‹ Le Virgile travestiChapitre 11 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Que sur peine du morion,

Autant chevalier que pion,

Personne ne mît p'iecl à terre,

Qu'il n'eût bien fait à l'œil la guerre,

Et su si ce port écarté

Serait un lieu de sûreté.

Sa mère voulut s'en instruire

Et lui faire pièce pour rire :

Prenant donc toute la façon

D'une fille faite en garçon,

Et paraissant un jeune "drôle

Ayant un fusil sur l'épaule,

Et chien couchant chassant devant.

Branlant la queue et nez au vent;

^neas qui la vit vêtue

Tout de môme que la statue

De Diane qui va chassant,

Lui rendit salut en passant.

Là dessus une perdrix rouge

Des pieds de la céleste gouge

Partit; en joue elle coucha,

Mais son gibier point ne toucha,

Soit que la poudre fût peu fine,

Ou bien que la dame Cyprine

Fermât les yeux, voyant du feu,

Ou bien qu'elle l'entendît peu.

Elle en rougit un peu la belle ;

Son brave fils s'approcha d'elle,

Elle lui fit un doux regard,

Lui disant : « Monsieur, Dieu vous gard!ï

A cette parole obligeante Qui l'âme de son fils enchante.

Ce ne fut pas pour un petit Qu'il en devint tout interdit.

Il fit pourtant le pied derrière D'une assez gentille manière.

I/"une bouche sentant le thim Et d'un son de voix argentin, Elle lui fit cette harangue Je ne sais pas en quelle langue i

« N'avez-vous point vu par ici, De quoi je suis en grand souci, Quelques-unes de mes compagnes, Qui vont chassant dans ces campagnes, Après un cerf qu^ va fuyant?

Il répondit en bégayant :

« Je n'en ai vu tête ni queue, O belle à la prunelle bleue, Belle que je ne puis nommer, Belle qui m'avez pu charmer.

Par je ne sais quelle lumière, Que vous avez dans la visière!

Ah! par ma foi, j'en suis ravi; Maudit soi si jamais je vi Face qui m'ait plu davantage l La maie peste, quel visage, Et que qui vous regardera Sans cligner, impudent sera!

Vous sentez la dame divine, J'en jurerais sur votre mine ; Mon nez ne se trompe jamais En ce qui sent bon ou mauvais. Votre gousset et votre haleine Ne furent jamais d'Africaine :

Ils ont je ne sais quoi du ciel.

Votre bouche exhale le miel.

Ou vous êtes une déesse, Ou du moins nymphe, ou je confesse Que je puis aussi n'être pas Le pieux messire ^neas.

Les vents m'ont en cette contrée Donné malgré mes dents entrée.

Daignez-moi dire, au nom de Dieu, S'il fait sûr pour nous en ce lieu, Et me faites l'honneur de croire Que vous aurez bien de quoi boire.

— Je ne suis pas, en vérité, D'une si haute qualité,

Dit Vénus, mais votre servante.

— Ah ! vous êtes trop obligeante.

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