LIVRE QUATRIÈME
Que Didon et le Phrygien Scandalisaient les gens de bien, Ce prince du pays Libyque Comme un amant bientôt se pique, Et qu'il avait l'esprit hautain.
Crut qu'il n'était rien plus certain- Il s'en alla tout en colère Au temple s'en plaindre à son père.
Voici les discours qu'il lui tint, Les yeux pleurants, pâle le teint, Et les mains vers le ciel haussées, L'une dans l'autre entrelacées :
a 0 grand Jupiter ! révéré Du Maure au grabat peinturé, Et qui pourtant n'as grande cure Du Maure ni de sa peinture, Quoique le Maure en vérité Boive souvent à ta santé, Ton tonnerre et tes pétarades Ne sont donc que fanfaronnades.
Et tout le bruit qu'au ciel l'on fait N'est rien que du bruit sans effet?
Quoi ! le bon qui te sacrifie, Et le méchant qui te défie, N'en feront donc ni pis ni mieux; Et la terre au-dessous des cieux.
N'aura que le désavantage D'être plus basse d'un étage?
Et moi qui te sers nuit et jour, Et la Didon qui fait l'amour, Mériterons de même sorte.
Si bien, Jupiter, qu'il n'importe De faire bien, ou faire mal?
Auprès de toi tout est égal I Une Didon, une coureuse, S'en vint, en faisant la pleureusôj Nous demander place à bâtir :
Cette fugitive de Tyr, Qu'en ce rivage nous reçûmes, Et dont compassion nous eûmes,
50 LE VIEGILE TRAVESTI
Est éprise d'un autre gueux.
Qui se fait nommer le pieux';:
Cet autre Paris, cet Enée,
Avec sa troupe efîeminée,
Comme une donzelle accoutré,
Poudré, frisé, fardé, mitre,
D'une toque Méonienne,
Avec cette Sidonienne |]
Tout ouvertement fait dodo, ||
Et, comme on dit, vit à gogo.
Ainsi par cette bonne dame,
Cependant que je te réclame,
Je me trouve amoureux cornu,
De quoi je te suis bien tenu.
A d'autres, Jupiter, à d'autres!
Si sur les sacrifices nôtres,
Tu fondes tes meilleurs repas.
Ma foi tu n'engraisseras pas.
De mes victimes assommées,
Et de mes lampes allumées
Je suis fort mal récompensé.
Vraiment, si je l'eusse pensé.
Je n'eusse pas perdu ma peine,
Et mainte vache, et bête à laine.
Seraient encore dans leur peau
A faire honneur à mon troupeau. »
Cette harangue bien sensée.
Ainsi chaudement prononcée, Fit tout l'effet qu'elle devoit.
Seigneur Jupiter, qui tout voit.
Vit le monsieur et la madame Qui s'appelaient : Mon cœur, mon âme, Et l'un de l'autre embéguinés Sans cesse se riaient au nez, Sans se mettre beaucoup en peine.
Autant yEneas que la reine, S'ils faisaient les gens caqueter.
Cela fâcha bien Jupiter.
Il appela son fils Mercure, Bâtard de gentille nature^