LIVRE ▼. . *il
« Ou bien , si voas me voulez crûfre » « Donnez à nos vaisseaux à boire ; « C'est ne ies obliger pas pen , « Car ils ont le corps tout en fea ; « Ou bien pour lûe rédaire en poudre, « Encore un coup Jouez du foudre. »
Aussitôt qu'.^néa5 eut dit^ Un déluge d'eau descendit ; Jamais on ne vit telle ondée; Une rivière débordée M'eût pas plus mouillé les vaisseau^ ^ . Que firent du ciel les canaux; On craignit de périr par pluie, ^néas quasi s'en ennuie , Quoiqu'un peu devant pour TavoÎT, Il eût donné tout son avoir.
Je passe les bardes mouillées^ Les robes de crotte souillées , Les chemins devenus ruisseaux ^ Pour vous dire que les vaisseaux y A mesure qu'ils s'humectèrent, A l'aide de l'eau résistèrent Au feu » qui l'eau si fort qràignit^ Quil s'enfuit, ou qu'il s'ételgpît.
De ces galères enûamraées, Hors quatre déjà consumées^ • Tout le reste qui demeura Facilement se répara.
Pour'la flanune ainsi déconfite, Maître ^néas ne fut pas quitte Du chagrin que lui fait avoir L'incertitude de savoir S'il doit se mettre encore en course, Pour trouver à ses maux ressource.
â$9 L'ÊNÊIDE TRAVESTIE.
Et pour obéir au Destin ,
Apprendre à bien parler lalin^
Ou si dans, rîle de Sicile,
Il choisira son domicile.
Cet embarras terriblement
Lui trouble tout l'entendement »
NautèSy de qui dame Minerve
Met souvent la cervelle en verve ,
Grand débrouillenr d*un cas obscur.
Et grand devineur du futur^
Et qui par dessus Tinlerprète
Tenait tant soit peu du poëte ,
Lui dit alors, tranchant le mot:
« yEnéas, vous éies un sot,
c II faut aller brusquer Fortune ;
« Et si pour nous elle a rancune ,
€ Il faut la vaincre en endurant':
« Les Dieux feront le demeurant.
€ Vous avez du conseil de reste
« En voire bon compère Acesle,
« Consultez-le amiablement;
« Il vous dira sincèrement
c Tout ce que là-dessus il pense,
« Comité un homme de conscience;
« Parlez-lui donc sans différer,
c Et vous amuser à pleurer :
« Pour moi , si vous me voulez croire,
« Je ferais faire un beau mémoire
« De ceux qui ne sont bons à rien ,
« Et retenant les gens de bien ,
c Je ferais bâtir une ville
« En quelque canton de Sicile^
« Où je laisserais les truands,
« Et tous les esprits remuants ,
« Qui ne sont bons qu'à ne rien. faire.» .]
c Obéir mal , et toujours braire ;
« Les enfonts, les femmes sans dents « •
« Les malades , les vieilles gens,
« Bref, toutes personnes oiseuses ,
« Ainsi que des brebis galeuses. i
« Le cher Acestès régira
« La canaille qu'on laissera.
« Une ville , Acesle nommée,
« De bonnes murailles fermée ^=
« Sera désormais le taudis .
« De ces fainéants engourdis:
« Et pour vous, brave fils d'Arnsbl^»' 1
« De toRis ceux qui seront de uà90^ .
« Qui sauront des mieux fourrfligj^» ,. i
« Les villageois faire enrager, * •'.
« Piller maisons , brûler villages A
« Faire serments de tous étages^
« De ceux-là , xJis-je, vous serez ./.
« Le chef, et vous les mènerez i
« Guerroyer les peuples du Trbre f
« Rivière de petit calibre i *: . : '
« Mais qui lorgnera de travers .h »
« Tous les fleuves de l'univers, . . •
« Et sur eux , et sur leurs naei^llps i h
« Aura droit d'imposer gabelle,
« Et de les traiter de ruisseaux , , « ^
« Quoique portant de grands bateaux ?
Là finit le maître prophète, Un flegme entrant eu sa luette, : « L'empêchant de continuer, El le faisant éternuer. .; ^
Mais pour tout cela mattre Énëe^ : * Se tourmente en âme damnée,
' m L'ÉNÉDX^nLÂYESTIE.
Et n^èii a pas moins d'embarras^:
Il se mît en ses sales draps , Lorsqae la naît la claire brone»
Poar bien faire honnear à la lane 5 Du ciel son frère avait chassé* L*esprit donc bien embarrassé.
Et se repaissant de chimères »
Anchise, le meilleur des pères »
Le vint voir en habit décent ^ Car son brave fils connaissastf Et sachant bien que le fantftoM Loi causait aisément symptôme , Etqu'ooCpe les rats et souris Il craignait bien fort les esprits } Et que» lors étant d'humeur SMSbra, S'il fïht venu fiiit comme une ombre.
Et contrefeiisant le hibou , iEnéas fût devenu fou -, Au sortir de la cheminée , Il dit: Dieu vous gard, maître Éaéel Énée en son lit s'enfonça , Où de frayeur même il pissa ^ Comme en vision repentine OrdiDairement on urine, Anchise lui cria : « Tout beau , « iEnéas, retenez votre eau, « Et tordez bien votre chemise, « le suis votre bon père Anchfte i « Pour vous avoir trop bien traité»
« Je vous ai fait enfant gâté.
« Jupiter, qui par un orage , « A fini du feu le ravage , « M'a soigneusement envoyé, « Pour, dans votre esprit dévoyé ,