LIVRE CINQUIÈME
De nos ennemis meurtriers,
Pour devenir des nautoniers,
N'aurons-nous donc jamais la joie
De voir une nouvelle Troie,
Simoïs, séjour des plongeons,
Et Xanthe fertile en goujons ?
Ah! brûlons nos nefs comme paille,
Qui ne valent plus rien qui vaille I
J'ai vu, cette nuit, en dormant,
Cassandre une torche allumant,
Et qui me disait qu'en Sicile
Nous devions choisir domicile,
Et que c'était vivre en oisons,
Au lieu d'habiter des maisons.
D'être toujours en des nacelles,
Nageant toujours comme sarcelles,
Et cent autres oiseaux de mer,
Qu'il n'est pas besoin de nommer.
Brûlons donc nos vaisseaux, vous dis-je;
Après prodige sur prodige,
Faisons de nos nefs du charbon,
Ou n'attendons plus rien de bon
Du ciel, mais querelle et rancune.
Voilà quatre autels de Neptune,
Couverts de feu suffisamment
Pour faire un tel embrasement :
Allons donc, ma chère brigade,
Allons travailler en grillade.
Et, pour prendre congé des eaux,
Mettons le feu dans nos vaisseaux. »
Cela dit, la brûlante dame Prit un gros tison plein de flamme, Pour commencer l'acte inhumain; Ce tison, partant de sa main.
Prit le chemin des nefs de Troie, Pour faire un feu, non pas de joie :
Les dames de ce coup hardi Eurent l'esprit bien étourdi.
Et leurs yeux quasi s'en fendirent, Tant aloi's elles les ouvrirent
Sur cette méchante action,
En signe d'admiration!
Une d'entre elles, fille antique,
Autant qu'une vieille rubrique,
Une parfaite virago,
Qui s'appelait dame Pyrgo
(Quoique d'humeur un peu fâcheuse,
Sur la famille tant nombreuse
Du pauvre Priam ruiné,
Elle avait longtemps dominé
Comme nourrice et gouvernante ;
Elle était fameuse pédante.
Qui cent fois fouetta pour rien,
Les filles du roi Phrygien! ;
Cette vénérable antiquaille,
D'un ton de chatte qui criaille,
Quand Iris lança le tison.
Allongeant un grand col d'oison,
Proféra ces mêmes paroles :
« N'êtes-vous pas de gTandes folles
De croire que c'est Beroé ?
Le personnage est bien joué;
Mais fort peu souvent je m"abuse,
Et, quoique Je sois bien camuse,
Je trouve ici bien du qu'as-tu.
Autant que ferait nez pointu.
La Beroé gît dans sa chambre.
Souffrant du mal en chaque membre
Outre un fort grand dévoiement,
Qui la fait jurer diablement,
De n'être pas, comme les autres,
A réciter des patenôtres,
Et Reguiescat in pace.
Pour maître Anchise trépassé.
Pour celle ci, la maie peste!
C'est une donzelle céleste :
Son gousset sent le romarin ;
Pv,emarquez bien son air divin,
Son visage, son encolure.
Son ton de voix et son allure. »