‹ Le Virgile travestiChapitre 141 sur 218 · LIVRE CINQUIÈME Î · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME Î

Elle aurait eu corrosion Par la trop longue friction, Et s'aurait fait mal à la croupe.

Etant donc ainsi, vent en poupe, Descendue au travers des airs, Avec un dessein fort pervers, Sur la rive Trinacrienne, Elle vit la flotte Troyenne Et tout le peuple Phrygien, Qui lors ne s'enquêtait de rien, Et qui laissait sur sa parole La natte au port, action folle :

Leurs femmes faisaient bande à part, Se tenant loin d'eux à l'écart, Et faisant, sur la mort d'Anchise, Comme on dit, une mine grise, Non sans pester de leurs malheurs, Avec grands cris, avec grands pleurs :

a Serons-nous toujours dessus l'onde, Et le rebut de tout le monde?»

Disaient les unes en pleurant.

Les autres disaient en jurant :

« N'aurons-nous jamais une ville ; Et notre ^neas, tant habile, Ne veut-il jamais s'arrêter Sans nous faire toujours trotter? »

Iris, voyant tant de murmure, Quitta sa'^divine figure, Et se travestit à l'instant, Prenant un corps tout tremblotant»

Bâton en main, aux yeux besicle, Et se fit femme de Dorycle, Vieille barbue, et qui comptait Cent ans, et point ne radotait, Ains était femme bien sensée, Quoique de vieillesse cassée :

A propos, j'avais oublié Qu'elle s'appelait Beroé, De famille fort ancienne.

Et de nation Rhœtienne.

La méchante déesse Iris,

Ayant donc cette forme pris,

Se mit piteusement à dire

Ces mots qui ne sont pas pour rire :

« Pauvres gens qui vos jours passez

Sur des vaisseaux demi-cassés.

Pauvres femmes, pauvres coureuses,

Serez-vous toujours malheureuses?

Oh! que bien moins vous le seriez.

Si devant vos murs vous aviez

Eté, par les mains des Dolopes,

Mises au royaume des taupes ;

Au lieu qu'être toujours en mer,

A mourir de faim, â ramer.

Loin du benoît plancher des vaches.

Tristes habitants de pataches.

Où les punaises et les pous

Ont fort peu de respect pour nous,

Est une vie infortunée,

Autant que d'une àme damnée !

Sept ans sont passés, peu s'en faut.

Que, souffrant le froid et le chaud,

Battus de vents et de tempêtes,

Conduits par le nez comme bêtes,

Nous cherchons le pays Latin,

Que promet, dit-on, le Destin

A notre maudit capitaine :

En eût-il la fièvre quartaine !

Et, sans nous tourmenter ainsi,

Que ne demeurons-nous ici?

Et qui nous empêche de faire,

Au pays d'Erix, notre frère,

Et d'Aceste notre parent,

Qui nous servira de g-arant,

Une belle ville murée.

De nous si longtemps désirée,

Où nous passerons mieux le temps

Que parmi les vents inconstants?

Oh ! nos dieux de notre patrie.

En vain sauvés de la furie

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