UVRE I. M
Lors diacun se met en besoigne.
Chacun quelqu*instrument empoigne \
Pour travailler pour le festin. . ' '\|
Tous réjouis d'un tel butin, .'V
Les uns de leur peau les dépouillent.
Et les autres dans leur corps fouillent ,;
En tirent tripes et boyaux » ' , "
Les laveut en deux ou trois eaux / ' ' ^
Puis en font de grosses saucisses.
S'ils avaient jusqu'à des épices , '
Puisque Virgile n'en dit mot,
Qui 9 coiâme on sait , n'est pas un sot'^'
Noble et discret Lecteur vous plaise
Permettre aussi que je m'en taise. /
Retournons à nos cuisiniers :
Après avoir mis par quartiers,
Par aloyaux et charbonnées, ,
Ces sept bêtes assassinées, . '
Ils mirent la viande au feu ;
Puis, l'un trop cuit, l'autre trop j^eu.
Couchés sur la belle verdure , ' '
Ils en firent déconfiture;
Et se remplirent à foison .
De vin vieux et de venaison.
Si bien burent, si bien mangèrent ' \
Que la plupart s*en dévoyèrent j .
Enfin, après avoir dîné
Jusqu'à vemre déboulonné, '. '
Ils se mirent à tue-tôle , ' ''
À discourir sur la tempête. ' *' *
L'un pleure Cloanihe, et Lycus,
L'autre Gyas, Tauire Amycus^ . '/ '
L'autre à son compagnoa raconte .
Comme quoi se perdit Oronte.
n L'ENÉIDE TRAVESTIE.
Ils auront gagné quelques ports.
Us ne sont pas encore morts , *
Disent quelques-uns ; quelques autres '
Disent pour eux leurs patenôires...
On n'eût pas ouï Dieu tonner,
A répondre et questionner.
Tant ils faisaient de bruit ensemble.
Cependant le Dieu sous qui tremblé La voûte du haut firmament^* Comme il agit incessamment , Au travers d'un châssis de verre Jetait les yeux dessus la terre, Regardant si tout allait bien En son royaume terrénien.
Comme il visitait la Libye, La mère d'^néas le pie *
Ou pour mieux dire le pieux, ' Le cœur triste et la larme aux yeux, Lui tint à peu près ce langage , Après avoir, comme très-sage.
Avec grande crainte et respect* Dit par trois fois salamàlec :
Grand roi qui faites sur la terré Tant de si beaux coups de tonnerre, Et qui tenez dedans vos màlhs^ Le bien et le mal de& bumains; ' Qu'a fait à votre seigneurie Le pauvre iEnéas, je vous prie?
Qu'ont fait les pauvres Phrygiens Que vous traitez comme des chiens?
Errer de contrée en contrée.
N'avoir en nulle part entrée , Souffrir partout mille travaux ^ Etre poiirsuîvîs des prévôts i ' |
UVHPL S»
c Comme s'ils étaien); dos Bohèmes J « Sont-ce là ces tijocheurs extrêmes, ff Et les biens qu*PQ leur a promis ? ' « Est-ce là les traiter d'amis ?
« D'iEnéas , de ce galant homme t Devait t^nt venir cette Rpme , « Dont te Destin, a fait partout « Ceot eputes à dormir debout.
t A ^ paiiyrQS bannis de Troie . , « (Diegl 4<ie j'en ai pleuré dej^o^ie,^ « Hais maintenant pour un j^élit : ^ c J'en pleurer;^is J>ien de à.éifiU) t Vous Aviez promis un asile ' f « Si si^r, que leii^ superbe ville . ^ -, « Qu'a mi^.en (eu le Grec ya(n^ue^r, « Ne leur dç^vait tenir au cœur. , « Des deso^ndaivts du jeune iule « Devs^it vfiûir ce grand Rqipul^^ , « Tous ces benoîts Pères conscripis.
« A la barbe longue» ait ppil g[ri§ :. « La . motion si çî^ère à l'oi^ . . ^ , « Qui las^uyîi.des feMXsdejqp ,-.,,, ^ « Qui devait établir ses^loÂs j^. .^ , « Sur rindien et ,suf yfy.n§iQ\&j^ . ^ « Et se rendre en^a.par 1^ ,|[l^çriçfL « Maîtresse de tçjne la tfU'çe?^ ...
« Mais c!est aqtant. pour Iç brpdçuV..; « Le Destin .est 1j^ vrai, naç^niçvir,..^ ' « fit ypus, mon très-révér^d {(p^Cj, « Efl q^i mon jÇJis^ en , vain espère ,, ^ « Je vpis bien que le plu^ çouyeo^ .
