‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 187 sur 227 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

Ainsi Camille trépassa.

La bataille recommença, Mais avec plus grande furie, Chacun visant à la tuerie.

D'Évandre les chevau-légers, Soutenus par des cuirassiers, Secondés des troupes Troyennes, Des légions Étruriennes, Des Pyrgiens, des Mantouans, Des Tyrrhéniens et des Toscans, Marchent serrés droit aux Itales Pour leur lâcher des décrétâtes f, Les rabrouer sur leur pallier, Les enterrer dans leur fumier, Et, les suivant jusqu'en leur ville, Les envoyer après Camille.

Opis, ayant vu le trépas Qui du roi faisoit l'embarras, Dont ses sujets perdoient le crâne, Se souvint alors de Diane.

Soupirant trois fois de douleur, Elle dit ces mots de bon cœur :

« Ah ! nymphe si belle et si blanche, Vous en tenez donc dans la hanche ! Quoi ! pour avoir escarmouche, Peut-être de trop près mouché Quelques chefs des troupes dÉnée, Vous en serez donc mal menée, Vous en perdrez tous ces attraits, Cet embonpoint et ce teint frais Qui font les plaisirs de Diane 1 On vous mettra dans une manne, Pour aller boire à sa santé Un peu d'eau du fleuve Léthé, Afin de perdre la mémoire De l'immortelle et belle gloire Qu'a mérité votre valeur.' Parbleu ! j'aurai bien du malheur, Du guignon ou de la disgrâce, Si Jupin ne me fait la grâce De me venger à plein collier De ce drôle d'aventurier.

Si l'assassin n'en a dans l'aile D'une manière assez cruelle,

Je dis nargue de tous les dieux, Et demain je quitte les cieux Pour me venger de cet outrage, Dussé-je perdre un pucelage (La fille en a toujours trop d'un; L'avoir est un fait peu commun :

Il faut faire comme les autres).

Disons de bonnes patenôtres, Pour que l'infâme meurtrier, Qui brusquement vient de souiller Sa main du sang de cette fille, Périsse aux yeux de sa famille.

Mais chut! j'aperçois le gaillard Qui s'est écarté par hasard; Il va trouver de la besogne, Ou je veux être une carogne. »

Près de là, dans un vert coteau, Étoit de Pcrcène un tombeau, Du Laurentin l'un des monarques, Ce que l'on reconnut aux marques Qui d'épitaphes lui servoient, Et dans le caveau paroissoient. Du premier vol cette déesse Sur ce tombeau posa la fesse, Guettant Aronce qu'elle vit, A qui tout d'abord elle dit :

«Viens vers Opis, approche, infâme, Qui viens d'une si belle trame De couper pour jamais le fil !

Si tu vois jamais ton chenil, Je veux reprendre chair humaine, Et de mourir être en la peine.

Camille périt sous tes coups, Mais ton sort n'en est pas plus doux.

Va barboter dans la poussière, Traître, de la même manière Que cette fille barbota, Quand ta fureur la culbuta. »

A ces mots, prenant une flèche, Dans l'instant elle la dépêche Tout au travers de ses boyaux ; Ce qui de ses esprits vitaux Dérangea toute l'harmonie, Déconcerta l'économie,

* Allusion aux décrétales des pape», rescrits lancés pour faire quelque règle ment ou décider quelque point de discipline.

Bref le mit au rang des défuns, Le séquestra des importuns Dont l'affluence dans ce monde Est grande , et dans tous lieux abonde. Après ce coup détale Opis Pour se rendre dans son taudis, Toujours dans la même voiture Et reprenant la même allure.

De Camille les cavaliers Prirent la fuite les premiers; Le reste fut dans le désordre.

Et ne put se remettre en ordre.

L'ardent Atinas consterné, Le gros des troupes mutiné, Tous se débandent vers la ville, Et laissent le Troyen tranquille Faire montre de sa valeur.

On ne voit partout que fureur, Que désespoir et que carnage, Que morts, queclameurset que rage.

La poussière sur les sillons Vole à gros et noirs tourbillons, Puis va s'engouffrer dans la ville, Où l'on pleure et l'on plaint Camille.

Tous ceux qui bordoient les remparts, Voyant venir tous leurs fuyards, Faisoicntdes cris pleins d'épouvante.

Rien ne prouve mieux la tourmente Qu'Éole fait en pleine mer, Surtout au milieu de l'hiver, Que ce qui se vit dans la plaine :

Les Latins, à perte d'haleine, Gagnent les portes pour entrer, Et pour un peu se calfeutrer Contre la colère et la rage Des Troyens faisant grand ravage Dans leurs timides escadrons, Alors composés de poltrons; Mais zeste, point de complaisance, On les laisse là sans défense, Crainte qu'on a que le Troyen N'entre par le même moyen.

Les femmes jettent des murailles, Brandons ardens, rouges ferrailles, Cendres en feu, pièces de bois,

Huile bouillante et force poix :

On entend bien qu'elle est fondue, Au moins faudroit-il être grue, Pour ne pas se l'imaginer.

Mais on a beau se démener, Les vaillans réchappes de Troie Parmi les feux cherchent leur proie, Foncent partout avec vigueur, Et partout vont semant la peur.

Turnus en reçoit la nouvelle Par la messagère fidèle De Camille, la triste Acca.

D'abord il entonne un grand ah !

« Ah ! j'en aurai raison, j'en jure, Ou qu'on me mette à bas la hure.

Courons servir mon allié !

Détalez donc, vous gens de pié, Et laissez là votre embuscade; Aux Latins on donne saccade, Allons! volons! sans barguigner, Voyons s'ils oseront guigner Turnus secondé du Rulule.

iSe craignez pas cette crapule l Vous les rangerez, je le dis, Et je veux, si je m'en dédis, Qu'à vos yeux la peste me tue.

Allons, soldats, qu'on s'évertue! »

Turnus aussitôt décampa, Et tout au plus court il coupa Pour aller secourir l'itale, Pour lors dans un triste dédale, Blorts ou mourans, pris ou perdus De leurs membres d'aucuns perclu Et tout en gros passés en gale.

Mais, pendant que Turnus détah Quitte l'embuscade et s'en va, Le pieux Mneas entra Dans les buissons et la ravine, Gagna les fonds, puis la colline, Se rendit maître des hauteurs, Sans perdre que deux maraudeur Qui, broussaillant pour faire bâfre Attrapèrent une balafre Qui les assomma tous les deux Dans le plus fort du chemin creuj

| Le mot Ufrer est resté dans la langue populaire pour manger goulûment.

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