‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 174 sur 227 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Et rétablir notre Ilium En élevant Lavinium.

Pour moi, je vais, dans une bière, Faire, par mon hospitalière, I mballer le corps de Pallas, Pour l'envoyer, tout de ce pas, Au bonhomme son père Évandre, Qui de douleur pourra se pendre, Ou du moins gagner un transport, Quand il verra son seul fils mort, Mais, mort dans le lit de la gloire, Ayant ébauché la victoire Que nous venons de remporter.

Mais comme je dois raconter Par écrit cette noble histoire (Qu'à grande peine on pourra croire\ Et l'envoyer dans ce moment, Je vous quitte sans compliment. »

Ce qu'il ne put dire sans braire Et sans mouiller son luminaire :

Ce fait ne paraît pas nouveau, Aquatique étant son cerveau.

Notre fils d'Anchise chemine, Faisant toujours piteuse mine, A la porte où Pallas étoit, Et qu'Acète le vieux gardoit.

Cet Acète, écuyer d'Évandre (Ce qu'il est bon de vous apprendre, Même nécessaire en ce cas), Avoit élevé ce Pallas Depuis qu'il quitta la bavette Jusqu'à ce qu'il fût fait cornette ; Alors on le fit, par honneur, Son écuyer, de gouverneur.

Près du défunt, non dans la joie, Paroissoient les dames de Troie, La larme à l'œil ou le mouchoir, Pour étaler le désespoir Ou pour pleurer à la sourdine, Du moins pour en faire la mine, Car la femme en ce monde ici Pleure quand on veut, Dieu merci.

Elles étoient échevelées, Faisoient des mieux les désolées ; Grimaces ne manquèrent pas, Suite ordinaire du trépas.

On vit aussi le domestique

De l'infortuné fils unique Autour du corps en sanglotant, Force prières récitant, En se meurtrissant la poitrine, De voir trébucher la cuisine.

On entendoit des cris affreux Poussés par des estomacs creux, Qui se répandoient dans les rues Kl s'alloient perdre dans les nues.

yEneas prit le goupillon Pour l'arroser à sa façon, Et, dans cette action célèbre, Il lit une oraison funèbre A peu près dans ce sens ici, Que je rapporte en raccourci, Pour captiver la bienveillance De mon attentive audience :

«Jeu ne guerrier, mais malheureux , Qui n'eus jamais le cul breneux, Dit-il, le cœur plein de tristesse, Je regrette fort ta jeunesse, Ta bravoure aussi, ce grand cœur, Que tu perds dans le lit d'honneur.

Faut-il te voir quitter la vie, Quand je dois régir l'Italie, Commander aux Italiens, Les tenir tous dans mes liens, Les élever à la brochette Et les gouverner à baguette ?

Tu devois retourner vainqueur Chez Évandre, que la douleur Va suffoquer, voyant la bicre Où cette Parque meurtrière, En tranchant le fil de tes jours, Vient de t'enfermer pour toujours.

11 va dire que je l'enjôle, Ayant juré sur ma parole De te renvoyer sauf et sain Te ravitailler dans son sein.

Ce coup fâcheux me désespère, Je plains le fils, je plains le père, L'un et l'autre me font pleurer ; Mais pourquoi se désespérer?

Tu n'es pas mort comme un infâme; D'ailleurs, je jure sur mon âme Que je vengerai cette mort.

S'il plaît à monseigneur le Sort.

J'y perds le pins, au bout du compte, Je le dis à ma propre honte :

Mon cher petit Ascagne et moi, Nous perdons tous de bonne foi. »

Après ces douloureuses plaintes, Il prit ses armes de sang teintes, Les saupoudra, puis les baisa, Les sauça, même ressauça Dans la bedaine ou dans la panse De ce défunt tyran Mézence.

Pour accompagner le convoi, Mille soldats de bon aloi, Charmés de revoir l'Étrurie Et d'éviter telle tuerie, Furent commandés sur-le-champ Parmi les plus lestes du camp.

Son corps fut mis dans des orties Par deux mères des Repenties, Crainte de putréfaction ; Après on vint à l'onction Avec du baume d'Arabie, Peut-être de Fontarabie, Peut-être étoit-il du Pérou ; Ma foi je ne sais pas bien d'où.

Pour finir la cérémonie Dont iGneas souffre agonie, Il fit apporter deux habits, L'un de pourpre, l'autre de gris, Tous deux de belle tiretaine, Que Didon avoit pris la peine De broder de sa belle main, Quand l'Amour, d'un trait assassin, Lui mit dans le cœur flamme ardente Dont elle ne fut pas contente, Et dont elle se désola, Jusque-là qu'elle s'en brûla.

Le triste lîls de la Déesse A belle cuisse, à blanche fesse, De son ami para le corps De l'un de ses deux justaucorps, De la culotte, de la veste, L'assortissant de tout le reste Comme de bas et de souliers, De bottes neuves, d'élrier», D'uu beau casque et de son aigrette, D'une lance et d'une lancette, D'un magnifique baudrier,

D'un ^rand sabre et d'un bouclier, D'une cuirasse à cotte d'armes, Enfin de toute sorte d'armes Que lui portoient les officiers D'un escadron de cuirassiers.

Après qu'on eut battu la marche,:

Tout le convoi se mit en marche, Marchant en ordre à petit bruit, Avec des flambeaux pour la nuit.

Tous les soldats fondoient en larmes, Portant tous à rebours leurs armes; Même Maron nous dit ici Que son cheval pleuroit aussi, Cet A ton, cheval de bataille, Qui, dans la plaine et la broussaille, Dans les bois et dans les buissons, Dans les marais et sur les monts, Dans la paix comme dans la guerre, IVavoit pas son pair sur la terre.

Trmte chevaux des moins rétifs, Avec cent trente-deux captifs Pris d;ms différentes batailles, Accompagnoient ces funérailles, Marchant poings liés sur le dos, Deux à deux, et le reste en gros.

Des soldats, au bout de leurs piques, Portoient les marques héroïques Des ennemis morts de sa main, Pont les noms, par un écrivain, Écrits en très-gros caractère, Chacun selon son baptistère, Sur leurs armes se fai&oient voir.

Douze tambours drapés de noir, Quatre trompettes, deux timbales, Portoient banderoles égales, Aussi bien que les tabliers, Kt les deux maîtres timbaliers.

Cette marche étoit terminée Par l'envoyé de notre Énée, Chargé de faire un compliment En haut ou bien bus allemand.

Six chars attelés de six mules, Colorés du sang des Rutules, Chargés de fastueux présens Utiles autant que plaisans, Et réjouissana à la vue, Faisoient la fin de la cohue.

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