‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 68 sur 116 · LIVRE IV. 31Ô · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 31Ô

Il en fit au haut des montagnes, Dans les vallons , dans les campagnes , Dans les fleuves , dans les étangs, Dans les villes, çt dans les champs 5 Chacun dormait dans Trébizonde, Plus de cent milles à la ronde, Dans Paris, Romcj enfin partout Notre horizon, de bout en bout.

Didon seule en notre hémisphère, Tandis que de la mort le frère , Doux frère d'une rude sœur, Enchante tout par sa douceur, Tandis que toute la nature Semble être dans la sépulture , Et que tout vivant paraît mort, Didon , dis-je, non plus ne dort Qu'un chat-huant dans les ténèbres.

Elle fait cent desseins funèbres, Et dit en soupirant tout haut.

Ces paroles , ou peu s'en faut :

« Ventre de moi, que deviendraî-je?

« Vers sire larbe, m'en îrai-jej « Le prier d'être mon mari?

« Le fat fera le renchéri , « Et me dira : Dieu vous assiste.

« M'en irai-je suivre à là piste « Sire ^néas dans son vaisseau ?

« Il me fera jeter dans l'eau ; ff Dieu sait avec quelle huée « Des soldats je serai jouée, « Puisque tel maître , tel valet.

« Ah! c'est un étrange poulet, « Qui ne vaut pas qu'on le regarde :

t De telles gens le Ciel nous garde !

330 L'ÉNÉlDiS TRAY£iîTI£.

« Tout ici bas s'en va gale

« Faute d'honneur et loyauté;

« Mais je veux bien que j'y consente,

A Que j'aille comme une innocente

« Lui dire : revenez à moi.

« Il ferait trop du quant à moi ^

« Il me ferait couper ma jupe ;

« Ma foi , je ne suis pas si dupe !

« 11 vaut bien mieux s'en ressentir,

« Désolée infante de Tyr,

« De l'amour qui te rend si hâve,

« Serais-tu tellement esdave,

« Et manquerais-tu tant de cœur,

« Que d'aller trouver ce moqueur ,

« Le prier de te faire grâce ?

« Souvieos-toi plutôt de sa racej

« Souviens-toi de Laomédon ,

« Trop crédule dame Didon :

« Va-t'en plutôt à main armée,

« De ton désespoir animée,

« Fondre, avec tous tes Tyriens ,

« Sur Énée , et sur ses Troyens.

« Hélas! qa'est-ce que je veux faire

« Contre un si vaillant adversaire?

« Ses gens frappent comme des sourds,

« Loups, dogues, lions, tigres, ours;

« Ta nation lâche et perfide

« Voudrait-elle suivre son guide?

« J'eus peine à les faire partir

« Lorsque je me*sauvai de Tyr ;

« Et cette maudite canaille

« N'allant pas pour faire ripaille,

« Mais courir hasard du trépas,

« Reviendait bicniôt sur ses pas.

UYRU IV. 331

« Ils iront la télé baissée »

tt Mais leur colère étant passée ,

« Ils à'en reviendront tout ainsi

<i Que Ton a fait à Juvisi.

« Ah ! pluiôt, reine malheureuse!

« Sans faire tant de la pleureuse»

« Va te pendre sans hésiter.

« Il n*est plus temps de se flatter»

« Toute espérance étant perdue.

n Tu plairas peut-être pendue Y

« Les hommes ont d*étranges goûts,

« Et les grands seigneurs plus que tous.

« Qu'est-ce donc que tu veux attendre? .

« Encore une fois, va te pendre j

« Tu te pendras fort justement.

« Quand on s*est pendue un moment ,

« On ne veut plus faire autre chose.

c< Et toi, de mon malheur la cause,

« Sœur Anne, qui me le peignis

« Aussi charmant qu*un Adonis ,

« Et qui» de mes larmes touchée ».

c Me rendis si fort débauchée»

« Que les poêles en diront

« Peut-être plus qu'ils ne sauront;

• Je ne me verrais pas moquée »

« Ni comme une sotte escroquée »

« Si j'avais suivi ma raison ,

c< Et moins cru mon échauffaison.

« J'aurais observé mon veuvage »

« Sans faire un second mariage.

« J'aurais sans reproche vécu y

a Et l'amour je n*eus pas vaincu

« De feu Sichseus, mon pauvre homme : .

« Toutes les fuis que je le nomme ,

éSl L'ÉNÉIDE TRAVESTIE.

t Je sens mon cœur lendrifter ,

« Et mes yeux humidifier. j

t 0 que te Voilà difikmée ,

« Reine , d'un grand prince affamée !

« Et que ce lâche suborneur

« Te coûte et de gloire et d'honneur!

« Tu serais bien plus fortunée ,

« Si tu n'étais point femme née ,

« Mais bien plutôt chienne , ou guenon ,

• Ou bien brebis galeuse, ou non. »

Tandîsque sur celte matière Elle passe la nuit entière , S en llrenant même aux innocents , Énée avec tous ses cinq sens , Dans sa nef paisiblement ronfle , Attendant que le bon vent gonfle Les voiles de chanvre , ou de lin.

Comme ce prince peu malin , , Et qui jamais ne l'eût laissée Sans une affaire bien pressée, Dans son vaisseau fhisait dodo , Sans songer à dame Dido ; Le Dieu Mercure vint en songe Et ceci n'est point un mensonge, Car moi qui vous parle , Scarron , Je le tiens de maître Maron ; Je dis donc que le Dieu Mercure , Comme on le voit en sa peinture , Avec un bonnet à l'Anglois, Un beau baudrier de chamois , Auquel pendille une écarcine ; En sa main droite une houssine Oîi deux gros serpents émaillés Sont l'un dans l'autre entortillés ,

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