« Voi^s jie prpmeittez que du vent. ^ t Qui i^'eût cri^ sur votre parole, j . A n^ipins q^e i^^ p/as^er'^ppur fôllç ;
24 UÉNÊIDE TRAVESTIE.
« Que suivaDt l'arrêt do Destiil -^ > « Il aurait le pays latin? • "
« Mais cette région promise « - ' « Après remise sur remise» î >
« A la fin du compte sera « Le diable qui remportera.
tt Au lieu de ces belles conquèies^ ' '' « Sur mer il n'aura que tempêtes, - » « Sur terre il n'anm que des ooo^;' " « A tout cela que ferions-nous, « Sinon le prendre en patience, ' « Qui, comme on dit, passe science ?> • Puisque gens à mal foire nés '^ « Vous mènent ainsi par le nés, « Vous devriez les foire pendre ; • > > « Si vous saviez aussi bien rendre ' « La justice , que vous savez "
« Pardonner aux gens dépravés. ' ' " « Anténor sans tirer répée, ' ''
« Après l'avoir belle échappée » - (' Aussi bien que mon pauvre fils, ^ « Suivi de ses gens déconfits , « A traversé l'Esclavottie , « Et son heureuse colonie , ' '
« Près du pays où ï'Éridan • "
« Rend son tribut àf TOcéan ^ ' ' / i A bien et beau fondé Padôtié. " « A tous ses voisins foit la moue*, ^ " « Et leur montre fort bien les dénis ' « Alors qu'ils font trop tes feniiafnts:' « Il est là qui rogne et qui taille, ^^ « Qui chasse, qui boit, et qui rai He, « Enfin qui foit ce qu*il lui plaît « On sait pourtant bien ce qu'il est :
LIVKE 1. '55
tt On sait bien qne ce n'e$t qu'un traître. « Et mon fils ayant i'honnt^ur d'être « Parent de la plupart des Dieux»
« Mon fils, qu'on nomme le pieui^^ « A perdu vaisseaux et bagage; « A mis tous ses habits en gage; '
0 Se voit des uns vilipendé, « Des autres grondé , gourmande : '« « Tout cela par je ne sais quelle »
« Qui parce qu'on me trouvé belle , * « Dit partout que je ne vaux rien...
« Grâce à Dieu Ton me connaît bien.
« Si ce n*est qu'il y va du Vôtre « Et qui toque l'un » toque l'autre , ^ " « Je dirais tout ce que je sais...
Mais pour mieux faire je me tais. » ' Elle en eût dit bien davantage; ' ' ' Mais la bonne dame de rage < ' ' Se mit tellement à pleurer, '^
A sangloter, à soupirer; ' '. ^
Enfin , fit tant de Tenragée ' "
Qu'il eut peur, la voyant changée, ' Qu'elle n'eût quelque diable au corps ; " Tout autre que lui Teàt cru lors.
Mais il se connaît trop en diable... '^ Or, comine II est très- pitoyable, Et quand il voit souffi'ir autrui , ' ' ' Qu'il souffre presque autant que lui, '' Ce grand Dieu se mit à sourire:
Il me semble avoir uuï dire . >
Que quand il rit tout en va mieux ' *' Sur mer, sur terre et dans les deux. • ' Ce Dieu donc, des Dieux le plus sage,' Se radoocissant le visage ,
SiB L'ENÉIDE TRAVESTIE.
Et la prenant sous le menton ,
Lui dit : « bon Dien ! que diraît-ôn , -
« Si Ton vous voyait ainsi faire?
« N'avez-vous pas honte de braite,
« Ainsi que la femme d'un veâii?
« Ah! vraiment, cela n'est paj^ bean !^
« Ne pleurez plus, la Cythéréé»^ *
« Et tenez ^ pour chose assurée, "
« Tout ce qu'a prédit le Destin .
« D'Enée et du pays latin.
« Vous le verrez bâtir muraille
« De brique et de pierre de taille»
« Et faire une Lavinium
a Qui vaudra bien son lliuin ,
« Et peut-être sera plus belle.
« Piiis le verrez sans échelle
« Un beau matin monter aux cieùx,
« Pour être un dé nos demi-Diepx.
« Hais sachez , s'il faut tout vous dire,
« Que pour établir son empire , ,
« 11 aura bien à dégainer^
« Et bien des combats à donner, ,
« Contre un peuple .fier et barbare,*
« Et qui frappe sans dire gare, , . j
« Hais si bien il escrimera , ,
« Que de tout à bout il viendra ;
« Et de fariouches comme bêtes
« En fera des gens fort bonnét,€§^
« Qui sauront faire compUpient^,.
« Et bien jouer des. instruments.
« Trois fois les prés auront des]l;K^])e^,.
« Et les jeunes guérets des gerb^,
« Et trois foi& durant trois hivers
« Ils seront de neige .couverts.