‹ Le Virgile travestiChapitre 108 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

îl me semble que je les voi Conduisant leur petit envoi :

Le chemin de fourmis fourmille, Sur leur dos noir le grain blanc brille ; On dirait des grains cheminants, Tant les allants que les venants N'occupent qu'une étroite voie, Où l'on traîne, porte ou charroie.

Les uns, en guise de sergents.

Font marcher les moins diligents ; Les plus forts les faibles soutiennent, Les uns vont, et les autres viennent, Enfin tous travaillent fort bien.

En fourmis d'honneur et de bien, Les nobles Troyens, tout de même, Par une diligence extrême Equipent leurs nefs dans le port, Dont Didon se réjouit fort.

Quelle fut alors ta pensée, Àh! pauvre Didon insensée?

Dis-nous un peu combien de fois Tu joignis à ta faible voix.

Qui faisait alors mille plaintes, De tes dix ongles les atteintes, Et te fis des incisions, Sans parler des contusions !

Lorsque tu vis sur ton rivage Qu'on jouait à remue-ménage, Quelle fut ton affliction, Et jusqu'où fut ta passion!

Que des matelots les huées, Le grand bruit des nefs remuées.

Et tout le rivage en rumeur, Te mirent en mauvaise humeur !

Elle pleure, et ses ongles ronge.

Tandis qu'elle consulte et songe Si devant ce Catalina Elle ira faire 0 henigna, Afin qu'en ce pressant affaire, Reproche on ne lui puisse faire

De n'avoir pas tout essayé, Et de n'avoir pas employé Ce qu'elle avait de rhétorique, Pour fléchir eet amant inique.

Ce Néron, ce Tiberius Qui faisait de l'Olibrius.

0 petit bâtard de Cythère, Quoiqu'issu de bons père et mère.

Tu ne vaux pourtant pas un liard l Bandé comme im Colin-Maillard, Que sur les cœurs avec tes flèches Tu fais d'imperceptibles brèches, Et par la force de tes coups, Que de sages deviennent fous !

Ira-t-elle, la pauvre bête, Porter soi-même sa requête, Par laquelle il est conjuré Que son départ soit difl'éré?

Non, sa sœur ira bien pour elle; Elle commande qu'on l'appelle, Et puis, ayant fermé son huis :

« Tu vois," chère sœur, où j'ensufe.

Et pour avoir été trop bonne La récompense qu'on me donne, Lui dit-elle, jetant de l'eau Par ses yeux la valeur d'un seau.

Tout semble aider à ce corsaire.

Ou plutôt, aimable adversaire :

Ses gens sont prêts, il l'est aussi ; Il s'en va, je demeure ici.

Moi, qui sans lui ne saurais vivre !

S'il m'était permis de le suivre. J'aurais bientôt fait mon paquet.

Ma sœur, afrile ton caquet, Ya le trouver, dis-lui merveille, Sans te faire tirer l'oreille ; Dis-lui qu'il demeure avec moi.

Il a toujours fait cas de toi, Il faime, tu connais son tendre, Et tu sais comme il le faut prendre.

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