‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 94 sur 116 · LIVRE V. â2l · texte numérisé non relu

LIVRE V. â2l

La meréiani calme pour l'heare,

Faute d'amusoire meilleure ,

A faire en mer des ricochets ,

Un Triton avec des crochets

£t quelquefois avec ses pattes

Lui déroquait des pierres plates

D'un rocher assis près de là.

Qui ne servait rien qu'à cela.

Voyant la céleste carogne ^

Il abandonna sa besogne ,

Et reboutonna son pourpoint :

« Mon Dieu 9 ne vous détournez point

« De cet agréable exercice , »

Dit des guenons l'impératrice ,

D'un ton de voix doux comme un luth ,

Après un gracieux salut.

Ainsi parla le roi de l'onde :

« Je ne saurais pas bien mon monde ,

« Et je manquerais d'entre-gent,

« Quand je recevrais de l'argent ,

« Si je ne laissais mon ouvrage ,

« Lorsque dame de mon lignage ,

« Et que j'aime d'affection ,

« M'honore de sa vision.

« Quel bon vent ici vous amène? »

« De Junon l'implucable haine ,

Lui dit-elle y qui depuis peu

« A mis toute la flotte en feu ,

« De mon fils, et dans sa boutade,

« De mon fils même eut fait grillade,

« S'il n'était homme à quereller

« Quiconque le voudrait brûler.

« Chacun en notre cour céleste

« I^ hait et fuit comme la peste ;

H23 Ï/ÉNÉIDK TRAVESTIE.

« Et si JupUer faisait bien »

« Il l'étrilleraU comme un chien!

« Aussi bien , ce n'est qu'une chienne.

« Le sac de la ville Troyenne ,

« Le temps, qui remédie à tout,

9 N*a point mis sa rancune à bout ;

« Des lois du Sort la dame fière

« Se torche souvent le derrière.

n Mais hélas ! vous la connaissez ,

« Ses faits la découvrent assez.

« L'autr« jour dans la mer Libyque ,

« Ce bon corps à faire relique,

« Des vents contre nous se servit ^

« Mais votre Altesse qui le vit ,

« Sans savon lava bien les têtes

« De ces excîteurs de tempêtes ,

0 Et renvoya tous ces vantards

« Aussi penauts que des cornards,

« Qui de leurs femmes éventées,

« Dans les lettres interceptées,

« Trouvent en termes non obscurs , ^

« Qu'ils ont les angles du front durs.

« N'ayant rien fait par la tempête,

« Elle a voulu, la maie bête,

« Achever la flotte par feu ,

« Et vraiment s'en a fallu peu ,

« Si son mari par une ondée ,

« Fâché que la dévergondée

« Nous vînt ainsi persécuter,

« N'eût fait le dessein avorter.

« Sa haine étant sj manifeste,

« Au peu de vaisseaux qui nous reste »

« Malgré son injuste courroux»

« Accordez un temps calme et douXi

LiviiJE V. éié

€ Et faites que sur voire eûjpîré « Règne seulement le Zéphyre ; « Et pour les fougueux Aquilons, « Chassez-les-moi comme félons , « De qui les mauvaises haleines « Causent mille morts inhumaines , « Et tant de gens ont déconfits ; « En un mot, faites que mon fils , « Sans qu'aucun malheur le poursuite, , « Sain et sauf sur le Tibre arrive.

« La mémoire , à proportion « De si grande obligation , « Je garderai , foi de Déesse, »

« Vous êtes sur la mer maîtresse , Dit Neptune, avecque raison 5 « C*est yùlte première maison :

« Comme en étant originaire, « Yoas y pouvez tout dire et faire.

« J'ai souvent traité de gredins , « De séditieux , de badins , « Les vents dont vous craignez l'haleine | « Ne vous en mettez point en peine , « J'aurai soin de votre fanfan k Comme une biche de son faon.

