit, maître Marqn N'a point approfondi l'affaire; Tellement qu'il se peut bien faire , Que maître iEnéas était sou D'avoir toujours femme à son cou.
Et volontiers plîrait tiagage.
Mais comme il était homme sage , On n'a jamais su tout de bon ^ Si cela le fâchait ou non.
Il fit venir Maître Sergeste , Mnesthée, et Cloanthe , et le reste De ses amis les plus discrets.
Auxquels il dif : « Soyez secrets, • Ramassez tous vos équipages^ « Les plus prompts seront les plus sages, t Qu'on mette au plus tôt les vaisseaux « En état de fendre les eaux.
« Enfin que la flotte s'apprête ; « Et ne vous rompez point la tête « Du sujet que nous en avons.
« Soyons secrets, et nous sauvons:
« De mon côté j'aurai la peine « D'y faire consentir la Reine :
« En lui faisant un tel .discours « Je sais le péril que je cours ^ « Je ferai couler mainte larme»
« Je causerai bien du vacarme »
« Et je m'attends aux accidents a Qui viennent d'ongles et de dent8« « Elle aura beau faire la belles « Si partirai-je en dépit d'elle, « Me dût-elle sauter aux yeux , « Lorsque nous ferons nos adieux*