‹ Le Virgile travestiChapitre 125 sur 218 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Y faire souvent station, Comme aussi conversation Avec des oiseaux de marine.

Cet écueil a fort bonne mine, C'est pourquoi le Troyen le prit (Comme il fait tout avec esprit) Pour servir de but aux galères, Qui, sur les campagnes amères, Devaient, pour de riches joyaux, Faire suer maints aloyaux, ^neas, en tout fort Habile, Voulut qu'on jouât à la croix-pile, Pour ne voir point de mécontents Parmi les nobles contestants.

Les galères ayant pris place, L'ardeur aussi bien que la glace S'impatronisa des esprits; Les patrons en habits de prix, Du haut de leurs poupes dorées A leurs chiormes préparées De ramer comme des démons,

Firent cent beaux petits sermons.

La froide crainte de ne faire

En ramant que l'eau toute claire,

Fait qu'incessamment le cœur bat

Au matelot comme au forçat.

Nus comme les enfants qui sortent

Des lieux où les mères les portent,

Ayant bien vidé le hanap,

Et tous huilés de pied en cap,

Les forçats sur les bancs attendent

Que les'trompettes leur commandent

De ramer de tête et de eu,

Pour être vainqueur ou vaincu.

Voilà, le signal qui se donne,

Voilà la trompette qui sonne^

Et fait la côte retentir;

Je les vois tous d'un temps partir.

La malepeste comme ils rament!

Comme les flots verts ils entament!

Comme ils hurlent, les fous qu'ils sont!

L'épouvantable bruit qu'ils font !

Mon Dieu ! que leurs rames sont belles 1

On dirait que ce sont des ailes :

Qui n'aurait point vu de vaisseaux

Dirait que ce sont des oiseaux.

Je ne sais rien qui mieux ressemble

A ces vaisseaux voguants ensemble

Que quatre chevaux accouplés,

Que des coups de fouet redoublés

Font courir de toute leur force,

Et le vert cocher qui les force

Ressemble aux chefs encourageants

Leurs rameurs d'être diligents.

Encore une fois comme ils rament î

Comme l'eau salée ils entament!

Les voilà qui voguent de front.

Vojez-en un qui Tordre rompt,

Et qui devance tous les autres !

Celui-là dit ses patenôtres :

Rame, rame, tu feras mieux,

Rame, et tu plairas aux bons dieux,

Qui veulent que l'on s'évertue.

Je veux que la fièvre me tue

Si dans Marseille il y en a

Qui rament comme ces gens-là !

Les spectateurs d'un œil avide

Regardent, et rament à vide,

Tant est forte l'impression

Que leur fait l'inclination.

Le bruit des regardants qui crient.

Et qui pour leurs bons a,mis prient,

Retentit aux lieux d'alentour ;

L'écho fait du bruit à son tour,

Et répond au mot de courage,

Tantôt courage, et tantôt rage,

Selon que celui qui le dit

Chez l'écho trouve du crédit.

Gyas, songeant à son affaire.

Avec ses gens sut si bien faire,

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