‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 86 sur 116 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Et n'eut recours qu'à la parade.

L'aulre , gourmadie sur gourmade ,

Vous le pousse de coin en coin.

Et l'assomme de coups de poing;

Les coups tombent dru comme grêle ^

Darës a peur qu'on ne lui fêle

L'habitacle de la raison ,

Quoiqu'il en ait moins qu'un oison :

Il est prêt de demander lettre ,

Né sachant en quel lieu se mettre

A couvert d'un ceste si lourd ^

Le vieil Entelle fait le sourd,

Travaillant sur lui de plus belle «

A donner jour à sa cervelle.

Darès était tout essoufflé ,

Le visage de coups enflé ,

Près de donner du nez en terre ,

Quand iEnéas vint à grande erre

Se mettre entre les combattants»

Certes il y vint bien à temps ;

Car de la première taloche »

Sur estomac^ ou sur caboche»

Darès allait être achevé ;

Le poing était déjà levé »

Quand ^néas avec Aceste,

De ce rude joueur de ceste ,

Qui ne faisait point de quartier.

Vinrent le cœur dulcifier.

• Daignez ne passer pas plus outre»

« Homme au poing lourd comme une poutrt ;

« Une autre fois , notre Darès

« N'approchera pas de si près,

« Un de qui les coups peuvent moudre

« Une roche, et la mellre en poudre ,

asi L'ÉNÊIDE TRAVESTIE.

« Et par qui serait assommé , « Un éléphant , fut- il armé. »

A ces mois le donne-gourmadc Devint doux comme cassonade , Tant iEnéas eut de crédit, c Soit fait comme vous avez dît, c Et la noise soit terminée, • Dit Enteilus. Lors maître Énée Devers le battu se tournant , Sur pieds à peine se tenant , Il lui fit, si j'en ai mémoire, Cette leçon consolaloire, Le soutenant de ses deux bras :

« Il fallait , mauvais fier-à-bras , « Il fallait connaître son homme , « Devant que de s'y frotter, comme « Vous avez fait contre celui

• Qui vous détruisait aujourd'hui , c S'il n'était aussi débonnaire,

« Qu'il est invincible adversaire.

« Ne sentiez-vous pas en sa main

• Quelque chose de plus qu'humain , « Et que quelque Dieu le protège?

« Allez, mon beau gourraeur de neige, « Vous faire vilemçnt panser, « El tâchez de n'y plus penser. »

A ce discours, le pauvre drôle.

Le chef tout penchant sur l'épaule, Les yeux pochés au beurre noir, Lui dit tout bas : Jusqu'au revoir.

Il n'en put dire davantage , Et même n'eut pas le courage De porter la main à ses dents , Pour voir s'il en restait dedans.

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