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Le Virgile travesti

Je, qui chantai jadis Typhon, D'un style qu'on trouva bouffon, Aujourd'hui, de ce style même, Encor qu'en mon visage blême, Chacun ait raison de douter Si je pourrai m'en acquitter Devant que la mort, qui tout mine, Me donne en proie à la vermine,

Je chante cet homme pieux, Qui vmt, chargé de tous ses dieux Et de monsieur son père Anchise, Beau vieillard à la barbe grise, Depuis la ville où les Grégeois Occirent tant de bons bourgeois, Jusqu'à celle où le pauvre Rème Fut tué par son frère même.

Pour avoir, en sautant, passé De l'autre côté d'un fossé, junon, déesse acariâtre, Autant ou plus qu'une marâtre,

Lui fit passer de mauvais jours,

Et lui nt force vilains tours,

Dont bien souvent, quoique très-sage,

11 se souffleta le visage ;

Mais enfin, conduit du destin,

11 eut, dans le pays latin

Quinze mille livres de rente,

Tant plus que moins, que je ne mente,

Et, sans regretter Illium,

Fut seigneur de Lavinium,

Dont, depuis, sa race, par guerre,

A fait une assez bonne terre.

C'est de là que nous sont venus

Les pères Àlbains si connus ;

De ià, Rome la belle ville,

Trois fois plus grande que Séville.

Petite Muse au nez camard.

Qui mas fait auteur goguenard, Et qui, quoique mon mal empire, Me fais pourtant quelquefois rire.

Dis-moi bien comment, et pourc[uoi, Junon, sans honneur et sans foi, Persécuta ce galant homme, Sans lequel nous n'aurions pas Rome, Ni tous ces illustres Romains A qui nous baisons tous les mains.

Elle fit bien la furieuse Contre personne si pieuse :

Ils se fâchent donc comme nousl Je ne les croyais pas si fous. Et les croyais être sans bile.

Ces beaux dieux d'Homère et Virgile l

Près du pays du roi d'Alger Que tua le bon roi Roger, Une ville fort ancienne, De fondation tyrienne, Dessus le rivage africain, Servait d'asile à maint coquin.

Cette ville avait nom Carthagey D'où l'invention du potage,

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