LIVRE PREMIER
Ce dit-il, et J'en suis confus.
— Et moi, SI jamais je la fus. »
Ce dit-elle ; et lui de sourire, Disant : cr Cela vous plaît à dire, i
Puis sa tête il désaffubla; Ses deux jarrets elle doubla A lui faire la révérence.
Il fit une circonférence Du pied gauche à l'entonr du droit :
Et cela d'un air tant adroit, Le pauvre fugitif de Troie, Que sa mère en pleura de joie.
Enfin tous ces devoirs rendus, A l'un et Tautre si bien dus, D'une bouche sentant l'eau rose Elle lui dit : ce C'est une chose Ordinaire aux dames de Tyr, D'aimer la chasse et se vêtir De même que je suis vêtue, De courir a bride abattue, Et sans faire trop de façons, De vivre comme des garçons.
C'est ici la terre puniqueV Le peuple en est fort colérique Qui de Tyr qu'Agénor fonda, En cette "contrée aborda, Avecque Didon notre reine.
Que la tyrannie et la haine De son frère Pygmalion, Pire qu'un tigre et qu'un lion, Contraignit de plier toilette Et de déloger sans trompette, Un pied mal chaussé, l'autre nu ; En ce rivage peu connu Les dieux lui donnent un asile; Elle y fait bâtir une ville.
Si ce" n'est vous importuner, Et que vous vouliez vous donner La patience de m'entendre.
J'aurai plaisir de vous apprendre
Son histoire, dont aisément On ferait un fort beau roman.
— Volontiers, belle Tyrienne, Et je vous conterai la mienne, Qui, je gage cent carolus, Vaut bien la vôtre et même plus.
— Nous verrons, répondit la belle.
Didon fut l'épouse lidèle
De lïnfortuné Sicheus,
A qui, plus traître que Breus,
Pygmalion le sanguinaire,
Comme il récitait son bréviaire,
D'un coup d'arquebuse à rouet,
.Action digne du fouet,
Fit un trou dans le mésentère;
Son épouse s'en désespère,
En fait faire information;
Mais de cette noire action
Elle n'eut aucune nouvelle,
Tant le meurtrier infidèle
Sut tenir son crime secret :
La pauvrette en meurt de regret ;
De ses tresses, lors mal peignées,
Elle arrache maintes poignées,
Se prend aux astres innocents :
La rage maîtrise ses sens.
Une nuit qu'elle pleure et crie,
Et pour le pauvre défunt prie.
Elle le voit percé de coups.
Et tout sanglant, ce pauvre époux.
Qui, d'une voix épouvantable.
Lui conte l'acte détestable,
Et que son frère avait grand tort
De l'avoir ainsi mis à mort.
Pensant par cette injuste voie
Avoir son or et sa monnoie.
Didon lui donna le bonsoir,
Parce qu'elle avait, à le voir,
Une peur extraordinaire ;
EUe dissimula l'afl'aire,