‹ Le Virgile travestiChapitre 101 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Et bien aussi morigéné Qu'un garçon sans offense né :

11 est vrai "qu'il aimait à prendre, Mais on en est quitte pour rendre.

Sitôt que son père le vit.

Voici le discours qu'il lui fit :

« Va faire brider un Zéphire, Monte dessus et t'en va dire A maître ^neas le Troyen Qu'il ne fut jamais qu'un vaurien; Que sa mère de son courage Nous avait promis davantage.

Deux fois des mains des Grecs sauvé, On ne l'avait pas réservé Pour faire de l'amant fidèle, Ou plutôt du Jean de Nivelle.

Dis-lui qu'un miroir à putain Pour dompter le pays latin Est un mal propre personnage.

Et qu-» de Teucer le lignage Demande un homme de vertu, Et non pas un cogne-fêtu.

Pour le faire bientôt renaître, Et dans le bas monde paraître Arbitre de tous les Etats, Foulant aux pieds les potentats.

Si cette grandeur 1 importune, Qu'il n"empèche pas la fortune D'Ascagne à cela destiné Par un arrêt au ciel donné.

Qu'il cesse donc de me déplaire; Qu'il navigue et me laisse faire, Et. s'il dit qu'il n'en fera rien.

Qu'il s'aille, vous m'entendez bien; Je ne veux point dire le reste.

Vole donc, mon fils, adieu, preste! »

Ainsi lui parla Jupiter, Et Mercure alla s'apprêter:

A ses talons, que mule aucune, Par respect jamais n'importune,

52 LZ VISGILE TRAVESTI

Talonnières il ajusta.

Et puis proprement ajouta

A ciiacune une paire d'ailes,

Car ce Dieu ne pourrait sans elles,

Quoique Dieu, non plus qu'un caillou,

Voler sans se casser le cou ;

Mais, quand il a la jambe armée

De sa talonnière emplumée,

Dessus la terre et dessus l'eau

Il ne se trouve point d'oiseau

Qui voulût faire une carrière

Contre un tel porte-talonnièra,

Qui pourrait du vol disputer

Avec l'oiseau de Jupiter.

Et puis il prit son caducée :

C'est une verge entrelacée

D'une couple de beaux serpents

Entortillés, et non rampants.

Avec cette verge il fait rage,

Ce Dieu, patron du brigandage ;

Prononçant certains mots folleté

Qu'on dit jouant des gobelets,

Et dont j'ai perdu la mémoire,

Il fait ce qu'on ne pourrait croire :

S'il ne fait qu'un homme toucher,

En enfer il se va cacher ;

Et, s'il veut retirer cet homme,

Le retouchant, il en sort comme

Qui dans l'enfer n'a point été,

Sans être de son feu gâté.

Quand il veut qu'un homme sommeille

Lui fourrant sa verge en l'oreille,

Il le fait bientôt sommeiller;

Et, quand il le veut réveiller,

 deux ou trois bons coups qu'il donne

De son bâton, il n'est personne

Qui ne se réveille en sursaut.

Il en fait le froid et le chaud ;

De là même, il fait la tempête,

Et, quand elle fait trop la bête,

Page 1