‹ Le Virgile travestiChapitre 2 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Celle de durcir les œufs frais

Pour les manger à peu de frais,

Choses autrefois peu connues,

Au grand bien de tous sont venues.

On la fait, mais je n'en crois rien,

Inventrice des gants de chien,

Et même des gants de Grenoble,

Cette nation hère et noble.

La sœur et femme du grand dieu

S'y plaisait plus qu'en aucun lieu.

Samos. jadis sa bien-aimée.

Etait d'elle moins estimée.

Elle y tenait carrosse et char,

Chaise à bras, litière et brancard,

Et fit rebâtir les murailles.

Et la fit exempter de tailles.

Elle n'était premièrement

Qu'un bailliage seulement ;

Mais elle rompit tant la tête

A Jupiter, qu'à sa requête

Il en fit un présidial

(Je ne sais s'il fit bien ou mal),

"Y fonda deux ou trois collèges

Avec de fort beaux privilèges.

Elle eut fait de cette cité

Ce que Rome a depuis été;

Mais, par malheur, en cette affaire

Le destin fut d'avis contraire,

Le destin qui fait bien pester

Même le grand dieu Jupiter.

Or, comme souvent trop l'on cause,

Elle avait ouï quelque chose.

Qu'un jour viendrait que les Troyens

Perdraient les pauvres Tyriens ;

Ce que craignant la bonne dame.

Et gardant encor en son âme

Le beau jugement de Paris,

Et l'insupportable mépris

Qu'en faveur de Vénus la belle

Il eut pour Pallas et pour elle,

Outre qu'il avait révélé

(Heureux s'il n'eût jamais parlé!)

Qu'elle avait trop longue mamelle^

Et trop long poil dessous Faisselle,,

Et, pour dame de qualité,

Le genouil un peu trop crotté ;

Puis un autre mal sans remède,

Le rapt du jcnine Ganymède,

Dont son débauché de mari

Avait fait un cher favori ;

Ces choses-là, mises ensemble,

Etaient suffisantes, me semble,

Pour lui faire faire aux Troyens

Ce que les laquais font aux chiens

C'est-à-dire .guerre terrible :

Elle faisait donc son possible

Que ces pauvres dépaysés,

Pour la plupart dévalisés,

Ne pussent comme peuple libre

Planter leur piquet sur le Tibre,

Y semer blé, cueillir raisins,

S'allier avec leurs voisins,

Comme ils faisaient dans la Phrygie,

Devant que les troupes d'Argie

Fissent des biens de Priamus,

Après dix ans, gaudeamus,

Tant l'entreprise était hautaine,

D'élever cette gent romaine,

Malgré ses ennemis divers,

\ Terapire de l'univers!

Cette pauvre race troyenne, Dessus la mer sicilienne, Comme après bon vin bon cbevai, Voguait sans songer à nul mal; Ils avaient tous le vent en poupe .

Et n'était pas un de la troupe Qui ne chantât des Leridas, Des tampons et des ouidas, Et mille autres telles denrées, Quand, sur les plaines azurées.

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