‹ Le Virgile travestiChapitre 150 sur 218 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Des vents contre nous se servit; Mais Votre Altesse, qui le vit, Sans savon lava bien les têtes De ces exciteurs de tempêtes, Et renvoya ces souffle-en-cus Aussi penauts que des cocus, Qui de leurs femmes éventées, Dans les lettres interceptées, Trouvent, en termes non obscurs, Qu'ils ont les ang-les du front dur.

N'ayant rien fait par la tempête, Elle a voulu, la maie bête, Achever la flotte par feu; Et vraiment s'en a fallu peu.

Si son mari, par une ondée, Fâché que la dévergondée Nous vînt ainsi persécuter, N'eût fait le dessein avorter.

Sa haine étant si manifeste, Au peu de vaisseaux qui nous reste Malgré son injuste courroux, Accordez un temps calme et doux.

Et faites que sur votre empire Règne seulement le zéphyre ; Et pour les fougueux Aquilons, Chassez-les-moi comme frelons, De qui les mauvaises haleines Causent mille morts inhumaines Et tant de gens ont déconfit;?.

En un mot, faites que mon fils, Sans qu'aucun malheur le poursuive Sain et sauf sur le Tibre arrive; Et mémoire, à proponion De si grande obligation.

Je garderai foi de déesse.

— Vous êtes sur la mer maîtresse, Dit Neptune, avecque raison; C'est votre première maison :

Comme en étant originaire Vous y pouvez tout dire, et faire.

J'ai souvent traité de gredins,

De séditieux, de badins,

Les vents dont vous craignez l'haleinô

Ne vous en mettez point en peine,

J'aurai soin de votre fanfan,

Comme une biche de son faon.

J'atteste et Simoïs et Xanthe,

Alors que la destre vaillante

D'Achille fit, dessus leurs bords,

De corps vivants force corps morts :

Ce grand fanfaron d'^acide

Fut alors si grand homicide,

Si cruel et si scandaleux,

Qu'Agamemnon en fut honteux;

Votre fils, durant la mêlée,

A ce vaillant fils de Pelée

Ayant osé, comme un follet,

Arrêter fortement le collet,

L'autre (outre la faveur céleste

Qui lors paraissait manifeste,

Et qui le rendait tant altier,

Qu'il ne faisait point de quartier)

Ayant un notable avantage.

Quoique égaux peut-être en courage,

Comme il allait exterminer

Votre ^neas, pour détourner

Ce malheur, qui vous eût gâtée,

Ayait une nue empruntée.

Je sus à propos le cacher;

Et lors Achille eut beau chercher,

Il n'en trouva ni vent, ni voie,

Et pourtant, en ce temps-là, Troie

M'était un pays odieux.

Mais je le fis pour vos beaux yeux,

Et je ferais bien davantage.

Maître ^Eneas aura passage,

Et pour entrer et pour sortir

Dans l'enfer sans y rien pâtir.

Il faudra, perdu dans un gouffre.

Qu'un seul pour tous les autres souffre

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Que vainement on cherchera; Un seul pour plusieurs payera.

Mais que votre altesse divine N'en fasse pas plus maigre mine, Et n'en ait pas l'esprit taché : C'est être quitte à bon marché. »

Ayant par si belle promesse Remis l'esprit de sa déesse, ^ A son char gisant près de la Le bon roi des flots attela, Non des dauphins comme l'on pense, Mais, selon toute vraisemblance, Deux hippopotames dressés, ^ De qui les crins étaient tresses ;

Et puis sur la campagne humide ^ ^

Poussa son char à toute bride. .în^^''* !

Sitôt qu'il parut sur la mer, ^^ 'Ë^H^'

Ce fut aux flots de se calmer, gv-, ;p^fe^,!

Tous les vents plièrent bagage, t.' :: v?^'|i

De même que ht tout nuage ;^ «^ï =^$P>#,;

Enfin en mer tout fut change. ^ ■^-*- -,

Le bon seigneur fut cortège ^ ti j H 1, M t »

De maints m(»nstres à face nere, :)f .m»

Qui sortirent, tête première,

A chevauchons sur marsouins.

Jamais on ne vit tels groums,

Ni de plus étranges visages :

Des baleines de tous corsages,

Seringuant de larges ruisseaux

Par les canons de leurs museaux,

Marchaient en fort belle ordonnance,

Et gardant bonne contenance ;

Glauque, en tête de son troupeau,

En coquille, au lieu de bateau,

Enflant et l'une et l'autre joue.

D'une conque marine joue;

L^héritier d'Ino, Palémon,

Chevauchait un fort beau saumon;

Six grosses huîtres à l'écaillé.

En un char couvert de rocaille,

Traînaient un ancien Triton Qui donnait aux autres le ton D une coquille recourbée • Sa face était toute plombée Du trop grand etforc qu'il faisait.

Pliorque un escadron conduisait, Monte sur dauphins dont la queue Se retroussait sur l'onde bleue; inétis a la main gauche était, Qu une grosse sole portait.

Dame Mélite était juchée Sur une raie enharnachée ; Et Panopée, en un traîneau Tiré par un gros maquereau, Paraissait en vraie épousée.

Un esturgeon portait Nésée; Un éveque-marin, Spio, Et Thahe, une poule d'eau, Et Cymodocé la dernière Montait un oiseau de rivière :

Telle fut la procession De 1 aquatique nation.

-^neas, voyant la bonace, JÇ^i'î.|i?^. certaine grimace Quil faisait ordinairement Quand il avait contentement De quelque affaire bien douteuse.

La flotte ne fat pas oiseuse A profiter du temps serein • Les vaisseaux allèrent beau train.

Quand on eut donné tous les voiles, Le vent, s'engouffrant dans les toiles, Donne le loisir aux forçats De reposer leurs membres las.

Palinurus, le bon pilote, Vogue à la tète de la flotte ; SU tourne à gauche, ou bien à droit.

Chacun le suit, chacun le croit, A cause qu'il joint la science A plusieurs ans d'expérience.

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