‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 93 sur 116 · LIVRE y. Ma · texte numérisé non relu

LIVRE y. Ma

Qu'on nomma depuis talemouse, Ainsi que pédants plus de douze Ont écrit, je ne sais comment.

En un certain peiit Comment.

Cette offrande fut présentée A Vesta, Déesse édentée ; Car elle a bien quatre mille ans.

Ou cinq mille, si je ne mens.

Ayant ainsi fait son offrande^ Et chanté certaine légende, 11 chercha ses gems à grands pas.

Qui d'abord ne ie crurent pas.

Mais quand un homme d'hoonenr jure^ 11 faut avoir l'âme bien dure , Pour ne croire pas son serment.

Ne fût-ce que par compliment.

Ils le crurent donc, comme Aceste , Que la volonté manifeste Des grands Dieux rendit si soumis, Qu'il promit tout à ses amis.

Sans s'amuser à la moutarde, Le bon maître ^Enéas n'eut garde '

De laisser ses gens refroidir :

11 fit les fainéants choisir.

Les Dames, et les inutiles, A qui la demeure des villes Plaisait plus que celle des nefs, Des tentes, pavillons et trefs ; Enfin ceux qui font bonne chère Se plaisaient fort à ne rien faire.

Il retint avec lui les gens , Qu'il connut être diligents.

Durs au travail , dutts à cômbattref Dont un seul en eût battu quatre ;

/Ht L'ÉNÉIDË TIUV£STIE.

Petits en nombre , mais d'uQ cœur Grand y et de tous périls vainqueur.

Puis les nefs furent réparées^ De nouveaux taflRatas parées , De neufs avirons , et de mâts , Bref, refaites de haut en bas.

^oéas , gentil personnage.

Qui savait jusqu'à Tarpentage, Et qui y quand il ne Tei^ pas^su, En eût tout le secret conçu Bientôt , telle éuit sa mémoire , Que moi-même j*ai peine à croire »

Tons les départements marqua, Deux bœufs traînant un soc piqttfi> Gela veut dire une diarrue, Désigna mainte place 9 et rue, Place à vendre , place à louer ; Un ample tripot poor jouer , Place à l'écart pour concubiae&.

Et de fort superbes latrines.

Acestès tout encouragé De se voir en prince éri^é , Fit des lois bonnes ou mauvataet^ Et créa des porteurs de diaises \ Et puis sur le mont Éricin , k Vénus fille du Destin , On fit un temple magnifique 9 Moitié moellon , et moitié brique ; Et pour Anchise au tond^eau mi 5 Un brave prfitre fut commis Pour psalmodier, et pour faire Brûler sans cesse un luminaire; Outre un bois 4]u'on sanctiia , Qu'au même Ajicbtse on dédia.

UVRE V. k%$

^néas se mit en débauche, Tables à droit , tables à gauche , Neuf jours durant on festina , El les autels on couronna ; Lors la mer eut la face gaie »

Le vent Auster qui la balaie ^ Se reposant sans dire mot»

Et sans enfler le moindre flot.

Comme il n'est l^nne compagnie > Qui ne soit enfin désunie , Il fallut au départ songer.

Et lors ce fut pour enrager.

Toute cette troupe effarée , Qui devant craignait la noarée , >

Ces rôtisseuses de vaisseaux , )

Pleurèrent alors comme veaux y Je devais dire comme vaches :

Les fainéants, et les gavaches.

Voyant qu'on les laissait ainsi :

Voulaient monter en mer aussi.

Énée avec douces paroles , Y mêlant quelques paraboles, Parfois se mettait à pleurer, Puis riait pour les assurer :

Les bonnes gens pour lui complaire, Faisaient comme ils lui voyaient fmwé; t Tantôt riaient, tantôt pleuraient, Sans savoir ce qu'ils désiraient) Énée et sa sagesse extrême Ne le savait pas bien lui^méfiie. '

Enfin tous ces gémissements Finirent par embrassements , Et serviteur, et moi le vôtre.

Qui se firent de part et d'autre. }

Aceste promit qa'll aurait

Grand soin de ceux qu'on laisserait.

On fit égorger quelques bétes ,

Une brebis pour les tempêtes ,

Et pour Érix le Fier-à-bras ,

Trois veaux qui n'étaient pas trop gras.

On fit embarquer tout le monde.

On tira les ancres de Tonde.

Quand un chacun fut embarqué ,

iEnéas s'étant colloque

A la proue , assis à son aise ,

Sur une malle, au lieu de chaise»

De verle olive couronné ,

Un pot de vin lui fut donné 9

Qu'il versa dans les eaux salées;

Des quatre bétes immolées ,

Les entrailles il répandit

Dans l'eau , qui point ne tes rendit»

Et qui sans doute en fit curée

Aux braves filles de Nérée.

A peine avait-il achevé»

Qu'un petit vent s'étant levé»

Les rames d'un temps se haussèrent»

Dans l'eau de la mer se saucèrent »

Et se sauçant » et dessauçant»

Le rivage allèrent laissant.

D'où les yeux longtemps les suivirent»

Et maints bonnes gens les bénirent.

Lors Vénus songeant à son fa|t »

S'ajusta de maint attifet • Et s'en alla trouver Neptune En une heure fort opportune; Car rien alors il ne faisait»

Et tout bonnement s^amusait.

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