LIVRE I. J
Cela veut dire trois années Que toutes guerres terminées^ Et tous ses ennemis vaincus Par le tranchant de son malcus , U régnera, roi pacifique.
Et pour monsieur son fils unique Ascagne qu'on nomme Iuius,~ Qu'on nommait autrefois Ilus, Avant qullium la superbe Devint un champ brûlé sans herbe ^ Trente ans entiers il régira Lavinium qu'il quittera Pour faire une ville nouvelle Appelée Albe, sur laquelle D'Hector les généreux enfants Régneront durant trois cents ans.
Jusqu'à tant qu'une reine nonne Mette au monde sa race bessonne, Dont Mars le Dieu gladiateur.
Passera pour être Fauteur.
Et puis après son fils Romule A l'imitation d*Hercule »
Portant, au lieu de justaucorps»
Peau de louve , poil en dehors, Ramassera, par les villages, Tous les faiseurs de brigandages,.
Tous gens de dangereuses mains Desquels il fera les Romains.
Leur ville s'appellera Rome Du nom de ce tant honnête homme.
Je ne donne aucun temps préfix A ces enfants de votre fils, Pour le terme de leur empire.; n durera sans qu'il empire
« Jusqu'à tant que tout prenne fin. »
Amen , dit Vmiis, et Jupin
Reprit aussitôt la parole :
« Et pour JuDon qui fait la folle,
« Et se fait à quatre tenir, - '
« Vous la verrez bien revenir,
cr Après avoir bien fait la guerre ,
« Remué le ciel et la terre ,
« Et fait tous ses efforts en yaîn,
« Mettant de Teau dedans son vin ,
« De ces peuples qu'elle tourmente, '
« Elle se dira la servante,
« D'elle chéris autant et plus
« Qu*ils auront été mal voulus.
A Dans peu de temps Phihie et Mycène
« Aujourd'hui si fière et si vaine,
« Verra ses habitants vaincus ^
« Par les enfants d'Âssaraais^
« Aura même destin que Troie,
« Et des Romains sera la proie.
o Puis sur la terre reluira
« César, qui l'assujettira;
« L'Océan soufli*ira ses voiles,
^ Sa gloire ira jusqu'aux étoiles ,
« Et lui-même enfin y viendra.
c Lors son illustre nom sera
« Colloque dans la litanie.
« La discorde sera bannie ,
« Plus de guerres en l'univers ,
a Sinon en prose ou bien en vers ,
« Quand auteurs aux têtes mal faites ,
u Comme par exemple poëtes ,
« A grands coups de vera outrageants ,
« Apprêteront à rire aux geps.
LlVftE 1. sa
« Ea terre la foi retournée
« Et Vesta qui Ta rameoée,
a Réme , et son gfand fi ère Qairin,
« C'esl-à-dire en français Guérin* . .
« Donneront partout un tel ordre »
« Que personne n'y pourra mordrv.
« Du temple du Dieu double-firool .
« Les portes se condamneront*
« La fureur impie » et la rage ».
« Seront là prises comme en cage^ > . .
« Et s'useront toutes les dents
« A ronger du fer là-dedans. »
Jupiter seteécha la langMO, ,
A cette ennuyeuse harangue , Jusqu'à s'en enrouer la voix* Vénus en bâilla quatre fois.
Mais enfin il conclut la chose.
Dont l'auteur qui ces vers compose En son cœur le remercia.
Car si fort il s'en ennuya , Que deux fois 5 faute de courage» -., [ H pensa quitter là Tou vrage.
Jupiter donc quaod il lui plut.
Certes plus tard qu'il ne fatiut| Cessa de faire, le prophète.
Et Vénus, la dame coquette, Lui fit compliment là-dessus En termes éloquents conçus.
Lors il fit venir pour lui plaire Son fils, son courrier ordinaire, C'est son fils » ami du Destin , Qui sait parler grec et latin , Qui coupe si bien une bourse \ Qui de Téloquenee est la source ;
iO L'ENÉIDE TRAVESTIE.
Sait bien jouer des gobelets, Faire comédie ef ballets ; Inventenr de» dés ^ et des cartes ,, Des tourtes , poupelîns et tartes, Et pouf aeh^er son tableau , Sur le tout un peu damotseau»
Ce messager 9 prompt et fidèle , Gagne la terré à tire-d'aile, Envoyé vers dame Didon Par le grand mari de Junon.
Vous allez savoir tout à Theure Quelle est EHdon et sa denieiireu C'était pour adoucir les oœurs^ Et les barbaresques bmneurs De la nation tyrienne^ En faveur de la gent f royenne,, Jupiter ainsi faisant , prit Le dessein d^un homme d'6sprit.
Car si Didon mal informée D*Énée et de sa renonifâiée, De rinteBtîtfi> du I>estiài/ Et qu'il était cher à lapî« , Si , dis-je, cette dame Élise Ainsi que pauvres sans chemise Les eût chassés de sow état, Leur eût refusé tout à ptot Dans son pays une retraite; C'est une chose claire et nett^e Qu'elle eût lors à Jâ(iin rendu Un déplaisir non attend» ^ Dont elle aurait pu lui dépkii^e:
Mais elle leur fht débonnaire Jusqu'à, dit-on, faire en cela Tout ce qu'il faut , même au-^elà.