LIVRE SIXIEME
— STJITB —
Ainsi la Sibylle barbue Finit sa harangue ambiguô, Dont ^neas dit à ses gens :
« Maudit sois-je si je l'entends, Et maudite soit l'édentée! »
Cependant, tout inquiétée (Car son Dieu fougueux la quittant L'allait bien fort inquiétant), Elle hurla comme une folle, ^neas reprit la parole :
(L 0 vierge (^ui si fort hurlez.
Laissez-moi parler, ou parlez. »
Aussitôt dit, la forcenée Fit aux yeux de monsieur Ené3 Un pet, un sifflet et un saut; Chacun en éclata bien haut.
Et lui, n'en faisant que sourire Se mit tout doucement à dire :
« Je m'attends bien à tout cela Que vous venez de dire là.
Et s'il m'arrive pis, n'importe.
Pourvu que vous fassiez en sorte Qu'en Enfer, ce hideux manoir, Je puisse avoir l'honneur de voir Encore un coup monsieur mon père.
Par votre faveur je l'espère, Car sans vous je ne voudrais pas M'embarquer dans ces pavs bas.
Mais pour voir mon bon père Anchise, Je passerais nu en chemise Au travers de piques et dards.
Au travers de mille soudards.
De mille donneurs d'étrivières, Quoique je ne les aime guères.
Et que qui me les donnerait, Bien fort me désobligerait, Mais je lui dois bien davantage, II- m'a suivi, malgré son âare, Par tous les lieux où j'ai rôdé, Quoique bien fort incommodé D'une hargne, et, si j'ose dire.
De quelque chose encore pire.
Il m'aima tant, ce cher papa, Que quand le Grec nous attrapa, Je le portai sur mon échine, Et me sauvant à la sourdine, Je le mis en bonne santé Hors de la ville en sauveté.
En récompense, le bonhomme M'a suivi partout, ainsi comme îsous voyons un fidèle chien Suivre un maître qu'il aime bien.
Au reste, ce n'est point mensonge, Lui-même me l'a dit en songe, Que sans vous et votre support, Je ne ferais qu'un vain effort, Et qu'en la demeure enfumée Je trouverais porte fermée.
.'Vyez donc, de grâce, pitié D'une si parfaite amitié,