LIVRE QUATRIÈME
On m'a certains avis donné,
Dont jai l'auteur bien guerdonné.
Car il en a reçu cent Jules,
Et l'ai fait valet de mes mules.
Cet homme donc que je te di.
Qui n'est pas un homme étourdi,
Des confins de l'Ethiopie,
Où le ciel sur l'Atlas s'appuie,
Pays des noirs 2>Iassiliens,
La plupart grands magiciens,
Me fait venir une sorcière,
Qui fut autrefois chambrière
D'Hespérus, et menait, dit-on,
Tous les jours pisser son dragon,
L'appâtait, lui donnait à 'eoire,
Avec quatre mots de grimoire,
Le rendait doux comme un agneau,
Prodige en serpent très-nouveau.
Au saobat elle est la première.
Et du bouc noir la familière,
Des morts elle fait des vivants,
A des farfadets pour suivants.
Un certain balai, qu'elle monte,
En vitesse un cheval surmonte :
11 vole comme un tourbillon.
Elle est du diable postillon ;
Il tonne lorsque bon lui semble^,
Pleut, grêle et vente tout ensemble.
Sait bien faire tourner le sas,
Fait venir la Itme ici-bas,
Et descendre dans les campagnes
Les arbres des hautes montagnes.
Elle fait des petits marmots,
Sur lesquels disant quelques mots,
Elle porte Tamour dans Tàme
Tant de l'homme que de la femme.
Sous elle la terre mugit.
Quand sa verge puissante agit.
Une rivière vers sa source,
Malgré qu'elle en ait, prend sa course.
On la vient voir de toutes parts Pour des pommades, pour des fards, Pour faire des maauerellages, Pour rentraire des'pucelages, Pour trouver de l'argent perdu, Pour de la corde de pendu Dont elle fait ses maléfices.
Toutes les nuits dans les justices Elle va l'échelle planter.
Son démon lui vient rapporter Tout ce qui se lait sur la terre.
Tant en la paix comme en la guerre, Sur son dos la porte en tous lieux, Eu la rend invisible aux yeivs..
Elle sait nouer l'aiguillette; Bref elle commande à baguette A tous les habitants d'enter, Même à monseigneur Lucifer.
C'est en cette femme savante Que je mets toute mon attente.
0 chère sœur ! c'est malgré moi Que je m'en sers, en bonne foi; C'est une chose défendue ; Mais toute espérance est perdue De fléchir le prince Troyen, Si ce n'est par ce seul moyen.
Fais donc mettre sur une pyre Les choses que que je vais te dire :
Son bonnet de nuit, ses chaussons, Une paire de caleçons.
Sa bigotelle et sa pincette, Qu'il a laissés sur ma toilette, Son épée à faire combat, Et le détestable grabat Où je me suis abandonnée A ce fils de putain d'Enée.
La sorcière dit qu'autrement Ne se peut finir mon tourment; Que tout ce qui fut à l'infâme Doit être purgé par la flamme.
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Et qu'en cela gît mon salut. »
Tout ce que la reine voulut, Anne le crut sans contredire, N'attendant d'elle rien de pire Que ce qu'elle fit quand le sort A Sichseus donna la mon.
Faisant donc une révérence, • Non pas à la mode de France, Mais en disant Salamalec, Et se portant la main au bec, Elle courut, troussant sa jupe, Exécuter, la pauvre dupe.
Ce que dame Didon voulait, Un peu plus tôt qu'il ne fallait.
La pyre fut bientôt dressée, Et branche sur branche entassée De chêne sec et de cyprès.
Fendu par éclats tout exprès.
L'inconsolable dame Elise, Faisant une mine bien grise, Monta de.-isus à pas comptés.
Criant trois fois : « Or, écoutez. »
On l'écouta. pour lui complaire, Mais elle ne fit que se taire.
Elle sema feuilles et fleurs, Et mit, répandant force pleurs, D'^neas la rude rapière Sur le lit, ou le cimetière De son honneur, le méchant lit Où la dame fit le délit; Sur ce même lit une image Px.eprésentant le personnage.
Virgile dit que ce marmot.
Si ce n'est qu'il ne disait mot^, Ressemblait au bon duc de Troie Si fort, que chacun avait joie Criait : « Voilà maître ^neas ; »
Et pourtant ce ne Tétait pas.
Et puis, faisant de l'empèchee, Une prêtresse enharnachée
84 LE VIRGILE TEAVESTI
De tous ces funèbres atours
Fit deux cent quatre-vingt-deux tours
Alentour des autels sans nombre.
Les dieux de la demeure sombre
Furent, quoique ni beaux ni bons,
Appelés par leurs trois cents noms.
Omis TErèbe ne fut mie,
Ni le Chaos, que Dieu bénie.
M la triple dame Hecaté,
De ceux dont l'esprit est gâté
La patronne, et cette patronne
L'est, dit-on, de mainte personne,
Puis, d'un petit vase de ter.
D'eau puisée au grand puits d'enfer
Elle versa pour le moins pinte :
Je boirais plutôt de l'absinthe
Que d'une telle eau, me dût-on
Assommer à coups de bâton.
Elle fit bien d'autres mystères :
De plusieurs herbes mortifères
Elle parsema le bûcher;
Puis un petit morceau de chair.
Qu'ont au front les fils des cavales,
Bon contre les vertus morales,
Et bon pour donner de Tamour,
Fut par elle aussi mis au jour.
Didon offrant aux D;e ix la mole,
L'œil égaré comme une folle,
Le pied droit nu, l'autre chaussé,
Et le vêtement retroussé,
Deux doigts au-dessous de la hanche,
Tenant l'autel de sa main blanche,
Attesta hautement les dieux.
Ceux de l'enfer et ceux des cieux,
Les astres et leurs influences,
Et leur fit forces doléances.
De ce que leur influxion
Nuisait à son affection,
Et pourtant comme étant bien sage,
Ni au penser ni du langage