‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 88 sur 227 · LIVRE Ci · texte numérisé non relu

LIVRE Ci

Ou d'autre chef d'Académie, |

Qu'ici je n'alléguerai mie. \

Pour les autres jeunes cadets !

Acestes fournit des bidets !

Et mainte jument poulinière, Que les poulains suivoient derrière.

Les Troyens frappèrent des mains, Voyant les fils de leurs germains, De leurs cousins, de leurs cousines, De leurs voisins, de leurs voisines, Et quelques-uns aussi des leurs, Habillés en petits seigneurs, Et parés en coureurs de bague, Sur les reins coutelas ou dague ; Ils reconnurent dans leurs traits De leurs amis morts les portraits, Quoiqu'en leurs visages la crainte En couleur pule fût dépeinte, A cause qu'ils s'épouvantoient De leurs chevaux qui trop sautoient.

A la fin, ils se rassurèrent, Et dans leurs selles s'ajustèrent.

Épitide un fouet claqua, Le clac dupliqua, tripliqua ; Aussitôt ensemble ils partirent, En un escadron qu'ils défirent, Se séparans en pelotons, S'escrimèrent de leurs bâtons :

Les uns tournèrent les épaules, Que les autres,' à coups de gaules, Caressèrent assez longtemps.

Les battus devinrent battans ; Puis, ayant cessé de se battre, Se mirent tous, qui quatre à quatre, Qui trois à trois, qui deux à deux, Et firent entre eux mille jeux, A courbettes, et cabrioles ; Puis, après maintes caracoles, Ils poussèrent tous leurs coursiers, Ayant le devant les premiers, Comme les derniers le derrière, Faisant quantité de poussière.

Tous ces tours et tous ces détours, Les uns longs et les autres courts,

NQUIÈME. 105

Représentaient le labyrinthe, Que, pour celle qui fut enceinte Du fait d'un gros vilain taureau, Par un artifice nouveau , Mais pour un dessein beaucoup sale, Inventa le fameux Dédale, Du grand roi Minos charpentier, Et des plus experts du métier :

Forcé murailles tournoyantes, Et force routes fourvoyantes, Par des détours entrelacés, Embarrassoient les mieux sensés, Qui ne connaissoient plus leur voie».

Ainsi ces jouvenceaux de Troie, Poussant leurs animaux en rond, Puis après les poussant en long, Rompant, et puis doublant leurs files, Ainsi que les dauphins agiles, Dans la mer Libyque souvent, Alors qu'il ne fait point de vent, Font entre eux mille singeries, Ou bien plutôt dauphineries ; Ainsi, dis-je^ ces jouvenceaux, Firent voir mille jeux nouveaux, Que le fondateur d'Albe, lùle, Recommanda par une bulle A ses descendans les Albains, De qui les tiennent les Romains, Qui depuis, avec grande joie, En l'honneur du peuple de Troie (Vraie action de gens de bien), Ont appelé ce jeu Troyen, Qu'à grands frais à l'honneur d'Anchise Rome tous les ans solennise.

Mais, tandis que maître JEneas S'amuse à tous ces beaux ébats, Mademoiselle la Fortune, Qui toujours lui porte rancune, Lui joue un tour de son métier, Qui le va bien faire crier :

Junon, plus méchante 'qu'un page, A sa faiseuse de message, Iris, qu'on appelle Arc-en-Ciel, Parla, le cœur rempli de fiel,

l'abbé Arnaud en parlent avec de grands éloges. Dans les Variétés Mit. et litlér. de M. Ed. t wrnier, t. VI, p. 118, on voit qu'il avait une pension de dix raille livres.

Un petit moment à l'oreille ; Aussitôt Iris s'appareille, Et, quittant toutes ses couleurs, Dont, quand les auteurs font des leurs) ( C'est-à-dire quand ils s'égayent, Et de force J)aies nous payent), Nous font cent contes violets1, Enfans de leurs esprits follets, Cette dame porte-ambassade, Le long de l'admirable arcade, Que l'on voit quelquefois dans l'air, Se laissa bien et beau couler, La fesse fort bien revêtue ; Car, glissant à bride abattue, Elle auroit eu corrosion Par la trop longue friction, Et s'auroit fait mal à la croupe.

Étant donc ainsi, vent en poupe, Descendue au travers des airs, Avec un dessein fort pervers, Sur la rive Trinacrienne, Elle vit la flotte Troyenne Et tout le peuple Phrygien, Qui lors ne s'enquêtoit de rien, Et qui laissoit sur sa parole La flotte au port, action folle :

Leurs femmes faisoient bande à part, Se tenant loin d'eux à l'écart, Et faisant sur la mort d'Ancbise, Comme on dit, une mise grise, Non sans pester de leurs malheurs, Avec grands cris, avec grands pleurs:

« Serons-nous toujours dessus l'onde, Et le rebut de tout le monde? »

Disoient les unes en pleurant.

Les autres disoient en jurant :

« N'aurons-nous jamais une ville ; Et notre jEneas, tant habile, Ne veut-il jamais s'arrêter Sans nous faire toujours trotter? »

Iris, voyant tant de murmure, Quitta sa divine figure, Et se travestit à l'instant,

Prenant un corps tout tremblotant, Bâton en main, aux yeux besicle, Et se fit femme de Dorycle, Vieille barbue, et qui contoit Cent .ans, et point ne radotoit, Ains* étoit femme bien sensée, Quoique de vieillesse cassée :

A propos, j'avois oublié Qu'elle s'appeloit Beroé, De famille fort ancienne, Et de nation Rhœtienne.

La méchante déesse Iris, Ayant donc cette forme pris, Se mit piteusement à dire Ces mots qui ne sont pas pour rire :

« Pauvres gens qui vos jours passez Sur des vaisseaux demi cassés, Pauvres femmes, pauvres coureuses, Serez-vous toujours malheureuses ?

Oh! que bien moins vous le seriez, Si devant vos murs vous aviez Été, par les mains des Doiopes, Mises au royaume des taupes ; Au lieu qu'être toujours en mer, A mourir de faim, à ramer, Loin du benoît plancher des vaches, Tristes habitans de pataches, Où les punaises et les pous Ont fort peu de respect pour nous, Est une vie infortunée, Autant que d'une âme damnée !

Sept ans sont passés, peu s'en faut, Que, souffrant le froid et le chaud, Battus de vents et de tempêtes, Conduits par le ne& comme bêtes, Nous, cherchons le pays Latin, Que promet, dit-on, le Destin A notre maudit capitaine :

En eût-il la fièvre quartaine !

Et, sans nous tourmenter ainsî, Que ne demeurons-nous ici ?

Et qui nous empêche de faire, Au pays d'Érix notre frère,

1 Récits sans vraisemblance, choses qu'on n'a vues que dans lef éblouissenwnts* — à peu près comme contes bleus.

«Mais.

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