« J'atteste et Simoïs et Xanthe, « Alors que la dextre vaillante « D* Achille, fit dessus leurs bords y « De corps vivants , force corps morts. « Ce grand funfaron d'Éacide « Fut alors si grand homicide , « Si cruel et si scandaleux , « Qu'Agamemnon en fut honteux :

« Votre fils durant la mêlée , <f A ce vaillant fils de Pelée

Ayant osé, comme un follet, Prêter fortement le collet :

L'autre , outre la faveur céleste , Qui lors paraissait manifeste , Et qui le rendait tant allier.

Qu'il ne faisait point de quartier.

Ayant un notable avantage.

Quoique égaux peut-être en courage , Comme il allait exterminer Votre iEnéas , pour détourner Ce malheur qui vous eut gâtée.

Ayant une nue empruntée , Je sus à propos le cacher ; Et lors Achille eut beau chercher.

Il n'en trouva ni vent , ni voie; Et pourtant , en ce temps-là , Troie M'était un pays odieux ; Mais je le fis pour vos beaux yeux , Et je ferais bien davantage.

Maître iEnéas aura passage.

Et pour entrer et pour sortir, Dans l'Enfer, sans y rien pâtir.

Il faudra, perdu dans un gouffre, Qu'un seul pour tous les autres souffre, « Que vainement on cherchera ; « Un seul pour plusieurs payera :

« Mais que votre Altesse divine « N'en fasse pas plus maigre mine, •< Et n*en ait pas l'esprit fâché , « C'est être quitte à bon marché. »

Ayant par si belle promesse Remis l'esprit de la Déesse, A son char gisant près de là , Le bon Roi des (lois altcla,

Non des dauphins, comme l'on pense»

Mais, selon loute vraisemblance,

Deux bippopoiames dressés ,

De qui les crins élaient iressés ;

Et puis sur la campagne humide .

Poussa son char à toute bride.

Sitôt qu'il parut sur la mer»

Ce fut aux flots de, se calmer,

Tous les vents plièrent bagage»

De même que fit tout nuage; ,

Enfin en mer tout fut changé.

Le bon seigneur fut cortège

De maints monstres à face fière»

Qui sortirent tête première» '\ . '

A chevauchons sur marsouins^

Jamais on ne vit tels grouins «

Ni de plus étranges visages :

Des baleines de tous corsages , ; !

Seringuant de.lat'ges ruissçaia ,

Par les canaux de leurs m.useajaKtf

Marchaient en fort belle ordonaanç^v .- i

Et gardant bonne contenance.

Glauque. en tête de son troupeau*

En coquille > au lieu de bateau » ; ,

Enflant et Tune et l'autre joue ,

D*une conque marine joue; ;

L'héritier d'Ino, Palémon»

Chevauchait un fort beau saumon ;

Six grosses huilres à 1 écaille,

En un char couvert de rocaille.

Traînaient un très-ancien Triton,

Qui donnait aux autres le ion

D*une coquille recourbée;

Sa face était loute plombée^

d26 L'ÉiNÉlDE TRAVESTIE.

Du tr^ graûd effort qu'il faisait.

PborqÀ^ un escadron conduisait, Monté sur duuphîns, dont la queae.

Se retroussait sur Tonde bleue.

Thétis à la main gauche était.

Qu'une grosse sole portait ; Dame Mély te était juchée Sur une raie empanachée ; Et Panopée en un traîneau Tiré par un gros maquereau , Paraissait eh Traie épousée.

Un esturgeon portait Nisée , Un chevaKér marin , Spio , Et Thalie, une poule d'eau ; Et Cymodécé la dernière Montait un oSseiu de rivière.

Telle fut là procession De Taqua tique nation.

^néas teyant la bonàce , Fit un» (Certaine grimace , Qu'il MMft ordinairement , Quand il avait contentement De quek(Ué aflkire bien douteuse.

La flotte ae fut pas oi&euse A proGtep du temps serein ^ Les vaisseaux allèrent bon train :

Quand on eut mis toutes les voiles ,

Le vent s*0ngou8i*ant dans les tbîMs,

Donne le loi^(r aux fbrç^iti

De reposer leurs membres las.

Palinura le bod pilote

Vogue à la tête de la flotte ;

S'il tourne à gauche , ou bien à rffoît ,

Chacun le. suit, chacun le croît.

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