‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 63 sur 116 · UVRE IV. S · texte numérisé non relu

UVRE IV. S

Montagnes de neige couvertes , Vient sur un chêne aux feuilles vertes De toutes ses forces donner»

Afin de le déraciner :

Cet antique voisin des nues > Pour du gui , des feuilles menues ^ Et quelque chose d*ébranché »

En est quitte à fort bon marché :

Si sa tête est des cieux voisine , Ses pieds y qu'on nomme sa racine , , Sont proches du pays d'Enfer, Si bien qu'il a beau s'ébouffer En soufflant, le bon ventBorée...

Ainsi 9 cette Reine éplorée.

Par ses larmes et par ses cris , Ses messages et^ ses écrits , Ne peut fondre ce cœur de glace; Il persiste , quoiqu'elle fasse , Et n'en est pas plus ébranlé Que cet arbre dont j'ai parlé.

Quelque larme, à la dérobée.

Sans son consentement tombée, Peut sa face humidifier Mais il ne s'y faut pas fier, Ce sont larmes de crocodile, Quoiqu'en dise messer Virgile.

Revenons à dame Didon , A qui le méchant Cupidon, S'il faut que le Troyen s'éloigrie, Va bien tailler de la besoigne.

Sa sœur ayant fait son rapport, Elle s'effraya de son sort.

Le désespoir saisit son âme, Et prit la place de sa flammé ;

308 L'ÉWÉIDI TRAVlSia.

Sa flamme se cbange en fureur, Ce qu'elle aima lui fait horreur.

Elle s'abandonne à la rage , Le jour même lui fait ombrage , Elle le hait, elle le fuit.

Souhaite une éternelle nuit , Pour ne se pas voir elle-même.

La mort, par son visage blême, Ne lui fait point blêmir le sien.

Son plus agréable entretien Ne sont que rages , que furies , Que fantômes , que rêveries.

Dans l'horreur qu'elle a de son sort , Elle ne songe qu'à la mort j Souvent quelque horrible présage A ce cruel dessein l'engage.

Un jour, lâtant d'un vin nouveau , Ce vin se convertit en eau :

Sa tasse, qu'elle avait rincée, Fut d'elle en colère cassée :

Car tant plus elle la lavait , Tant plus sale elle la trouvait.

Un jour urinant , pauvre Élise !

Elle urina dans sa chemise.

Buvant dans un vase émaillé , Son vin devint du sang caillé , Elle s'en rougit la mâchoire.

Et ne put achever de boire.

Un jour qu'elle sacrifiait.

Comme le grand Prêtre priait , Le bouc égorgé se réveille , Et mordit le prêtre à l'oreille , Dont il s'écria tout fâché; On doute si ce fut péché t

UTRI IV. m

Car on tient que la desiinéft Avait telle chose ordonnée.

Il s'écria donc^ reniant , £t son oreille maniant :

« Foin du bouc, du vœu salutaire , t De la guenon qui la fait faire , « Eât-elle au cœur ce fer plongé « Gomme Ta ce bouc égorgé.

La Reine y en guérison s'escrime , Prit un poumon de la victime, A plusieurs le nez en brida.

lie Prêtre d'abord en gronda , Et puis après, à cause d'elle, .

Tourna la chose en bagatelle.

Chaque jour il lui survenait Quelque chose qui l'étonnait.

Dont sa sœur n'eut jamais nouvelle »

Quoique confidente fidèle.

Un petit temple fort dévot , Que feu son mari , grand bigot , Respectait autant qu'une idole , Que souvent cette pauvre folle Ornait de fleurs et de festons , Et de blanches peaux de moutons ; Un jour qu'elle était toute seule Ce petit temple ouvrit la gueule.

Et le ton de voix imitant , De ce mari qu'elle aima tant, Il dît y faisant le Jérémie :

« Venez à moi , Didon , ma mie I »

Elle répondit sans couleur :

« Temple, vous me portez malheur. »

Souvent , durant la nuit obscure , Un oiseau de mauvais augure,

Nommé chat-huaat ou hibou ,

Concerte avec un gras matou ,

Et ces deux amis des ténèbres

Chantent mille chansons funèbres p

Et font des exclamations

Qui causent palpitations

A la pauvre Reine amoureuse ^

De son naturel fort peureuse.

Bien souvent ses gens étonnés

Lui vont mettre devant le nez

Une prédiction antique.

Qui dit en langage punique,

Qu'une pauvre Heine mourra

Pour un drôle qui s'enfuira.

Toutes les nuits qu'elle sommeille,

Quelque songe affreux la réveille;

Tantôt iEnéas apparaît

Qui la fuit et la méconnaît ,

Ou bien qui lui fait face à face

Une ridicule grimace.

Elle court après, il s'enfuit.

Puis elle se trouve la nuit

Toute seule en une campagne,

Sans que personne l'accompagne.

Elle siffle en paume les siens.

Elle huche ses Tyriens ,

Mais les incivils sont pour elle

Le chien de feu Jean de Nivelle :

Lors elle tremble, elle pâlit.

Et même elle humecte son lit.

On dit même toute autre chose,

Malpropre en vers tout comme en prose.

Comme des rats et des souris ,

Elle avait grand peur des esprits.

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